Lorrie Jean-Louis se revendique « femme cent couleurs »

Publié le 2021-05-19 | lenouvelliste.com

Lorrie Jean-Louis écrit des poèmes car la poésie est résistance. De fait, dans son recueil de poésies  « La femme cent couleurs », elle  réduit en cendres le racisme de son lieu de femme noire qui est née à Montréal. « Etre une femme est un programme à réviser constamment », et être une femme noire « est un programme au moins deux fois plus chargé parce qu’il faut veiller constamment à ne pas se faire voler sa tendresse ».

Les couleurs ne devront pas casser l’élan de l’humanité. Lorrie n’aime pas l’expression de « gens de couleur », une expression, pense-t-elle, qui  est faussement bucolique car il ne s’agit que du Noir ou presque. Une façon détournée de nommer la race. L’autrice fait exprès d’amalgamer les couleurs pour tenter de faire taire l’ego de la dominance de couleur… Vert, rouge, marron, l’expression, pour elle  devrait signifier sa capacité de changer sa couleur. Une réalité différente la hante et elle s’énerve. « Si l'on ne me donne pas toutes, je n’en veux aucune », se rebelle l’autrice. «  Je figure,  je suis figurante, ma couleur parle pour moi,  la figurante n’a pas de réplique,  le prétexte est la couleur,  la couleur parle sans moi, elle ne dit rien d’ailleurs, c’est un vieux costume colonial,  un vieux costume neuf, les fantômes ne dorment pas ».

Les fantômes ne dorment pas et Lorrie Louis-Jean a soulevé une page d’histoire qui éveille des sentiments controversés. «  Je suis L’Amérique ». Mme Jean Louis retrace, avec la subtilité des mots, l’histoire des milliers d’esclaves  qui ont été conduits dans ce « Nouveau Monde »,  et qui ont contribué à l’enrichissement d’une partie importante de ce coin de terre. « La femme cent couleurs clame le chant de l’Amérique à brûler ou à naitre ». Une Amérique témoin de génocides d’opprimés, d’ostracisés…

Dans ce livre il y a une réalité de femme, « mon sexe est une blessure liquide » ; de femme noire, «  Vous m’entendrez sans me voir, ma classe est en fond de cale, négresse, je reste » ; d’immigrer et un passé qui hante le présent. «  La mémoire appelle les origines, mêlant, temps, histoires, langues, races et couleurs ».

 La femme cent couleurs est le premier livre  de Lorrie- Jean Louis. Avec ce titre, elle a reçu le prix des libraires du Québec 2021. Ce livre sera disponible à la foire du livre « Livres en folie », qui sera organisée virtuellement encore cette année du 30 mai au 13 juin prochains.



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