L’administration Biden essaie de tourner la page Foote, une mission de haut niveau attendue à Port-au-Prince                      

L’administration Biden envoi une mission de haut niveau en Haïti pour entendre le peuple haïtien et comprendre ce qu’il convient de faire, peu après la démission fracassante et les critiques cinglantes de la politique américaine par l’envoyé spécial Daniel Foote, a appris Le Nouvelliste, jeudi 23 septembre 2021.         

Publié le 2021-09-23 | lenouvelliste.com

« Brian Nicholls, notre secrétaire adjoint aux Affaires des Amériques nouvellement confirmé, se rendra en Haïti la semaine prochaine avec Juan Gonzalez, le directeur principal du Conseil de sécurité nationale, pour déterminer la meilleure voie à suivre ici pour nous assurer de parler à la société civile afin que nous entendions le peuple haïtien lui-même pour essayer de comprendre ce qu’il convient de faire », a confié en interview Wendy R Sherman, interrogée par le Miami Herald sur la volonté ou non des USA de mettre sur pied une commission de reconstruction pour Haïti après le séisme du 14 août . « Il y a eu une aide continue depuis le tremblement de terre, bien sûr », a-t-elle indiqué.        

Interrogée sur l’affirmation de Foote indiquant qu’il ne sera « pas associé à la décision inhumaine et contre-productive des États-Unis d’expulser des milliers de réfugiés haïtiens et d’immigrants illégaux vers Haïti, Wendy R Sherman a évoqué des séances de travail. 

« Il y a eu plusieurs conversations politiques de haut niveau sur Haïti où toutes les propositions, y compris celles portées par l’ancien envoyé spécial Foote, ont été pleinement prises en compte dans le cadre d’un processus politique rigoureux et transparent. Très franchement, certaines de ces propositions étaient préjudiciables à notre engagement en faveur de la démocratie et de l’organisation d’élections libres et équitables en Haïti afin que le peuple haïtien puisse choisir son propre avenir. Son affirmation selon laquelle les propositions ont été ignorées est, je dois malheureusement le dire, tout simplement fausse », affirmé Wendy R Sherman, interrogée sur l’affirmation de Foote  que  la décision des États-Unis de soutenir un accord politique avec Ariel Henry perpétue, «un cycle d’interventions politiques internationales en Haïti qui a constamment produit des résultats catastrophiques ».

« Ma réponse à cela est ce que j’ai dit pour commencer, c’est-à-dire que nous entendons que le peuple haïtien puisse choisir son propre avenir lors d’élections libres et équitables. Nous ne prenons parti pour personne en ce qui concerne cet avenir. C’est une décision qui appartient au peuple haïtien. Nous parlons bien sûr à ceux qui sont actuellement à la tête du gouvernement en Haïti parce qu’il le faut dans ces circonstances, mais nous entendons promouvoir la démocratie en Haïti. Et l’une des idées de M. Foote était de renvoyer l’armée américaine en Haïti. Je suis la situation en Haïti depuis l’administration Clinton, et je peux vous dire que le déploiement de militaires américains en Haïti n’est pas la réponse qui résoudra la terrible situation à laquelle le peuple haïtien est actuellement confronté. C’était tout simplement une mauvaise idée », a dit Wendy R. Sherman.

« Je ne sais pas si nous avons besoin d’un remplaçant. Nous avions nommé un envoyé spécial après l’assassinat du président d’Haïti à la suite des horribles tempêtes et tremblements de terre et de toutes les autres épreuves auxquelles le peuple haïtien a dû faire face – le défi permanent de la pauvreté. Mais nous avons une excellente ambassadrice en Haïti, Michèle Sison, qui est nominée pour un futur poste ici aux États-Unis. Nous avons une grande confiance en elle et en son leadership », a répondu la sous-secrétaire d’Etat.                                                          

Sur l’absence de conditions actuellement pour des élections complètes et équitables en Haïti, la sous-secrétaire d’Etat, s’en remet aux ambassadeurs Sison et Nicholls qui en discuteront avec les Haïtiens. « Je pense que le secrétaire adjoint Nichols travaillera avec l’ambassadrice Sison et écoutera la société civile pour voir ce que nous pouvons faire pour faciliter les décisions sur la voie d’élections libres et équitables le plus tôt possible pour le peuple haïtien. Encore une fois, personne n’ignore ce qui se passe en Haïti – c’est déchirant. Et nous entendons faire tout notre possible pour aider le peuple haïtien. Cela a toujours été l’objectif de la politique étrangère américaine », a-t-elle indiqué.                         

Le gouvernement Henry attend cette mission « Nous avons parlé de la visite qu’effectue M Nichols la semaine prochaine. Le gouvernement et moi sommes disponibles pour le recevoir dans la recherche d’une solution haïtienne à la crise haïtienne. C’est ce qu’a dit M. Nicholls », a confié au journal le chancelier Haitien Claude Joseph, soulignant que la mission rencontrera, entre-autres,des acteurs de la société civile. «  Je lui ai parlé du leadership du Premier ministre Ariel Henry qui fait beaucoup d’efforts pour trouver un accord politique avec des acteurs de la société à différents niveaux, dans différents secteurs. C’est un effort, je pense, qui mérite d’être apprécié à sa juste valeur », a poursuivi Claude Joseph.   

« Non, nous n'avons pas abordé ce sujet et je ne crois pas que cela fasse partie de sa mission », a dit le chancelier, interrogé sur des dires concernant la tenue d’élections à la fin de l’année 2021. « Il y a des gens qui le disent mais ce n’est pas vrai », a souligné Claude Joseph qui a aussi exprimé ses préoccupations face à la crise migratoire et souligné la nécessité pour les États concernés de trouver des solutions communes face à cette problématique.    

Foote, coup de pied dans la fourmilière de la diplomatie américaine en Haïti                

 « Avec une profonde déception et des excuses à ceux qui recherchent des changements cruciaux, je démissionne de mon poste d'envoyé spécial pour Haïti, avec effet immédiat. Je ne serai pas associé à la décision inhumaine et contre-productive des États-Unis d'expulser des milliers de réfugiés haïtiens et d'immigrants illégaux vers Haïti, un pays où les responsables américains sont confinés dans des complexes sécurisés en raison du danger que représentent les gangs armés contrôlant la vie quotidienne », a écrit mercredi Daniel Foote au chef de la diplomatie américaine fustigeant l’approche politique américaine envers Haïti qu’il juge « profondément imparfaite ».                                          

« Mes recommandations ont été ignorées et rejetées, lorsqu'elles n'ont pas été modifiées pour projeter un récit différent du mien », a dénoncé l’ambassadeur Foote qui n’a pas spécifié si ces modifications sont l’œuvre ou non de l’ambassadeur Michele B Sison, du bureau chargé d’Haiti au bureau de l’hémisphère Ouest du département. La prise de position des principales ambassades à Port-au-Prince, y compris celle des États-Unis, en faveur du Premier ministre Ariel Henry semble être mal digéré par l’envoyé spécial de Washington.

« La semaine dernière, les ambassades des États-Unis et d’autres pays ont publié une autre déclaration publique de soutien au Premier ministre de facto non élu, le Dr Ariel Henry, en tant que chef par intérim d'Haïti, et ont continué à vanter son « accord politique » au détriment d’un autre accord plus large et antérieur dirigé par la société civile. L'orgueil qui nous fait croire que nous devrions – encore une fois – choisir le gagnant est impressionnant. Ce cycle d'interventions politiques internationales en Haïti aura des conséquences désastreuses non seulement en Haïti, mais aux États-Unis et chez nos voisins de l'hémisphère », a mis en garde l’ambassadeur Foote avant de prendre partie pour le peuple haïtien qui, selon lui, est en train de vivre une « tragédie humaine supplémentaire évitable ».                                               

Roberson Alphonse                                         

Avec Miami Herald 

Roberson Alphonse avec Miami Herald
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