Miko Guillaume un as du design haïtien

PUBLIÉ 2013-09-03
Au Surinam, il a raflé le top des ventes en matière de mode haïtienne et a attiré le plus grand nombre de visiteurs à son stand en termes de design tous pays confondus. Miko Guillaume n'a pas émergé à partir de ce "dekabès". C'est la star de la mode haïtienne depuis que ce secteur se structure. L'homme derrière ce success story contemporain.


Il a, comme Michael Jordan, les cheveux toujours rasés, pour cacher sa calvitie qui s'installe depuis une vingtaine d'années. Ses yeux sont rougis par les nuits blanches dédiées au travail qui ne manque que rarement. Très catégorique, il précise qu'il ne fume pas, ce, pour avorter toutes les déductions faciles que la couleur de ses yeux pourrait susciter. Il prend par contre de la bière, mais pas plus qu'un buveur moyen. La gloire qu'il connait actuellement ne pourira pas sa vie sobre, ne l'entrainera pas non plus dans les vices, rassure notre créateur de mode. Miko Guillaume grandit avec une mère couturière. Il s'embarque dans cet univers qu'il considère à l'époque comme un passe-temps mais qui nourrit la famille. Ce sont les maillots qui l'attirent en premier. Un jour qu'il voit l'un de ses amis avec un beau maillot, il se propose d'en faire un pareil. Son ami, surpris de sa capacité à reproduire un habit identique, l'encourage à persévérer dans le métier. Et voilà, le « zen » se propage : tout le monde vient vers Miko pour se faire un maillot ! Le bouche à oreille agrandit la clientèle du designer. Etant donné que sa technique à l'époque consiste à reproduire à l'identique, aucun maillot à la mode n'échappe à Miko. Que ça soit les bariolés horizontaux, les phosphorescents, les turtle-nech (olbichou), il peut tous les imiter. La famille et les amis conseillent à l'artiste de sortir de l'ombre, lui qui se contente de répondre à de petites commandes le plus souvent bénévolement. Pour le garnd public, Miko Guillaume prend son baptême de feu en 2006 dans le cadre de Miss Vidéomax où il présente sa collection de maillots de bain. A partir de là, il dit adieu à la copie des maillots, et se tourne alors vers la création. En 2008, le designer présente Rustic, mais dans son cercle d'amis. C'est en majorité des robes. La chanteuse Tifane fait l'acquisition d'une des pièces. Au cours du premier Runway, le designer présente Rubans et Ondulations. Comme le titre le suggère ses habits, du prêt-à-porter masculin et féminin, associent des rubans et du tissu ondulé. Pour lui, cette collection représente une façon de rapeller ces époques révolues où le ruban était à la mode. Dans le deuxième Runway, l'homme présente Miko Guillaume Collection, qui est caractérisé par des robes, des pantalons aux motifs variés sur fond blanc, ton de terre, ocre... Lors de la première édition du fashion week, Miko présente Caribbean Chic, caractérisé par le lin, son tissu fétiche. Selon lui, ce tissu est "obéissant", malléable, commode pour s'adapter à d'autres éléments. Il la présente à nouveau dans le cadre du Carifesta à Surinam. Le designer expose aussi à Turks & Caicos grâce à un ami du métier de cette ile, Kazz Forbes. Pour l'heure il prépare Midnight Glam pour essayer de combattre la négligence de leur façon de s'habiller dont fait montre les gens de nos jours. En 2011, Phelicia Dell, une des soeurs du métier, l'encourage à la rejoindre dans son grand magasin à Pétion-Ville. Ils se partagent depuis l'espace en conjuguant leurs créations respectives. S'il ne se réclame d'aucune école, Miko ne cache pourtant pas son admiration pour Elie Saab. Il dit être marqué par la coupe de ce dernier. Son ambition c'est d'être reconnu à l'échelle mondiale tout comme Gucci, Versace, Armani. Il préfère la mode européenne à celle de l'Amérique. De la mode d'aujourd'hui, le modéliste dit se réjouir du fait que beaucoup de progrès ont été réalisés. Il reconnaît l'apport de la clientèle haïtienne qui selon lui est plus exigeante, plus libérée, plus cultivée aujourd'hui. L'homme apprécie le fait que de plus en plus de gens s'habillent local de nos jours. Reste que cette tendance doit s'étendre davantage. Pour cela, il faudra que les designers proposent davantage de produits. C'est vers cela, dit-il, que tendent nos initiatives au sein de HANDS, le Réseau national des designers haïtiens, dont il est membre. Miko dit puiser son inspiration dans les rencontres nouvelles, les rêves et parfois des visions, des réflexions. Sa dernière collection en préparation lui est venue un jour qu'il fermait à peine les yeux. Il raconte avoir aperçu une femme avec une robe traverser son atelier. Le visionnaire avoue que suite à de telles rêveries, il essaie tant bien que mal à se rappeler les formes des habits pour ensuite les dessiner et les soumettre à sa petite équipe qui travaille entre 8 heures et 4 heures avec une pause d'une heure. Lui, il va parfois au-delà de minuit, car au-delà du loisir que procure Internet, il s'y met chaque jour pour se former et se situer par rapport à ce qui se fait ailleurs. En guise de projet, Miko Guillaume participera en juillet 2014 à un fashion show à New york grâce à l'invitation d'une amie qui possède un magasin sur la 5th Avenue à New York. Le designer peaufine le Midnight Glam qui doit être émis durant le fashion show qui se tiendra dans à peu près quinze jours.

Chancy Victorin chancyzone@gmail.com



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