Réflexions en écoutant Rebèl

Publié le 2021-06-24 | lenouvelliste.com

En écoutant le récent concert « Lèt ouvèt » de Rebèl Pakamò qui se définit comme un « rappeur engagé », j’en suis venu à penser que nous ne saluons pas assez le mérite de la conviction. Il aurait été si facile pour lui de faire autre chose, de prendre moins de risques, de verser dans le sexisme et la misogynie ordinaires, d’aller dans le sens de ce avec quoi on abrutit les jeunes.

Il existe dans ce pays des jeunes qui ont des convictions profondes.

Comme il en est qui font semblant d’en avoir pour accéder à la notoriété, s’installer dans le paysage sociopolitique et… changer ou révéler leur vrai visage. Il y a des contestataires dont les convictions ne durent que le temps de se faire connaître pour s’assurer un poste, une position, une promotion individuelle.

Comme il en est qui, écervelés, sont amorphes et sans pensée profonde sur quoique ce soit.

Comme il en est encore qui, débrouillards et relativement instruits, mettent toute leur énergie au service de leur réussite personnelle, sans autre idéologie que l’individualisme.

Je ne sais pas combien de temps celui qui dit « ma  musique me ressemble comme une ombre » gardera sa volonté d'interpeller le pays, les démunis, en clamant la nécessité de la transformation des rapports sociaux vers une société égalitaire fondée sur la justice sociale. Je ne sais si la dimension pédagogique qui marque en partie son travail est toujours la meilleure façon de sensibiliser. Mais je sais que ce genre de démarche mérite plus d’attention.

Dans le lot des jeunes qui se disent « de gauche », « engagés », le temps révèlera les convictions profondes comme les mensonges, les déterminations sincères et les stratégies opportunistes. Il y aura aussi des excès –il y en a toujours trop-, une part de ce qu’un révolutionnaire appelait une « maladie infantile » ». Mais rien n’est pur, tout est mouvement et contradiction.

S’activant dans le domaine de la culture et de l’art, ou travaillant dans d’autres domaines offrant moins de visibilité, il y a des jeunes issus de milieux défavorisés, étudiants, élèves, jeunes adultes déjà engagés dans le monde du travail, qui agissent, parlent et pensent au nom de convictions sociales profondes. Il ne leur est pas facile de les exprimer et de les maintenir.

La logique voudrait que les partis qui se disent progressistes, voire révolutionnaires, s’intéressent à eux. Non forcément pour les intégrer comme des pions ou des faire-valoir. Ils ont d’ailleurs leur dignité et n’accepteront pas d’être manipulés. Mais au moins pour une conversation avec eux et contribuer à leur permettre de trouver des cadres d’expression. Certains sont déjà trop convaincus que les partis dits traditionnels ont échoué. Ils ont l’impatience de la jeunesse et la vie politique officielle n’a pas trouvé jusqu’ici le chemin des conquêtes sociales qu’ils réclament. D’autres, avec des doutes, des réserves, des critiques acerbes souvent justifiées, peuvent être prêts à discuter. Écouter n’est pas se trahir.

Ecouter Rebèl, nos rebelles, leurs demandes de changement. Saluer leurs convictions  et voir ce qu’on peut faire ensemble.



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