Il y a la Noël du pauvre et la Noël du tueur

Publié le 2020-12-22 | Le Nouvelliste

La Noël du prévaricateur inculte qui s’exprime, entraîné par ses lobbyistes, dans un journal raciste et d’extrême-droite. Chez lui, nul ne l’écoute. Alors il cherche asile chez les casseurs de nègres, d’immigrés, de femmes libres. Il ne lui reste qu’à se grimer et déverser sa bile dans un meeting du KKK.

La Noël des subalternes qui se battent, J contre J, pour avoir l’oreille du chef et savoir qui mérite la palme du premier prix de servilité.

Il y a la Noël contrariée des marchands qui ne feront pas forcément de bonnes affaires, avec la pauvreté ambiante, les kidnappings, la morosité et la peur.

Il y a la Noël du jouisseur lumpénisé pour qui la fête, c’est des bières et beaucoup de bruit dans un bar sombre. Pas seulement sa Noël, mais son idéal. Ça finira par des bagarres, des violences contre les femmes. Ou par une gueule de bois.

Il y a la Noël nostalgique des petits-bourgeois vieillissants qui sont devenus des grands-parents et pleurent leur jeunesse de jean-claudistes insouciants, la musique d’autrefois qu’ils croyaient éternelle.

Il y a la Noël des enfants des rues, petits Jésus des bidonvilles qui rêvent d’un père, fût-il  maçon ou charpentier, un père tout simplement,  présent tout simplement. Et qui tendent la main aux conducteurs pressés qui perçoivent leur présence au pire comme une menace, au mieux comme une contrariété.

Et la Noël des fous de Dieu qui n’aiment que les membres de leurs sectes et voient le mal partout. Le malheur pour les autres et le salut pour eux.

Il y a la Noël de ceux pour qui c’est une fête privée. Sans penser au dehors.

Et la Noël des nantis, rentiers ou riches de l’usage personnel des finances publiques,  qui cachent mal à leurs enfants quelle misère les a rendus riches, l’exploitation, la corruption, les magouilles, le déshonneur.

Et la Noël des quelques chrétiens qui restent, qui s’accrochent, solitaires, à la belle des évangiles, à leur humanisme. Et qui cherchent encore à donner un sens à une fable au nom de laquelle on a massacré et asservi des peuples et des races, au nom de laquelle, en l’habillant en rouge et blanc, on a légitimé tous les commerces, endormi des générations à coups d’airs niais, de clinquant et de pacotille.

Il y a la Noël du paysan qui n’y pense pas trop et attend les Rois, sa fête à lui, qu’il fêtera avec le peu de moyens dont il dispose.

Il y a la Noël du pauvre et du tueur. L’un qui végète. L’autre qui guette.

Il y a la Noël d’un peuple en mal d’avenir.

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