Par Dominique Batraville

Les charmes discrets du Môle Saint-Nicolas

Nous revenons d'un merveilleux séjour au Môle Saint-Nicolas, une destination, voire un pôle touristique d'Haïti, au charme bien envahissant.

Publié le 2013-10-18 | Le Nouvelliste

Au cours de notre excursion au Môle Saint-Nicolas, nous avons établi notre quartier général à la résidence du couple Aubriant Nemorin, des notables de la région. Là-bas, on avait droit à des fruits de mer au moins deux fois par jour, et ce, sous presque toutes les formes : poisson boucané, poisson en sauce, poisson frit, lambi à la pimentade... Les plats étaient accompagnés de riz, de vivres ou de crudités. Les rasades de rhum Barbancourt et les gorgées de bière Prestige rythmaient notre séjour. Au Môle Saint-Nicolas, de jour comme de nuit, le visiteur averti peut disposer de quelques clefs des mystères et légendes de cette oasis connue pour son histoire, ses vestiges et ses sites balnéaires qu'il faudra visiter ou revisiter. Les rues de la ville font à peu près 12 mètres de largeur et sont occupées latéralement par des maisons au goût ancien. Le premier tracé de la ville remonte au XVIIIe siècle. Même les chalets ou gîtes apparemment modestes offrent un certain cachet. Certains prétendent que le temps s'est arrêté au Môle Saint-Nicolas. Le centre historique et commercial de ce coin merveilleux abrite une superbe église, un tribunal, un marché en pleine construction. Quelques avenues débouchent directement sur la mer. Ce qui fait le régal des visiteurs accrochés par des navires de pêcheurs, les yeux rivés sur leurs filets. Après le coucher du soleil, ce bord de mer se mue mutatis mutandis en spectacle des mille et une nuits. Le Môle Saint-Nicolas invite à l'aventure et interpelle les vacanciers en raison de ses allées et de ses futaies où se disputent en beauté et en verdure les palmistes, les cocotiers et d'autres arbres verts, enjolivés d'oiseaux musiciens. Les chalets et les cabanes de certains villageois rappellent les temps bénis du cacique Guacanagaric. Un tel climat de paradis retrouvé nous ramène sans conteste aux plus belles villes balnéaires de l'île. Les Môlois de la récente génération et ceux principalement de la diaspora ne veulent pas baisser les bras. Ils entendent garder la première jeunesse de cette terre merveilleuse qui compte déjà ses chroniqueurs, ses célébrités et ses sites balnéaires capables de concurrencer la Côte des Arcadins. La traversée de la presqu'île du Môle St-Nicolas La mer du Môle St-Nicolas reste le lieu de passage souvent indispensable à la grande navigation maritime et au survol d'avions de ligne. Ambiance visuelle transformée la nuit en différentes séquences d'émotions pour les riverains équipés de longue-vue. Le littoral attire les visiteurs par sa beauté et son bleu aux variations qui se font tantôt discrètes, tantôt éclatantes dans la journée. Nous ressentons encore le bonheur d'avoir eu la chance de parcourir en flyboat -dans presque tous les sens- cette mer attrayante. Nous étions plusieurs à bord, et les variations des teintes de la mer, tantôt bleue, tantôt vert bouteille nous donnaient la joie d'apprécier la musique et la danse des vagues dont les menus filets nous arrivaient parfois jusqu'aux genoux. Le vol éperdu des poules d'eau et le passage fréquent des malfinis coïncidaient par moments avec les sables fins que nos regards léchaient. Les rivages qu'on dévorait des yeux pendant notre parcours du Môle Saint-Nicolas sont peuplés d'une variété de cactus et d'arbres verdoyants défiant toujours le sel marin. On a pu visiter deux villages de pêcheurs, et ces derniers vivent pratiquement à huis clos. Notre séance de photos à l'intérieur des grottes visitées revêt l'allure d'un conte sans fin pour quelques-uns d'entre nous. La nuit souvent constellée du môle se montre propice à la fête et au bonheur des noctambules. Les riverains savent se réunir, s'amuser en pratiquant des jeux de société pendant les heures tardives de la soirée. Certains jeunes fréquentent les soirs les discothèques et se permettent de s'entrelacer sur les pistes de danse au son des tubes « Konpa » les plus à la mode. Le quartier « Débarcadère », habité surtout par des gens modestes, grouille le soir d'activités intenses : vente de billets de loterie, dite borlette, étals de clairin, tonnelles de ''manje kwit'' et de fritures. La volonté de vivre des habitants de ce quartier, situé au bord de la mer, est présente à travers leurs regards. Les murmures de la mer inspirent confiance à tous lorsque les étoiles décident d'investir le ciel. La ville de l'hospitalité proverbiale Les Môlois ou Môliens vivent encore de leur don d'accueil et le partagent avec les visiteurs venus chez eux avant tout pour fuir le tintamarre de certaines villes tentaculaires du pays. Le géographe écrivain Georges Anglade trouverait dans cette ville vantée par Christophe Colomb et Moreau de Saint-Méry matière à des études géographiques encore solides. Pour parodier l'historien écrivain Roger Dorsainville, il existe « un vrai bonheur vivrier » sur cette presqu'île foulée par le célèbre navigateur génois en décembre 1492. Cette découverte avait fait sortir de la bouche même de l'amiral des trois caravelles (Pinta, Niña et Santa-Maria) cette exaltation : « Es una maravilla! /C'est une merveille ! ». Les notables môlois expriment ouvertement leur amour du Môle Saint-Nicolas. Le patriarche Aubriant Nemorin, par exemple, ex-député de la 43e législature haïtienne, vante ainsi les dimensions touristiques et historiques de cette ville aux résonances anciennes : « C'est ici au môle que le major Thomas Maintland a remis en 1798 les clés de la ville à Toussaint Louverture; c'est encore ici que la navigation maritime et aérienne, si intense par moments, peut vous donner la sensation d'un monde à dix dimensions». Le patriarche Nemorin a lutté pour la protection de la pêche dans le Nord-Ouest et, en personne avisée, a tenté de faire l'expertise de la poissonnerie locale qu'il trouve extraordinaire. Son fils Rodolphe Nemorin croit aussi fermement au potentiel de la région du Môle Saint-Nicolas. En tant que promoteur du Môle Saint-Nicolas, il s'explique ainsi sur les ressources de cette ville côtière: « D'après Cousteau, la région du môle est l'une des belles côtes marines de la Caraïbe. Elle est considérée comme la 2e destination de bateaux de croisière des Antilles. En termes de source d'alimentation énergétique, à cause du vent qui y souffle, elle peut garantir la couverture de tout le pays en électricité grâce à l'énergie éolienne, bien entendu ». Nemorin, déterminé à faire de sa région un ancrage touristique de premier plan dans le Nord-Ouest, ajoute : « A cause de la profondeur de sa côte, la presqu'île du Môle Saint-Nicolas peut servir de refuge pour faciliter l'accostage de gros bateaux et devenir un site idéal pour réparation de navires ». Le port sitôt réaménagé, poursuit-il, peut avoir sa vraie portée commerciale et maritime qui se traduirait, à mon avis, par un transport maritime plus adapté aux petites bourses. Terre de pirates et de boucaniers, aussi remarquable que la Tortue, le Môle Saint-Nicolas a été le 4 décembre 1803 « la dernière ville occupée par l'armée indigène, où le peuple haïtien, libre et souverain, avait choisi de redonner le nom d'Haïti à la patrie libérée du joug de l'étranger », rapporte la revue de la Société haïtienne d'histoire et de géographie dans son numéro de décembre 1984. Lorsque Toussaint Louverture fut proclamé gouverneur à vie de Saint-Domingue, il fit du Môle Saint-Nicolas son principal pied-à-terre. Cappoix, dit Cappoix-la-Mort, a livré des batailles farouches dans cette ville historique afin de sauvegarder son honneur de militaire intrépide. Hier encore, en avril 1961, cinq (5) guérilleros, dont le neurologue romancier Jacques Stephen Alexis, ont bravé à la presqu'île du Môle Saint -Nicolas les miliciens du régime des Duvalier. L'écrivain français Eric Sarner a consacré un chapitre de son livre intitulé « La Passe du vent » à cet épisode historique pathétique et émouvant pour les visiteurs aux oreilles suspendues aux lèvres des conteurs du Môle St-Nicolas. Une visite au Môle St-Nicolas est une décision intelligente et elle devient, du coup, une agréable respiration d'air pur pour les amateurs de tourisme sain.
Dominique Batraville Auteur

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