45 ans déjà: Coup d'oeil sur le parcours singulier des ingénieurs agronomes sortis de la FAMV en 1975

Publié le 2020-12-23 | Le Nouvelliste

"Le bonhomme apprendra cette histoire à son fils. Et ce jour solennel ne reviendra jamais, d'aujourd'hui jusqu'à la fin du monde, sans qu'on se souvienne de nous, de notre petite bande, de notre heureuse petite bande de frères!".

(William Shakespeare)

De la cérémonie de graduation organisée par la Faculté d'Agronomie et de Médecine Vétérinaire (FAMV) en 1975 à aujourd'hui, 45 années se sont écoulées. Pas 45 jours ni 45 semaines, ni même 45 mois, mais bien quarante-cinq longues années. Cela vaut donc la peine qu'on en parle. Les lignes qui suivent retracent cette aventure. Le texte couvre aussi bien les années de formation que la vie professionnelle. On y trouve également un diagnostic du secteur agricole, suivi de recom­mandations pour son relèvement. Enfin, une annexe cite les noms de Ministres qui ont dirigé le secteur agricole ces 50 dernières années.

Les années de formation: 1971-1975

De la cinquantaine de postulants inscrits au concours d'entrée à la Faculté d'Agronomie et de Médecine Vétérinaire (FAMV) en automne 1971, seulement 27 ont été admis, dont 26 termineront le parcours. Ces garçons apportaient avec eux leur étonnement, leur soif d'apprendre, leurs rêves. leurs espoirs. La plupart d'entre eux étaient frais émoulus de l'enseignement secondaire (classe de philosophie). Mais quelques uns avaient déjà reçu une première formation supérieure. Cette promotion vivait en internat, ce qui crée des liens étroits entre condisciples et, plus tard, entre les ingénieurs agronomes issus de la promotion. Cela débouche sur un esprit de groupe et de solidarité, laquelle dure jusqu'à aujourd'hui. Cette proximité physique est l'un des traits marquants du vécu de la promotion 1971-1975 de la FAMV, laquelle fête ses 45 ans cette année.

La vie à Damien ne manquait pas de diversité. A part les tâches incontournables (études académiques, travaux pratiques en plein champ, séances de laboratoire etc.), on s'amusait plutôt bien. Les étudiants de cette promotion étaient bourrés de talent. Il y avait un diseur et acteur: Anthony Dessource; un chanteur de niveau professionnel: Montus Michel; des guitaristes: Pierre Guy Lafontant et Pierre Richard Quittère .... Du côté des activités sportives, Frantz Calixte, footballeur professionnel, faisait partie de l'équipe Aigle Noir; Fritz Semé était gardien de but dans l'équipe de foot de la FAMV. Louis Buteau faisait régulièrement ses exercices d'haltérophilie. On pourrait continuer à l'infini. Cette vie estudiantine, malgré certaines difficultés inéluctables, paraissait douce et légère. Et le temps passait ...

1975 était vite arrivé. A l'été de cette année, la promotion est sortie, les membres étant munis de l'arme qu'ils étaient venus chercher 4 ans auparavant: leur diplôme d'ingénieur agronome. En automne, les jeunes diplômés reçurent déjà, de la part du MARNDR, leurs premières lettres de nomination. En ce temps-là, tous les ingénieurs agronomes diplômés de la FAMV obtenaient un emploi garanti de la part de l'Etat haïtien. Voici la liste alphabétique des 26 ingénieurs agronomes qui avaient effectué le parcours.

Les 26 Ingénieurs agronomes ayant Effectué le parcours: Jean Yves Jabouin Banatte; Audalbert Bien-Aimé; Louis Buteau; Frantz Calixte; Jocelyn Chéry; Camus Délice; Franck Désir; Anthony Dessources; Hébert Docteur; Jackson Donis; Jean Paul Duperval; Harry Jean; Pierre Guy Lafontant; Nélio Léonard; Eric Louissaint; Montus Michel; Joseph Mitilien; Ulrick Noël; Michel Nicolas Pierre; Rénold Pierlus; Odolphe Pognon; Emmanuel Prophète; Pierre Richard Quittère; Fritz Semé; Robert Viaud; Claude Wroy.

Cinq personnes de cette liste sont maintenant décédées. C'étaient tous des gens de qualité: Camus Délice, esprit brillant, féru de langue espagnole; Claude Wroy et Odolphe Pognon, sérieux et studieux; l'ancien Président du groupe, Jean Yves Jabouin Banatte, tombé à la fin du mois d'avril 2015; et enfin Joseph Mitilien, qui vient de nous quitter (novembre 2020). Que ces camarades reposent en paix.

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Certains diplômés sont restés au service de l'Etat sans interruption depuis cette première nomination. Mais certains autres ont fait une pause pour aller poursuivre des études avancées de spécialisation (Voir plus bas).

Profil académique et professionnel

La présentation du profil académique et professionnel des ingénieurs agronomes de la promotion 1971-1975 n'a, ici, aucun caractère systématique. Il s'agit plutôt d'un modeste panorama.

Profil académique

Les membres de la promotion ont en commun le diplôme d'Ingénieur agronome de la FAMV. Il n'y a pas lieu d'en reparler ici. On parlera uniquement de formations complé­mentaires que certains professionnels ont obtenues, le plus souvent à l'étranger.

D'abord, il y a ceux qui ont étudié en Europe. Par exemple:

Audalbert Bien-Aimé a reçu son Doctorat en Agronomie-Zootechnie (Option Nutrition) à l'Université Scientifique et Technique du Languedoc (France: 1977-1980).

Pierre Richard Quittère a eu son diplôme d'Ingénieur Chimiste et des Bio-Industries à la Faculté des Sciences Agronomiques de l'Etat (Belge) à Gembloux/Belgique (1977-1981); et son DEA [Diplôme d'Etudes Approfondies (études doctorales)] en Chimie Minérale à l'Université Pierre et Marie Curie, à Paris/France (1982-1984).

Anthony Dessources a obtenu sa Maîtrise en Gestion de Projets Agricoles au Centre d'Etude et de Formation Economique et Bancaire (Paris et Marseille/France) (1985-1986)

Certains membres de la promotion ont étudié aux Etats-Unis:

Emmanuel Prophète: Master of Science en Horticulture (Texas A & M University) 1982-1984

Rénol Pierlus: Master of Science en Gestion des Mauvaises Herbes (Texas A & M University) 1982-1984

Louis Buteau: Aménagement des Ressources Naturelles (USA) (1985-1986)

Pierre Guy Lafontant: Master Course in Air Conditioning and Heating (1985-1987) Canada

Franck Désir: Communication pour le Développement (University of Chicago) (1979) USA

Certains autres membres ont étudié soit en Amérique Latine soit dans les Caraïbes.

Jackson Donis: Magister Scientiae (MSc) en Gestion Intégrée des Ennemis des Cultures (CATIE: Turialba / Costa Rica) 1986-1989

Franck Désir: Développement Communautaire (Panama) (1985)

Nélio Léonard: Diplôme de Planification (CIAPEP/Chili)

Frantz Calixte: Agro-industrie (Costa Rica); Planification du Dévelop–pement Rural (Argentine)

Hébert Docteur: Sugar Technology Study (Guadeloupe et Jamaïque)

Enfin certains ont effectué des études complémentaires en Haïti:

Jean Paul Duperval: Diplôme d'Ingénieur Civil (Option: Hydrogéologie) (Faculté des Sciences) (UEH)

Anthony Dessources: Licencié en Droit (Faculté de Droit et des Sciences Economiques) (UEH)

Nélio Léonard: Licencié en Sciences Economiques (Faculté de Droit et des Sciences Economiques) (UEH)

Pierre Richard Quittère: Licencié ès Sciences Anthropologiques et Sociologiques (Faculté d'Ethnologie) (UEH)

Profil professionnel

Ce qui caractérise au plus haut point le profil professionnel de la promotion, c'est peut-être sa diversité.

Pensons d'abord à ceux qui, comme Eric Louissaint, Joseph Mitilien (récemment décédé), Harry Jean -- pour ne citer que ceux-là -- ont privilégié par-dessus tout le travail de terrain, loin des couloirs administratifs. C'est dans cette solitude, ce sacerdoce même, qu'ils ont pu apporter leur aide précieuse et quotidienne aux agriculteurs de base.

Il y a, d'autre part, les chercheurs chevronnés comme Rénold Pierlus, Audalbert Bien-Aimé et Emmanuel Prophète, entre autres. Ceux-là ont fait avancer la recherche agronomique en Haïti. Dans la même veine, il y a les professeurs d'univesité: Audalbert Bien-Aimé (FAMV: Vice-Doyen et Professeur d'Alimentation Animale), Pierre Richard Quittère (FAMV: Professeur de Technologie Alimentaire); Pierre Guy Lafontant (UNDH), Yves Jabouin Banatte (décédé) (UNDH).

Il y a ensuite les fidèles des institutions auxquelles ils appartiennent ou ont appartenu. Par leur constance et leur endurance, ils en sont devenus des piliers. On en a pour exemples: (a) Louis Buteau, Pierre Guy Lafontant, Jackson Donis, Emmanuel Prophète pour le MARNDR; (b) Audalbert Bien-Aimé pour la FAMV; (c) Montus Michel pour l'ODPG; (d) Nélio Léonard pour le MPCE et Michel Nicolas Pierre pour l'ODVA.

Certains autres ont surtout travaillé dans le domaine de la planification et des projets de développement: Nélio Léonard, Michel Nicolas Pierre, Franck Désir, Ulirick Noël, Robert Viaud.

Il ne faut pas oublier les entrepreneurs privés: Frantz Calixte, Jocelyn Chéry, Robert Viaud, Fritz Semé.

Il y a aussi un grand penseur indépendant: Jean-Paul Duperval, toujours à la recherche d'un monde meilleur.

N'oublions pas ceux qui ont pu gravir les échelons de la vie publique et politique:

Anthony Dessources a été: Conseiller du Président de la République, Ministre de la Planification (MPCE) et Ambassadeur d'Haïti au Canada.

Hébert Docteur a été 2 fois Ministre de l'Agrculture (MARNDR).

Pierre Guy Lafontant a été Directeur Général du MARNDR.

Pierre Richard Quittère a été Conseiller du Premier MInistre par 3 fois.

Enfin, il y a ceux qui ont roulé leur bosse dans plusieurs pays, effectué des études diversifiées et occupé des fonctions multiformes. Leur profil académique et professionnel fait penser, par sa diversité, à un kaléidoscope. L'archétype en est Pierre Richard Quittère.

Célébration du 45e anniversaire

Comme on le voit, ces professionnels forment un véritable think tank, qui peut encore contribuer au relèvement de notre pays. Que ce soit dans la solitude ou sous les feux de la gloire, chacun, dans cette promotion travailleuse et studieuse, a apporté sa touche à la vie nationale et à son rayonnement.

Ce sont ces professionnels et leur parcours qu'il s'agit de célébrer en cette année 2020. La cérémonie de célébration consiste en un service œcuménique auquel sont invités tous les membres de la promotion et leurs proches. Ce service religieux a lieu le samedi 19 décembre 2020 à partir de 9h30 a.m. en l'Eglise Notre Dame du Rosaire de Puits Blain.

Un groupe singulier et très uni

La singularité de cette promotion c'est que ses membres sont très unis. Ils ont gardé entre eux des liens très forts qui datent de leur séjour en internat à la FAMV. Cette promotion est la seule qui ait constitué un groupe structuré. Celui-ci se réunit périodiquement et organise chaque année un gala en décembre. A chacune des étapes marquantes de la vie de la promotion, celle-ci a pris l'habitude de se réunir. Par exemple, en l'an 2000, la promotion a fêté solennellement ses 25 ans.

Voici une anecdote qui témoigne des liens de complicité qui règnent entre ces ingénieurs agronomes. L'un d'entre eux, devenu Ministre, passait à sa secrétaire les instructions suivantes:

"Si quelqu'un vient demander un rendez-vous avec "M. le Ministre", accordez-le lui, mais en respectant les priorités de l'agenda. Mais s'il demande à rencontrer Tèt Venn, alors faites-la entrer immédiatement. Il s'agit certainement d'un camarade de promotion, car seuls mes anciens condisciples m'appellent par ce sobriquet".

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Fort de son vécu durant ces 45 ans, la promotion a voulu laisser aux générations futures un  diagnostic du secteur agricole haïtien et des recommandations pour son relèvement.

Diagnostic institutionnel du secteur sur 45 ans

Pendant que la promotion 1971-1975 vivait son destin professionnel singulier, le secteur agricole environnant subissait de profondes transformations. En effet, au cours de ces 45 dernières années, ce secteur a connu 2 grandes périodes, en termes de directives de planification. La première période (1975-1986) est caractérisée par une administration stable et une orientation politique claire. C'est la période des plans quinquennaux. Les inves­tis­sements dans le secteur agricole pesaient lourd: 10%, le niveau actuel étant de 5%. La deuxième période (1986 à nos jours) est celle de la libéralisation des marchés et de la déstructuration des infrastructures agro-économiques. On assiste au désengagement de l'Etat, à la privatisation. Par exemple, l'Etat n'exécutait plus les travaux d'aménagement des bassins versants, travaux confiés désormais à des firmes privées.

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Il résulte de cette évolution une déperdition des cadres du secteur agricole. L'Etat n'est plus un employeur assuré pour les ingénieurs agronomes. On constate une stagnation des salaires et une insécurité de l'emploi pour les ingénieurs agronomes. Cela s'accompagne d'un dépeuplement des cadres du MARNDR. En particulier, la fermeture de la BNDAI (Banque National de Développement Agricole et Industriel) a laissé sans emploi beaucoup de cadres du secteur agricole. Cet état de choses a fait que beaucoup d'ingénieurs agronomes ont dû acquérir une seconde profession pour gagner leur vie. Par exemple, beaucoup d'ingénieurs agronomes sont devenus avocats.

Diagnostic de la production agricole

Le diagnostic de la production agricole touche les paramètres suivants: (a) le régime foncier; (b) l'identification des filières porteuses; (c) les infrastructures physiques; (d) le niveau technologique; (e) la formation; (f) les infrastructures agro-industrielles et physiques ; (g) le crédit à la production et à la commercialisation; (h) les Intrants et équipement agricoles; (i) les machineries Agro-industrielles. Il faut noter que, dans le présent contexte, les importations sont examinées en même temps que la production parce que la quantité et la nature des produits importés déterminent celles des produits agricoles à produire.

- Le régime foncier ("tenure" de la terre)

Le régime foncier haïtien est caractérisé par quelques grandes propriétés issues généralement de concessions de l’Etat, lesquelles sont peu ou pas exploitées parce que tenues par des absentéistes. Mais plus de 90% de la superficie plantée est occupée par de petits planteurs souvent sans titres de propriété, disposant de ressources techniques et financières limitées.. La moyenne nationale des parcelles se situe autour de 1.5 Ha. Dans la Vallée de l'Artibonite, espace irrigué de plus de 30,000 Ha, la moyenne est de 0.3 Ha. Les conditions d’exploitation rendent dérisoires les rendements. Les grands pays agricoles de la région ont longtemps compris que le morcellement accéléré des parcelles ne favorise point le développement d’une agriculture moderne et compétitive.

Identification des filières porteuses en fonction des importations

Quand on cherche à identifier les filières porteuses, il est important de considérer, préalablement, le profil des importations, parce que c'est qui les [1]détermine. En effet, on cible généralement comme filières porteuses, les tubercules, les fruits frais (mangue, avocat, papaye, l’ananas, la banane), les jus de fruits, le café torréfié, le cacao, les huiles essentielles, les fruits de mer etc. En réalité, les opportunités du secteur sont naturellement déterminées par la configuration des ’importations et exportations des produits agricoles. Il est évident qu’il est possible de substituer les importations au moins à 50% de leur niveau actuel, qui tourne autour d’US $1.2 Milliard. Quant aux exportations, le potentiel se chiffre en milliards de dollars, alors que nous ne vendons à l’extérieur que US $50 Millions chaque année.

Céréales

Blé: L’importation d'Haïti en blé (325.000 tonnes) et en farine (environ 30.000 tonnes) totalise environ US $ 95 millions. Riz: Sur une consommation annuelle de 450.000 tonnes de riz, le pays importe 375.000 tonnes, soit plus de 83%. Le riz est principalement produit par des petits planteurs localisés dans la Vallée de l’Artibonite, la Plaine des Cayes, à Sant Raphael dans le département du Nord et dans la Plaine de Maribaroux, dans le Nord-est. Le rendement moyen annuel n’excède pas 3 tonnes par hectare, contre 6 tonnes en République Dominicaine. Maïs: Haïti importe 50% des besoins en mais pour la consommation humaine, et animale.Planté sur environ 125.000 hectares, principalement en irrigation pluviale, le rendement moyen est inférieur à 2 tonnes environ à l’hectare.  Il est de 4 tonnes en République Dominicaine et de 12 aux Etats-Unis. Sorgho: Principalement utilisé dans la consommation humaine, la production de sorgho provenant des terres de plaines, des  plateaux et des montagnes non irriguées se chiffre à environ 100.000 tonnes.  Le rendement n’excède pas 1.50 tonne.

Elevage – pêche et aquaculture

80% des exploitations agricoles familiales élèvent  4 millions de volailles ; 65% élèvent des chèvres (2.5 millions de caprins) ; 55% élèvent du gros bétail (1.5 million de bovins dont 45% de vaches adultes) et 35% détiennent 1 million de porcs. Le pays dans cette filière importe environ 50% de ses besoins.

 Sucre

Haïti présentement importe près de 300 mille tonnes de sucre roux et raffiné pour un montant  de’US $100 millions environ. Le pays compte des centaines de petites unités de production de clairin, de sirop de bouche et de sucre artisanal, nommé rapadou. L’Usine sucrière de Darbonne, d’une capacité de 3.000 tonnes de canne par jour ne broie que 40.000 tonnes pendant une récolte.  Elle produit essentiellement 4000 à 5000 tonnes de sirop de canne, destinées à la production d’alcool populaire de 22 degré Gay-Lussac, appelée vulgairement clairin.

Oléagineux - Epices / Tomate industrialisée

Le pays ne produit pas d’huiles comestibles.  Les besoins annuels se chiffrent en valeur à US $135 Millions. Haïti produit très peu d’ail. Les importations s’élèvent à US $ 20 millions par an. La production d’oignon couvre 50% des besoins.  Le montant des achats à l’extérieur avoisinent les US $ 10 millions. Quant aux produits dérivés de la tomate : pâte, sauce, ils représentent US $ 11 millions selon le relevé de nos importations.

Niveau Technologique, Formation et Profil des Producteurs

Depuis près de 30 ans, Haïti s'est orientée vers l’agriculture de subsistance caractérisée par une technologie traditionnelle caractérisée par: l'absence de structure de recherche et de vulgarisation; des variétés non renouvelées; un niveau de mécanisation insignifiant; une maitrise approximative de l’eau d’irrigation; des connaissances négligeables sur la culture en serre. Or, la production en serre est 10 fois supérieure à celle à ciel ouvert. A titre de comparaison, la République Dominicaine a fait passer son parc de serres de 1.6  à 7.6 Millions de mètres carrés durant les deux dernières années.

On n'enseigne pas la gestion des entreprises aux étudiants en agronomie. Ils ne sont donc pas formés pour être des producteurs, des entrepreneurs agricoles

 Infrastructures agro-industrielles et infrastructures physiques

L’industrie alimentaire est faiblement développée en Haïti. Le pays importe la totalité de son sucre, les produits de charcuterie, l’huile comestible, des produits en conserve (jus de fruits et de légumes, pate de tomate, poisson, mais, lait, yaourt etc. A contrario, il exporte US $ 7 Millions d’huiles essentielles, US $10 Millions de  mangues, très peu d’alcool  et de bière. Concernant les infrastruc­tures physiques, le pays vit sur ses acquis anciens. Par exemple, les Cayes vivent encore des infrastructures agricoles implantées par les Nations Unies. De même, l'Artibonite bénéficie des infrastructures mises en place par l'ODVA.

Crédit à la production et à la commercialisation

Le crédit agricole et agro-industriel est insignifiant, environ US $50 Millions. Son niveau dépendra des objectifs de production qu’auront fixés les opérateurs publics et privés. La viabilité du Crédit Agricole dépend de la disponibilité  d’un Système d’assurances et de Fonds de Garantie.

Les intrants et équipement agricoles

Le pays importe environ 35.000 tonnes d’engrais d’une valeur approximative d’US $ l7.5 millions. Cette valeur représente moins de 10% de la consommation de la République Dominicaine, chiffrée à 400.000 tonnes métriques. Si les investissements préalables en infrastructures (irrigation, drainage, serres, routes) sont réunis, il sera très facile de consommer 200.000 tonnes d’engrais en Haïti. Pour le moment, moins de 500 tracteurs et peu de motoculteurs fonctionnent en Haïti et le plus souvent en dehors des champs. La modernisation du secteur agricole entrainera une augmentation considérable des besoins en équipements agricoles de tous types.

Machineries agro-industrielles

Le volume des importations et des exportations des produits agro-alimentaires témoignent de la faiblesse des investissements dans l’agro-industrie.  Ce domaine recèle un potentiel d’investissement extraordinaire. Il convient cependant de structurer les filières porteuses à partir d’investissements appropriés en amont et en aval de la production pour exploiter les opportunités du marché local et pour  répondre aux exigences du marché international.

Diagnostic des exportations

Le diagnostic de la production agricole touche 2 paramètres: (a) la comparaison d'Haïti à quelques pays de la région et (b) l'importance de l'expérience du commerce international des filières porteuses.

Si les importations agricoles haïtiennes se chiffrent à  US $1.3 Milliard, ses exportations  se limitent entre 35 et $50 Millions durant les cinq dernières années. Ces valeurs n’ont aucune commune mesure avec les performances  enregistrées dans quelques pays de la région. Entre 2009 et 2013, la Jamaïque exporte en moyenne $400 Millions. La République Dominicaine, pendant la même période  a fait passer ses ventes à l’extérieur de 700 à $1.2Milliard. Quand à Costa Rica, ses exportations annuelles tournent autour de 3.7 Milliards. Quant aux autres pays, sus-cités, les exportations varient avec les opportunités du marché. Le succès de ces pays est le produit de stratégies claires, planifiées sur le temps et mettant à contribution des moyens logistiques, techniques, financières et managériales compatibles avec les exigences des marchés visés.

Il ne faut pas non plus oubier que la maitrise des rouages du marché international est l’élément majeur dans le développement d’une agriculture tournée vers l’exportation.

Recommandations

L’agriculture demeure encore l’un des secteurs à fortes potentialités de croissance en Haïti. En considérant d’une part, la population actuelle d’Haïti autour de 10.4  millions d’habitants, son taux de croissance démographique, les perspectives de développement d’autres secteurs dont ceux du tourisme, de la construction, et d’autre part les potentialités du marché agro-alimentaire international, les perspectives de croissance sont extraordinaires. Il faut donc moderniser l’agriculture en priorisant les secteurs porteurs identifiés depuis longtemps déjà, en investissant massivement.

Il faut transformer le régime foncier actuel (basé sur le droit napoléonien), qui conduit inéluctablement au morcellement à outrance. Il faudrait une réforme en la matière.

Le secteur agricole a besoin de diversification. Il faudrait la coha­bitation de 2 systèmes de production agricole: la petite production (basée sur la petite propriété) et l'agriculture commerciale et industrielle.

Il faut investir dans: (a) les infrastructures de base; (b) la méca­nisation; (c) l’équipement industriel; (d) la formation, la recherche et la vulgarisation agricoles; (e) les nouvelles technologies, notamment la multiplication de plan­tules à partir de la culture du méristème; (f) la culture industrielle en serre; (g) l’irrigation par as­persion ou par goutte à goutte; (h) la promotion et la commer­cialisation tous azimuts des produits nationaux compétitifs tant au niveau de la qualité que des prix.

Dans cette stratégie, le crédit agricole constituera l’élément moteur, l’instrument qui permettra de financer la production tant agricole proprement dite qu’agro-industrielle.

En guise de Conclusion

Si les recommandations qui viennent d'être formulées sont mises en application, il en résultera un grand bond en avant pour le secteur agricole haïtien. Toutefois, tel qu'il est aujourd'hui, ce secteur n'en demeure pas moins un des piliers de l'économie nationale. A lui tout seul il contribue pour plus de 23% au PIB du pays, tout en ne recevant pas plus de 5% du budget national. Il donne du travail et des revenus à près de 50% de la population rurale. Les ingénieurs agronomes de la promotion 1971-1975 sont heureux et fiers d'avoir œuvré dans un tel secteur.

Ils sont heureux et fiers d'appartenir à une catégorie de professionnels (les ingénieurs agronomes en général) qui travaillent à la réduction de la faim dans le monde, tâche noble s'il en est.

Enfin, Ils sont heureux et fiers de faire partie d'une promotion qui a donné tant de grands citoyens à la nation et qui a vécu -- et vit encore -- dans l'amitié, la solidarité et l'entraide, ce, dans les bons comme dans les mauvais jours.

Pierre Richard Quittère

Ingénieur agronome (FAMV/Haïti)

Ingénieur Chimiste et des Bio-industries (Gembloux/Belgique)

Hébert Docteur

Ingénieur agronome (FAMV/ Haïti)

Ancien Ministre de l'Agriculture (MARNDR/ Haïti)

Pierre Guy Lafontant

Ingénieur agronome (FAMV/ Haïti)

Ancien Directeur Général du MARNDR/ Haïti

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Annexe: 40 Ministres en 50 Ans

La promotion d'agronomes dont nous célébrons cette semaine le 45e anniversaire a commencé son aventure avec le secteur agricole en octobre 1971, lors de son entrée à la Faculté d'Agronomie et de Médecine Vétérinaire (de l'UEH). Cela fait près de 50 ans, 49 ans pour être précis. Cela vaut la peine de connaitre les noms des 40 Ministres qui se sont succédé au Ministère de l'Agriculture durant ces 50 dernières années.

Les 40 ministres qui se sont succédé au MARNDR durant ces 50 dernières années

25 novembre 1968 - 22 avril 1971: André Théard (2e fois)

22 avril 1971 - 31 mars 1976: Jaurès Levêque

31 mars 1976 - 27 mai 1977: Rémillot Léveillé

27 mai 1977 - 13 novembre 1979: Edouard Berrouet

13 novembre 1979 - 23 avril 1980: Paul Saint-Clair

23 avril 1980 - 30 avril 1982: René Destin

30 avril 1982 - 12 juillet 1982: Pierre. Sam D

12 juillet 1982 - 29 décembre 1982: Rémillot Léveillé (2e fois)

29 décembre 1982 - 30 mai 1984: Nicot Julien

30 mai 1984 - 30 août 1984: Luckner Saint-Dic

30 août 1984 - 30 décembre 1985: Frantz Flambert

30 décembre 1985 - 7 février 1986: Hébert Docteur

7 février 1986 - 15 mars 1986 : Montaigu Cantave

15 mars 1986 - 7 février 1988: Gustave Ménager

12 février 1988 - 20 juin 1988: Gérard Philippe Auguste

20 juin 1988 - 18 septembre 1988: Damaxe Sydnéus

18 septembre 1988 - 18 décembre 1989: Frédéric Agénor

18 décembre 1989 - 16 mars 1990: Wilner François

16 mars 1990 - 24 août 1990: Lionel Richard

24 août 1990 - 7 février 1991: André Jean-Louis

19 février 1991 - 30 septembre 1991: François Séverin

19 octobre 1991 - 14 avril 1992: Claude Pierre-Louis

14 avril 1992 - 1er septembre 1993: Jacques Baker

1er septembre 1993 - 7 novembre 1995: François Séverin (2e fois)

7 novembre 1995 - 6 mars 1996: David Nicolas

6 mars 1996 - 25 octobre 1997: Gérald Mathurin

28 octobre 1997 - 24 mars 1999: Fred Joseph (a. i.)

24 mars 1999 - 2 mars 2001: François Séverin (3e fois)

2 mars 2001 - 29 février 2004: Sébastien Hilaire

16 mars 2004 - 9 juin 2006: Philippe Matthieu

9 juin 2006 – 6 septembre 2008: François Séverin (4e fois)

6 septembre 2008 - 19 novembre 2011: Joanas Gué

19 novembre 2011 - 8 mai 2012: Hébert Docteur (2e fois)

8 mai 2012 - 18 janvier 2015: Thomas Jacques

18 janvier 2015 - 20 février 2015 : Jean-François Thomas

23 février 2015 - 17 septembre 2015: Fresner Dorcin

17 septembre 2015 - 29 mars 2016: Lyonel Valbrun

29 mars 2016 - 13 mars 2017: Pierre Guito Laurore

13 mars 2017 - 17 septembre 2018 : Carmel André Belliard

17 septembre 2018 - : Joubert Angrand

[1] Les importations: Haïti importe présentement 52% de sa consommation globale. Le pays importe de façon formelle plus de US $ 900 Millions de produits agricoles. En considérant les quantités importantes de marchandises sous-facturées ou indemnes de droits de douane qui aboutissent sur le marché national, les importations totales doivent aisément atteindre en valeur absolue US $ 1.2 Milliard.

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