La dissuasion nucléaire : entre paradoxe et risque d’accident et de folie non-embrassée, son avenir au XXIe siècle

Publié le 2022-04-19 | lenouvelliste.com

Depuis la période que le célèbre philosophe anglais Thomas Hobbes considérait comme « état de nature », où l’humanité faisait face à une absence totale de règles pour régir les sociétés, jusqu’à cette période soi-disant sociale (civile) d’aujourd’hui, l’être humain n’a jamais cessé d’être un loup pour son semblable[1]. L’homme est toujours à la recherche de la fabrication de la plus grosse arme possible pour détruire son prochain. Cependant le climat de terreur n’a jamais été une fin en soi sur cette planète. Selon plus d’un, ce ne sera jamais le cas. Toute de suite après la Seconde (2e) Guerre mondiale, le monde commencait déjà à vivre sous la menace d'une terrible guerre. Celle de la période des fortes tensions géopolitiques entre les États-Unis et l'URSS. Même si ce n’était que par personne interposée, ces derniers s’affrontaient sans merci et accumulaient un arsenal de mort colossal dans la plupart des régions du monde. La « guerre froide » est l’une des plus terrifiantes périodes de l’histoire récente de l’humanité. « Dans un discours prononcé à Fulton, dans le Missouri, Winston Churchill a théorisé cette guerre dès le 5 mars 1946 »[2]. Pourtant, d’autres sources révèlent qu’elle a commencé un peu plus tard, en 1947.

La « bombe atomique »[3], étant l’arme la plus puissante jamais inventée par l’homme, a joué un rôle fondamental au cours des menaces de ce temps de guerre. Cette arme nucléaire a été utilisée pour la première fois, lorsque les Etats-Unis ont largué deux (2) bombes sur les deux villes japonaises (Hiroshima et Nagasaki). Ceci allait mettre fin à la Seconde Guerre mondiale avec la capitulation du Japon. Les effets destructeurs de cette arme sont dûs à l’onde de choc, comme pour des explosifs, aux brûlures et incendies provoqués par sa température extrême et aux radiations. La puissance de l’atome est une arme de destruction totale. Ainsi, beaucoup se questionnent sur l’avenir du nucléaire et sa force dissuasive au XXIe siècle.

Le rôle du nucléaire dans la guerre froide

C’est avec la guerre froide que l’ère de ces armes de destruction massive allait vraiment commencer. La course à la plus grosse bombe débutait exactement lorsque « Staline », le président soviétique dès-lors, décide lui aussi de posséder cette arme qui avait détruit des villes du Japon. Quelques semaines après Hiroshima, il donnait l’ordre aux scientifiques de Moscou de lui fabriquer une bombe atomique. C’était indispensable pour sauver l’URSS, l’ennemi acharné des Américains et pour garantir la paix. Ainsi, celle-ci représenterait une force de dissuasion, servant donc comme un élément d’usage de politique internationale et non militaire. Cela dit, le simple fait qu’un pays possède l’arme nucléaire dissuade les autres de l’attaquer ou d'envahir ses alliés. En effet, les Soviétiques allaient procéder à leur premier essai atomique en 1949. Plus tôt que le moment prévu par les experts américains.

Le paradoxe de la dissuasion nucléaire

Il faut souligner que la logique de dissuasion avec les armes nucléaires est plutôt paradoxale, car ces engins ont été conçus comme armes de guerre. Ce sont en effet leurs conséquences dévastatrices qui les rendent inaptes à être utilisées. Malgré leur importance apocalyptique, jusqu’à présent, le monde échoue sur une réponse intellectuelle et politique face à ce grand risque qui plane sur la planète. Le risque du conflit nucléaire s’accrut encore avec le programme nucléaire nord-coréen. En dépit du danger que nous connaissons, que cela représente pour nous et nos proches, on n’y peut rien. Chaque jour et année qui passent, nous courons de plus en plus le risque d’une escalade nucléaire, qui peut laisser la planète comme un espace inhabitable. Il nous faut tout simplement être conscient et savoir qu’un monde post-apocalyptique ne ressemblerait à rien, car nous serions tous probablement morts.

Entre autres, avec une attaque nucléaire, plusieurs scénarios peuvent être imaginés. Nous pourrions être incinérés si l’on est proche du lieu d’impact, irradiés par les retombées radioactives, ensevelis ou écrabouillés par les chocs ou les débris, brûlés vifs par l’air qui s’embrase et morts à la suite des blessures liées à l’impact. Avec l’arrêt des chaînes de ravitaillement et d’approvisionnement, l’effondrement des économies et l’infertilité des champs à produire sous l’effet des radiations seraient un fait certain. Même si on est loin de la zone touchée, on pourrait même mourir de faim.

Dans ces conditions, les armes nucléaires donnent la possibilité à une nation de siéger à la table des grands et d’avoir son mot à dire. La Corée du Nord et l’Iran ont fait de cela leur priorité. Par contre, cette dissuasion qui laisse comprendre qu’un pays ne va jamais utiliser son arsenal nucléaire est juste un fait d’esprit, car rien ne l’en empêche vraiment. D'ailleurs, ses bombes sont entièrement fonctionnelles et mises en état d’alerte, prêtes à être lancées à n’importe quel moment. Les pays qui en possèdent veulent prouver au monde qu’il ne faut pas déconner avec eux.

Le risque d’accident nucléaire attesté

C’est exactement cette apparence et cette détermination pour les nucléaires qui augmentent la probabilité de tomber dans un conflit nucléaire. En ayant des centaines de bombes nucléaires prêtes à être lancées au moindre éternuement, le monde aujourd’hui est très vulnérable à un accident résultant de désinformation, d’une erreur technique, d’une cyber attaque ou même d’une crise de folie d’un seul individu se trouvant à la tête d’un pays. Selon de nombreux experts, comme « William PERRY », l’ancien secrétaire d’Etat à la défense américaine, l’accident nucléaire est plus probable qu’une guerre nucléaire provoquée par l’attaque délibérée d’un pays contre un autre. Le philosophe et neuroscientifique américain, Sam HARRIS, a souligné qu’il y a eu au moins trois fausses alertes aux Etats-Unis et deux (2) en URSS. N’importe laquelle de ces fausses alertes aurait pu déboucher sur un échange nucléaire catastrophique pour le monde. La moindre erreur pourrait précipiter l’humanité dans une guerre nucléaire.

Ce principe de dissuasion aurait été sans faille si toutes les personnes qui vont prendre la décision de lancer une attaque nucléaire étaient essentiellement des agents rationnels, et qu’elles avaient accès à des informations véridiques et complètes en temps réel. Mais, de toute évidence, on peut se poser la question : à quoi bon se servir de son arsenal nucléaire si tout le monde pourrait en être victime ? Il n’y a absolument aucun avantage, rien à gagner. Autrement dit, ce serait une logique complètement irrationnelle, de tuer les autres et de se tuer également. Face à une décision d’envoyer ses bombes nucléaires sur un pays, ne pas se dire « ça ne sert à rien », c’est quelque chose d’inimaginable. Non seulement cela n’aurait aucune utilité, ce serait également un fait qui ne présenterait aucun caractère de personne rationnelle, ce serait plutôt une personne qui a perdu tout le bon sens. Pourtant, cette probabilité est forte.

Même dans le pire des cas, dans les mésententes entre les nations, il n’y aurait donc aucun justificatif valable à un pays d’utiliser ses armes nucléaires. L’avantage stratégique et politique à tout cela peut se remettre en question. De plus, se serait donc suicidaire si l’on considère que le pays ciblé a toute sa capacité pour riposter. Dans ce cas, la moitié de son arsenal aurait été donc balancée pour décapiter le pays ciblé, ce que le domaine de la stratégie militaire appelle « une première frappe », qui est donc une attaque surprise préventive avec un grand nombre de bombes, pour que sa puissance soit suffisamment élevée et complète pour détruire tout l’arsenal du pays cible au point de le mettre à genoux et empêcher toute riposte. Cela impliquerait probablement l’utilisation de centaines « d’ogives ». L’impact environnemental serait donc catastrophique, ce qui finirait par créer une condition hostile, tant pour le pays qui est à l’origine de l’attaque que pour tout le monde, car tout l’écosystème de la plante serait bouleversé. Par conséquent, aucun pays ne saurait gagner une guerre nucléaire ; tout le monde serait perdant. On n'a donc aucun avantage à utiliser des armes nucléaires que pour la défense. Néanmoins, le risque d’accident reste garanti.

L’avenir du nucléaire et de sa force dissuasive au XXIe siècle

Ceci dit, parmi tous les dangers qui guettent l’humanité en ce XXIe siècle, l’éventualité de se trouver dans un conflit nucléaire, que ce soit par accident, par une erreur de jugement politique ou par choix délibéré, est l’un des plus imminents. La plupart des leaders contemporains perpétuent cette danse marquable schizophrénique, menaçant de détruire la planète. Beaucoup de pays qui possédent le nucléaire ne veulent pas s’en débarrasser, sous prétexte qu’il est dissuasif et ne serait plus jamais utilisé. 

Création de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et l’adoption du Traité sur la non-prolifération (TNP)

Bien que depuis les années 1950 la communauté internationale ait pris conscience du risque de prolifération des armes nucléaires à travers le monde, l’escalade de posséder le nucléaire n’a jamais cessé. Ainsi, en 1956, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a été créée dans le but de contrôler l’usage du nucléaire, pour que ça soit, non pas à des fins militaires, mais à des fins civiles. En 1968, 6 ans après la crise des missiles de Cuba, un traité a été conclu sur la non-prolifération (TNP) des armes nucléaires à Londres, Moscou et Washington, pour éviter que de nouveaux États acquièrent l’arme nucléaire. Ce traité promeut l’idée que l’humanité doit éviter une guerre nucléaire.

En outre, en 1990, trois (3) États qui conduisaient un programme nucléaire y ont renoncé (l’Afrique du Sud, l’Argentine et le Brésil). De même pour la Libye avec Kadhafi en 2003. 190 États ont ratifié ce traité. Pourtant, tout ceci n’a pas arrêté le bras de fer entre les puissances nucléaires. Plusieurs États l’ont développée par la suite. En vertu d’un partage de nucléaire dans le cadre de l’OTAN, cinq (5) pays européens hébergent sur leurs sols des armes nucléaires américaines.

Il faut préciser que « tant que la Russie, les États-Unis et la France et autres puissances »[4] sont toujours dans des processus de modernisation ou d’amélioration des arsenaux, la course au nucléaire ne se terminera jamais et le risque du conflit nucléaire restera un fait certain. Aujourd’hui, les bombes atomiques sont, par ailleurs, des dizaines de fois plus puissantes que celles utilisées au Japon en 1945. Une seule tête nucléaire qui aurait explosé au-dessus d’une ville pourrait tuer des millions de personnes et ces effets persisteront pendant des décennies. Les grandes puissances ne veulent signer ni « le Traité d’interdiction complet des essais nucléaires (TICEN ou encore TICE) de 1995 » [5] ni « le traité d’interdiction des armes nucléaires ratifié par 122 nations le 7 juillet 2017 à l’ONU », ce qui fait que « Tim Wright » le directeur de la Coalition iternationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN) Asie-Pacifique, a été récompensé comme prix Nobel de la paix. Toutes ces raisons sont bien valables pour prouver la fragilisation de cette question de dissuasion nucléaire.

Le scénario des groupes terroristes

De nos jours, il ne faut pas oublier les scénarios des groupes terroristes, qui utilisent des bombes nucléaires pour procéder à des explosions. Le niveau de catastrophe et de terreur est difficile à imaginer avec ces groupes, qu’on doit inévitablement contrôler. Ce qui représente, un soulagement pour le monde actuel, c’est le fait de se procurer de « matériel fissile » et de concevoir une ogive, est quelque chose de très compliquée. Une autre note d’espoir, c’est qu’on remarque une diminution des quantités d’armes nucléaires actives à travers le monde. En 1986, on n'en comptait que 70 300. En 2020, on a connu une très forte diminution car elle est passée à 3 750 armes nucléaires actives.

Conclusion

Bien que« la tendance du nombre d’ogives nucléaires semble à la baisse dans le monde »[6], on doit toujours rester inquiet face à un grand risque d’un conflit impliquant leur usage, marqué par une éventualité d’accident et de folie de certains dirigeants qui menacent explicitement et souvent, de les utiliser pour prouver leur puissance. Si on prend le cas de ces dernières années, les traités relatifs à l’arme nucléaire sont de moins en moins respectés. Les tensions diplomatiques ne sont pas rares, et de plus, les technologies qui contrôlent les armes nucléaires peuvent être piratées. Une cyber attaque pourrait envoyer une fausse alerte d’une attaque en cours et permet d’avoir accès au code de lancement. Aujourd’hui, l’humanité est prise en otage par une éventuelle escalade nucléaire dont personne ne saurait donner avec précision le moment du déclenchement et l’élément déclencheur. Le mieux à faire, c’est d’abord se diriger vers un monde plus stable, désarmer les pays possédant les armes nucléaires et ceux qui possèdent les missiles intercontinentaux.

Bien que la France, ne possède plus d’armes nucléaires en fonctionnement depuis 1996, n'empêche que leur force de frappe repose sur la marine et l’aviation. Par contre, des pays comme l’Inde, les États-Unis, la Russie et la Chine possèdent des armes nucléaires actives. L’argument qui dit qu’avoir des bombes nucléaires nous maintient en paix ne tient pas tout à fait. Le contraire est plus évident, tant que nous ayons un arsenal nucléaire prêt à être déployé, nous sommes à très haut risque de le voir utilisé accidentellement ou délibérément.

Contrairement à d’autres, menaçant notre vie sur cette planète, ce statu quo nucléaire, nous tient dans une sorte de paralysie morale, ou l’on se sent incapable d’échapper à cette situation insoutenable. Nous devons donc travailler à convaincre tous les Etats à adhérer au traité d’interdiction nucléaire pour nous assurer que nos descendants pourront vivre sans menace d’annihilation. 122 Etats ont voté pour ce traité, mais pas la France. En tant que citoyen du monde, il est possible de soutenir cette démarche pour montrer notre volonté de sortir de cette prise d’otage nucléaire, en signant une pétition sur le site web « www.notonukes.org». Décidons donc de l’avenir du nucléaire avant qu’il décide du nôtre en ce XXIe siècle.

Romario LOUIS, économiste

Spécialiste en économie internationale et en management des entreprises.

Spécialiste en sciences politique et en relations internationales.

Référence bibliographique et Webographie

Gordon SMITH, Professeur de sciences politiques.

Herodote.net, le Media de l’histoire sur l’URL : https://www.herodote.net/5_mars_1946-evenement-19460305.php.

James OSKINS, spécialiste des armes nucléaires, NUCLEAR WEAPON ACCIDENT, NEAR THULE GREELAND.

Joel DOBSON, Officier de L’US air force.

Peter Douglas FEAVER, Professeur américain de sciences politiques et politiques publiques à l’université « Duke University » et spécialiste des relations civilo-militaires.

Les Echos : https://www.lesechos.fr/monde/enjeux-internationaux/la-baisse-du-nombre-darmes-nucleaires-dans-le-monde-marque-le-pas-1323290

L’internaute sur l’URL : https://www.linternaute.fr/dictionnaire/fr/definition/spoutnik/.

Scott Douglas SAGAN, Professeur de sciences politiques Caroline S.G. Munro à l'Université de Stanford et chercheur principal au Centre pour la sécurité et la coopération internationales de Stanford.

[1] Voir France culture sur l’URL : https://www.franceculture.fr/emissions/les-chemins-de-la-philosophie/les-chemins-de-la-philosophie-emission-du-mardi-23-fevrier-2021

[2] Voir Herodote.net, le Média de l’histoire sur l’URL : https://www.herodote.net/5_mars_1946-evenement-19460305.php

[3] La bombe A, communément appelée bombe atomique, bombe à fission ou bombe nucléaire, est un engin explosif où l'énergie est obtenue par la fission nucléaire d'une masse critique d'éléments fissiles comme l'uranium 235 ou le plutonium 239.

[4]Voir l’URL : https://atlasocio.com/classements/defense/nucleaire/classement-etats-par-arsenal-nucleaire-monde.php.

[5] Voir NATIONS UNIES COLLECTION DES TRAITES : https://treaties.un.org/Pages/ViewDetails.aspx?src=IND&mtdsg_no=XXVI-4&chapter=26&clang=_fr

[6] Voir les Echos sur l’URL : https://www.lesechos.fr/monde/enjeux-internationaux/la-baisse-du-nombre-darmes-nucleaires-dans-le-monde-marque-le-pas-1323290

Auteur


Réagir à cet article