Commerce, change, transferts... la Banque de la République d'Haïti fait le point

Publié le 2022-08-03 | lenouvelliste.com

 La Banque de la République d'Haïti (BRH) a partagé des informations sur la balance commerciale, la hausse de la valeur des importations de pétrole contre une baisse du volume reçu, sur le repli en glissement annuel des transferts sans contrepartie et de ses interventions sur le marché des changes dans la Note de politique monétaire du troisième trimestre de l’exercice, mardi 2 août 2022. 

« Au niveau du secteur externe, les données disponibles sur les huit premiers mois font état d’une évolution contrastée entre les importations et les exportations et d’un repli des transferts privés sans contrepartie. En effet, les importations, atteignant 2 965,8 millions de dollars américains, ont accusé un fléchissement de 1,31 % comparativement à la même période un an plus tôt. Toutefois, sous l’effet de l’envolée des cours du brut sur le marché international, la valeur des importations pétrolières a crû de 32,2 % alors qu’en volume, une baisse de 19,2 % a été enregistrée », peut-on lire dans cette note de politique monétaire.                         
 

« Parallèlement, a poursuivi cette note, les exportations se sont élevées à 818,1 millions de dollars américains, soit une augmentation de 16,8 % en glissement annuel. De l’évolution combinée des importations et des exportations, il en est résulté une amélioration de près de 6,8 % du solde commercial sur les huit premiers mois de l’exercice sous étude », a indiqué la BRH.

« S’agissant des transferts privés sans contrepartie, ils ont totalisé une valeur de 2 642 millions de dollars américains sur les 9 premiers mois de l’année fiscale, soit une diminution de 2,6 % en glissement annuel. Il importe de souligner que l’accélération des mouvements migratoires, en particulier vers la République dominicaine, en raison de la situation sécuritaire, aurait contribué à rogner une partie des transferts privés généralement reçus par Haïti », selon la BRH.                    

« Cette baisse des transferts privés, principale composante de l’offre sur le marché des changes, jointe à une augmentation de la demande liée aux anticipations négatives des agents économiques en raison de la situation sociopolitique et sécuritaire, s’est traduite par des tensions sur le marché des changes », a fait remarquer la banque centrale, qui induit une conclusion en terme d’impacts sur le marché des changes.            

« De fait, en dépit de l’amélioration du solde commercial et des interventions de la BRH (154,11 millions de dollar américains sur le trimestre), le taux de référence a atteint 113,84 gourdes pour un dollar américains au 30 juin 2022 contre 104,88 gourdes pour un dollar américains en mars, marquant une dépréciation de 7,9 % de la gourde. Par ailleurs, les réserves nettes de change ont accusé un repli de 6,57 % pour se porter à 345,36 millions de dollars américains au 30 juin 2022 », peut-on lire dans cette note de politique monétaire. « Toutefois, les réserves brutes du pays sont maintenues à un niveau supérieur au seuil de trois mois d’importations requis », selon la banque centrale qui fait des perspectives.                    

Les perspectives économiques pour la fin de l’exercice fiscal 2021-2022 demeurent mitigées et sont assujetties à un ensemble de facteurs tant au niveau interne qu’au niveau externe. Le prolongement de la guerre en Ukraine devrait conduire à l’intensification du renchérissement des produits pétroliers et alimentaires de base ainsi qu’à la persistance des ruptures des chaînes d’approvisionnement au niveau mondial. De même, l’inflation élevée et les risques de récession ou de ralentissement économique qui pèsent notamment sur les États-Unis, le Canada et la Zone euro, pourraient affecter le revenu disponible des migrants haïtiens et conséquemment les transferts privés sans contrepartie, principale composante de l’offre de devises sur le marché des changes. La hausse des prix chez nos principaux partenaires commerciaux pourrait également continuer à alimenter les pressions inflationnistes, notamment à travers l’augmentation des prix des produits importés considérés dans le panier de consommation.

Sur le plan interne, la poursuite de la dégradation du climat des affaires en raison de la situation sécuritaire continuera d’affecter négativement l’activité économique et la formation des prix à travers le blocage de certains circuits de production et de commercialisation. À cela, s’ajoutent les risques de dégâts potentiels qui pourraient survenir au niveau du secteur agricole au cours de la saison cyclonique, laquelle a débuté le 1er juin 2022.

Une atténuation de l’impact de ces facteurs pourrait provenir d’une consolidation des finances publiques qui permettrait de dégager des ressources pour la mise en œuvre de programmes sociaux et le financement de certains projets d’investissements nécessaires à la création de conditions aptes à rendre le climat des affaires propice aux investissements privés. Le programme de référence signé avec le Fonds monétaire international (FMI) devrait également faciliter le renforcement de ces ressources à travers la matérialisation de l’engagement des bailleurs. De son côté, la BRH effectuera, de manière systématique, son diagnostic de la conjoncture macroéconomique afin de prendre les mesures appropriées qui permettront de contenir la volatilité du taux de change et ses incidences sur les mouvements des prix. De même, elle continuera à innover dans le sens de la mise en place de programmes de soutien aux secteurs productifs en vue de contribuer à ramener l’économie sur un sentier de croissance, a indiqué la BRH.      
                 
Roberson Alphonse                                             

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