Valendy Thesnor remporte le concours « Ma thèse en 180 secondes »

Valendy Thesnor a été sacrée lauréate de la deuxième édition du concours « Ma thèse en 180 secondes » en marge de la finale qui s’est tenue le mardi 8 juin 2021 à l’Institut français en Haïti. La chimiste, doctorante en cotutelle à l’Université d'État d'Haïti (UEH) et l’Université des Antilles (UV) s’est distinguée grâce à son projet de recherche portant sur la pharmacopée végétale caribéenne. Elle participera à la finale internationale du concours en septembre prochain.

Publié le 2021-06-11 | lenouvelliste.com

« Extraction, fractionnement, isolement et caractérisation GC-MS, LCMS, RMN et électrochimie des composés, activité antibactérienne potentielle issus de pharmacopée végétale caribéenne (TRAMIL) », voilà le libellé exact de la thèse doctorale qui a permis à Valendy Thesnor de prendre de l’avance sur ses compétiteurs, Woudy Vedrine, deuxième prix, et Moles Paul, troisième prix. Valendy Thesnor a également remporté le prix du public à ce concours organisé en Haïti par l’AUF Caraïbes grâce au soutien de l’Institut français, de l’ambassade de France et l’ambassade de Suisse en Haïti à l’attention des doctorantes et doctorants des universités haïtiennes.

Si pour beaucoup ce projet de recherche est imperméable, pour Valendy, c’est l’une des choses les plus passionnantes qui soient. La chimie a été son violon d’Ingres dès son plus jeune âge. « J’ai développé un amour pour la chimie alors que j’étais en troisième. Et depuis lors je n’ai voulu faire que cela », confie l’ancienne élève du collège Saint-Martin de Tours qui a effectué son secondaire à l’Institut Françoise et René de la Serre (IFRS). Poursuivant son rêve, elle s’inscrite en 2010 à la Faculté des sciences de l’Université d’État d’Haïti.  « À cette époque, je ne savais même pas que la faculté avait une option chimie. C’était pas une discipline que l’on vulgarisait rééllement. C’est mon frère qui me l’avait dit. D’ailleurs, c’est vers 2010 qu’on a vraiment commencé à dire aux étudiants que cette option existait dès l’inscription ».

Dans cette faculté qui est l’un des plus anciens établissements dans l’histoire de l’enseignement supérieur en Haïti, les femmes sont en minorité. « Sur les 200 de ma promotion, je me rappelle pas qu’il n’y avait pas 20 femmes. Pour la chimie, on était 5 au total, dont 2 femmes », explique Valendy Thesnor, qui obtient sa licence en 2015. Puis, elle passe deux ans à travailler pour les Laboratoires Pharval, et ensuite reprend le chemin de l’université pour effectuer une maîtrise en ressources naturelles : Biomatériaux et Cosmétiques à l’Université des Antilles entre 2018 et 2020. Ne s’arrêtant pas en si bon chemin, elle décroche la bourse Anténor Firmin qui lui permet d’entamer en octobre 2020 son programme de doctorat en phytochimie/pharmacognosie en cotutelle avec Université d'État d'Haïti (UEH) et l’Université des Antilles.

« Quand je dis que je fais de la chimie, les gens ne comprennent pas toujours du premier coup. Et quand je parle de mon travail qui porte sur les plantes, ils font référence à la médecine traditionnelle par exemple. Mais mon travail va plus loin que cela. Je cherche à étudier de manière scientifique les propriétés attachées aux plantes, mettre en valeur nos plantes médicinales, mais aussi voir comment on peut mieux les utiliser à des fins curatives », explique la jeune femme qui visiblement se plaît à parler de son travail de recherche. Sa thèse, elle la réalise sous la direction des professeurs Gerardo Cebrian-Torrejon (UV), Yvens Cheremond (UEH) et Zohra Benfodda (Université de Nîmes).

Tenace et assidue, Valendy Thesnor est de celles qui pourront dire avec assurance « ce n’était pas facile, mais je l’ai fait ». Trop heureuse d’avoir gagné ce concours, la jeune femme se félicite de ne pas s'être laissée aller au découragement. « Par moments, je me demandais si j’arriverais à présenter tout un projet de thèse en 180 secondes. Ce n’était pas évident. Mais j’ai eu le support de mes directeurs de thèse, de ma famille et je les en remercie. Gagner ce concours est un motif de fierté. Cela me prouve que je suis sur la bonne voie. C’est un pas de plus vers mes objectifs », avoue-t-elle tout en conseillant aux jeunes de ne jamais baisser les bras en dépit du fait que la situation globale du pays les pousse au désespoir. « Continuez avec vos études. Mettez-y tout votre cœur, toute votre passion. Un jour votre travail portera ses fruits », leur promet celle qui est née à Saint-Louis du Nord le 21 septembre 1990.  

Pour l’heure, la jeune femme met le cap sur la finale internationale qui aura lieu à Paris à la fin du mois de septembre 2021. Outre l’ordinateur et le bon d’achat de livres d’un montant de 500€ qui lui ont été offerts en prime, Valendy Thesnor bénéficiera aussi d’une préparation technique et de la prise en charge de son voyage pour défendre les couleurs d’Haïti lors de cette finale.

Notons que « Ma thèse en 180 secondes » est un concours international qui vise à valoriser les recherches scientifiques. S’inspirant du concept « Three minute thesis (3MT) » conçu à l’Université du Queensland, en Australie, le concours a été repris en 2012 par l’Association francophone pour le savoir (Afcas) et est réalisé dans les pays francophones avec le soutien de l’AUF. Pour cette deuxième édition, les trois doctorants qui composent le  peloton de tête sont tous issus de l’Université d’État d’Haïti. Le deuxième lauréat, Woudy Vedrine, travaille sur « Le concubinage en droit haïtien - Perspectives comparatives ». Le troisième Moles Paul explore « Les modalités du futur en créole haïtien ».



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