Prix littéraire

Jean Emmanuel Jacquet, le prix Jacques Roche 2013

Jean Emmanuel Jacquet, poète, journaliste et critique, est le lauréat du prix Jacques Roche 2013. Depuis plusieurs années, il prête ses services aux deux plus anciens journaux du pays. L'auteur vient de publier aux éditions Ruptures «Homo sensuel ». Il partage avec les lecteurs du journal ses impressions et sa joie d'être lauréat de ce prix.

Publié le 2013-07-26 | Le Nouvelliste

Culture -

LN : Jean Emmanuel Jacquet, vous êtes le lauréat du prix Jacques Roche 2013. Comment accueillez-vous cette nouvelle ? JEJ : Quand je suis tombé sur cette information dans les colonnes du journal Le Nouvelliste, j'ai été surpris. Très surpris! Sincèrement, je ne m'attendais pas à être le lauréat du prix Jacques Roche 2013. Un prix que connais depuis quelque temps. Il a été décerné à plusieurs journalistes culturels haïtiens et étrangers. Je m'en réjouis. D'abord, pour avoir suivi le parcours du journaliste martyr. Ensuite, pour avoir, en tant que proche de Jacques Roche, soutenu son à-propos. Ce prix vient, en effet, saluer un travail que j'ai toujours effectué avec du coeur. Celui du journaliste tout court, puis du journaliste culturel. Un domaine peu ambitionné, vu la nonchalance, à une certaine époque, du milieu radiophonique haïtien pour la presse artistique et culturelle. Bien entendu, il a pris de l'élan avec l'emportement des acteurs du milieu culturel de ces dix dernières années. Plusieurs incidents majeurs, parfois révoltants, dont celui de la mort de Jacques Roche, notre confrère, ont fait tache d'huile dans notre mémoire. LN : Que représente Jacques Roche pour vous ? JEJ : Jacques Roche était au fait un modèle, parmi d'autres. Du souffle culturel de cette époque, une étoile s'est éclose des turbulences sociales et politiques du pays. La façon dont Jacques Roche abordait l'évènementiel dictait aux autres sa perception de l'avenir, traduisait la sensibilité, le souci et la préoccupation du poète par rapport à l'affligeante réalité quotidienne. Au journal Le Matin où j'ai également fait mes armes dans la presse écrite et la critique, il a facilité l'émergence d'une classe de jeunes créateurs. Il s'est inscrit dans la même lignée de subsistance dont est né son poème « Survivre ». On ne peut tuer l'espoir. Et nous sommes, Jacques Roche d'abord, tant d'autres et moi, unis par un secteur qui devient aujourd'hui un combat, un engagement. LN : Comment voyez-vous l'instauration du prix Jacques Roche du journalisme ? JEJ : C'est à vrai dire une initiative noble instaurée par la Bibliothèque Georges Castera du Limbé. Et, c'est là encore, un bon coup de l'impétueux Clément Benoit. Encore a-t-il eu l'audace d'étendre le prix, en l'ouvrant aux journalistes francophones. Ainsi, en 2011, le prix Jacques Roche a été décerné à la journaliste et critique littéraire Valérie Marin La Meslée, du journal Le Point et du Magazine Littéraire. Je crois donc que cette récompense encourage la création et le travail des journalistes culturels. LN : Vous vous êtes fait un nom dans le journalisme culturel en Haïti. La pertinence de vos nombreux textes publiés dans les deux plus anciens journaux du pays sont d'un grand témoignage. Pouvez-vous faire un état des lieux du journalisme culturel en Haïti ? JEJ : En voici donc une question qui nous intéresse tous, mais à laquelle la réponse est devenue de plus en plus facile à donner. Pourquoi ? Parce que je ne veux plus parler comme avant, d'un journalisme culturel maté, au milieu d'une presse trop longtemps étourdie par ce qui se passe dans le milieu. Au contraire, des efforts au niveau même de cette presse sont à considérer. Aujourd'hui, le journaliste culturel commence à retrouver sa voie. Quelque part avec le jaillissement de nouveaux débats sur la culture, les arts, la radio, la télévision, le journaliste arrive à convaincre par son travail de promotion, de visibilité du meilleur de ce qui attache les hommes entre eux. Les espaces médiatiques ont offert au demeurant la possibilité de vulgariser la création et du coup faciliter l'irruption de la beauté, de l'imaginaire et de tant de rêves appartenant au patrimoine. Le journalisme culturel qui, comme le dirait Valérie Marin La Meslée, est davantage un travail de passeur. Il a pour base la persuasion. Ce dernier a donc aujourd'hui de nouvelles interfaces pour l'éclosion de son savoir-faire. LN : Vous êtes écrivain et journaliste. Comment êtes-vous arrivé à concilier l'écriture littéraire avec celle du journalisme ? JEJ : La conciliation est en effet évidente. Pour ce qui est du journalisme, l'écriture doit être, plus qu'un travail sur la concision et l'objectivité, un exercice de dépouillement du langage. Ainsi permet-elle de produire un travail fluide, donc attestant d'une certaine maîtrise de la langue. En ce sens, elle m'a permis d'avoir une longueur d'avance sur la portée de mes fictions. Si avant, la fiction et l'exercice grammatical ont pris le dessus sur l'inconsistance du langage, l'écriture journalistique, par son caractère immédiat, utilitaire et permanent, m'a permis d'offrir une simplicité aérienne au texte littéraire. LN : En quoi consiste votre travail de journaliste ? JEJ : C'est un travail qui relate les efforts des amateurs d'art et de littérature et ainsi que des opérateurs culturels. Ainsi, ma contribution a pendant longtemps porté sur la protection du patrimoine historique, comme des articles sur Anténor Firmin et son travail d'anthropologie positive avec « De l'égalité des races humaines », ouvrage majeur du XIXe siècle, sur la société américaine des années 20, avec la chute du capitalisme, en prenant comme schéma l'oeuvre de Sinclair Lewis « Babbit ». Des articles sur la production cinématographique haïtienne, en contestant le niveau de production de la diaspora haïtienne de Miami et en replaçant la mini-série télévisée haïtienne dans le contexte de l'étouffement de la classe moyenne. Des articles sur la mise en place d'une politique nationale du livre et de la lecture publique, ainsi que celle de la culture en général. Dans mon travail de journaliste, j'ai aussi abordé le nouveau souffle de la jeune musique haïtienne ainsi que ses hiatus, les différents travaux de création artistique dans les domaines de la peinture, notamment avec la représentation du cri dans les oeuvres de Pierre Jean Dieubon, ou la résistance de l'art animalier chez Pascale Monnin. Dans les domaines du théâtre, de la danse, de la mode, j'ai travaillé sur les rapports de genre et le corps suspecté dans les représentations sur scène, ainsi que le développement endogène, eu égard au progrès culturel.

Propos recueillis par Joe Antoine Jn-Baptiste Jjoeantoine2013@gmail.com Auteur

Réagir à cet article

Nous avons remarqué que vous utilisez un bloqueur de publicité.

Notre contenu vous est présenté gratuitement à cause de nos annonceurs. Pour continuer à profiter de notre contenu, désactivez votre bloqueur de publicité.

C'est éteint maintenant Comment désactiver mon bloqueur de publicité?

How to disable your ad blocker for our site:

Adblock / Adblock Plus
  • Click on the AdBlock / AdBlock Plus icon on the top right of your browser.
  • Click “Don’t run on pages on this domain.” OR “Enabled on this site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
Firefox Tracking Prevention
  • If you are Private Browsing in Firefox, "Tracking Protection" may casue the adblock notice to show. It can be temporarily disabled by clicking the "shield" icon in the address bar.
  • Close this help box and click "It's off now".
Ghostery
  • Click the Ghostery icon on your browser.
  • In Ghostery versions < 6.0 click “Whitelist site.” in version 6.0 click “Trust site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
uBlock / uBlock Origin
  • Click the uBlock / uBlock Origin icon on your browser.
  • Click the “power” button in the menu that appears to whitelist the current website
  • Close this help box and click "It's off now".