Le coronavirus expliqué à l’école, en douze questions

Publié le 2020-08-11 | Le Nouvelliste

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Mieux comprendre pour mieux se protéger réciproquement

Dr Erold Joseph

1-Qu’est-ce qu’un coronavirus?

Les  coronavirus constituent une famille de  virus à ARN dont la partie extérieure présente la forme d’une couronne, d’où leur nom. Ils  parasitent soit l’animal, soit l’homme et peuvent causer des maladies respiratoires souvent bénignes sous la forme d’une simple grippe, mais parfois très graves  si cette dernière se complique en pneumonie ou insuffisance respiratoire sévère pouvant conduire à la mort.

2-Quels sont les coronavirus les plus dangereux pour l’espèce humaine ?

Il y a :

- le SRAS-CoV,  apparu en Chine en 2002 et responsable de l’épidémie de SRAS ou Syndrome Respiratoire Aigu Sévère et qui a totalement disparu en 2004;

-le MERS-CoV, apparu en Arabie Saoudite en 2012 et qui a causé au Moyen-Orient la Maladie Respiratoire Sévère du Moyen-Orient dont le sigle en anglais est MERS; l’hôte intermédiaire est le chameau;

- SARS-CoV-2 ou COVID-19, apparu  récemment en Chine, à Wuhan, en décembre 2019 et responsable de l’actuelle épidémie; deux mammifères sont incriminés pour faire le relai à l’homme : la chauve-souris et le pangolin

3- Comment les  coronavirus passent-ils de l’animal à l’homme ?

Les virus ne survivent pas longtemps dans la nature : environ quelques heures. Ils doivent parasiter  un hôte végétal ou animal, y compris l’être humain. Ceux qui sont hébergés par  un animal peuvent passer de ce dernier à l’homme par contact étroit, notamment lors de la consommation de viande fraîche. Le virus s’adapte alors à l’espèce humaine, peut produire la maladie, et la transmission interhumaine devient alors possible.

4- Quels sont les symptômes liés  au nouveau coronavirus ?

Le COVID-19 engendre généralement une maladie respiratoire se manifestant  sous la forme d’une simple grippe avec fièvre, toux, écoulement ou  congestion du nez (nez bouché), maux de gorge. C’est souvent accompagné d’une sensation de grande fatigue. 80% des personnes infectées guérissent spontanément. Certains individus contaminés, quoique contagieux, présentent peu ou pas de symptôme. Il peut s’agir d’un symptôme digestif, généralement la diarrhée. La perte du goût (agueusie) et/ou  de l’odorat (anosmie) sont considérés comme très évocatrices.Parfois, la maladie se  présente sous  des  formes  plus graves avec un tableau de pneumonie ou même d’insuffisance respiratoire pouvant entraîner la mort et qui nécessite alors une hospitalisation d’urgence.. Il s’agit généralement de personnes âgées ou affectées d’une autre pathologie qui diminue leur immunité (résistance) comme le diabète, l’hypertension artérielle, l’infection à VIH.etc. On parle alors de comorbidité. Les décès (environ 3% des malades) surviennent surtout dans cette catégorie, mais apparaissent de plus en plus chez des  jeunes. Dans tous les cas (bénins ou graves), il faut chercher une assistance médicale surtout si la personne en question a séjourné dans une région où l’épidémie fait rage ou encore a été en contact  étroit avec un individu malade.

5-Comment se réalise la transmission interhumaine de la COVID-19 ?

Elle se réalise au moyen des gouttelettes respiratoires expulsées par le nez ou la bouche lors de l’éternuement ou de la toux, par la personne infectée. Elles peuvent tomber sur des objets ou des surfaces. En touchant ces derniers et en portant  ensuite les mains aux yeux, mais surtout au  nez ou à la bouche, on peut contracter la maladie. Ceci peut arriver également quand une personne tousse ou éternue dans ses mains. Le virus peut alors se transmettre par les poignées de mains, les accolades, les embrassades,les baisers. Il est également possible d’être infecté en inhalant (respirant) des gouttelettes d’une personne malade qui vient de tousser ou d’éternuer à proximité, généralement moins d’un mètre. L’on recommande de garder, vis-à-vis de l’autre,  une certaine distance physique, ce qui peut néanmoins nuire aux relations humaines et sociales. Les grands  rassemblements sont à éviter autant que possible. Quand on est en groupe, le port du masque ou de la visière est fortement recommandé. Il est à signaler que le microbe peut survivre dans la nature, ou sur les objets le plus souvent durant  quelques heures, mais parfois quelques jours. Quant à la  transmission aérienne (microbe respiré dans l’air), elle existe surtout quand un certain nombre de personnes se trouvent dans un petit espace fermé, non aéré et surtout climatisé.Il reste encore beaucoup d’inconnus concernant ce virus et ses modes de propagation.

6-Une personne asymptomatique peut-elle transmettre le virus ?

En principe, une telle  personne ne devrait pas pouvoir le faire. Toutefois, les symptômes sont souvent si discrets, au début de l’infection et  chez certains individus avec une forte immunité (résistance), qu’on peut les considérer comme faussement asymptomatiques.Pour le comprendre, il faut bien appréhender la notion de période d’incubation. C’est la période de temps séparant l’introduction du virus dans l’organisme de l’apparition des premiers symptômes. Il s’agit  en quelque sorte,de la période d’emménagement du microbe dans l’organisme : il s’installe confortablement dans l’appartement (l’organisme), pour parler de manière imagée. Ensuite, il commence à se reproduire, en très grand nombre et les signes apparaissent. Cette période d’incubation dure le plus souvent cinq jours en moyenne mais peut s’étendre exceptionnellement jusqu’à douze à quatorze jours. Il est difficile de la déterminer avec précision.C’est la raison pour laquelle une personne soupçonnée d’avoir été en contact avec une personne infectée ou malade ou encore qui aurait séjourné dans une région ou un pays sévèrement frappé par l’épidémie est testée et gardée en isolement, en quarantaine, pendant quatorze jours, le temps que la maladie se déclare. Il faudrait peut-être dire quatorzaine. La quarantaine  vise donc  à protéger la personne afin de la soigner  mais aussi à préserver son entourage immédiat  ainsi que la collectivité, en attendant les résultats du test diagnostic et/ou l’apparition des  manifestations de la maladie.

7-Que faire si un élève, un(e) enseignant(e), ou un personnel de l’école présente des symptômes qui feraient penser au nouveau coronavirus ?

Vu le niveau élevé de stigmatisation, de discrimination, de violence existant en Haïti à l’encontre des personnes infectées ou supposées l’être, il faudra être très discret. De concert avec la personne, tout en gardant une certaine distance et surtout en portant un masque et/ou en lui demandant d’en porter un,il faudrait la conduire aimablement, avec douceur,  à la direction de l’école ou au service d’infirmerie ou à un membre adulte du club de santé lorsque ces deux structures  existent. L’intéressé (e) sera placé(e) dans une salle ou un espace d’isolement. Ce n’est pas la peine d’avoir peur : ce n’est pas un pestiféré. D’ailleurs, nous côtoyons tous régulièrement, sans le savoir, des personnes infectées ou malades.Vous pouvez vous-même l’être. La direction de l’école, ou mieux, l’infirmière éventuellement attachée à l’institution, avertira les proches,tout en appelant les numéros indiqués par le Ministères de la Santé et de l’Éducation : le 2020, le 116 ou encore le 8113. La personne (élève ou adulte) devrait être traitée avec respect, dans la confidentialité la plus totale..

8- Quels sont les tests de dépistage réalisés en cas de suspicion de Covid 19 ?

Le test le plus précis est le PCR (en anglais : Polymerase Chain Reaction). Il est un peu désagréable et douloureux. Il consiste à introduire  dans les narines et  même jusqu’au  pharynx (arrière-gorge),une tige avec coton, afin de prélever des cellules nasales, lesquelles seront examinées afin d’y identifier éventuellement l’ARN du coronavirus. Le résultat peut être obtenu en 24h dans certains pays. En Haïti, il faut un minimum de 72 heures (3 jours).

Il existe aussi d’autres tests sanguins dits tests rapides dont le résultat peut être communiqué en quelques minutes. Ils donnent un certain nombre de faux positifs et négatifs. De ce fait, ils sont peu fiables et non recommandés par le Ministère de la Santé Publique et de la Population.

9. Dans quelles conditions doit être réalisé un test de dépistage du coronavirus ?

En raison de la stigmatisation, de la discrimination et de la violence dont sont souvent victimes les personnes infectées ou supposées l’être, le test de dépistage doit être réalisé dans la confidentialité la plus stricte. Il doit être précédé d’un dialogue pré et post-test (assistance-conseil ou counseling) visant à mieux faire comprendre la maladie et à diminuer son impact psychologique sur le sujet. Les Ministères de l’Éducation et de la Santé viennent juste d’instaurer un service de « téléassistance psychologique et médicale » à l’intention des écoliers et des jeunes en général. Tout jeune ayant des préoccupations psychologiques ou médicales relatives à la Covid 19 ou non peut appeler au 8113. Un répondant pourra alors l’encadrer et l’orienter.

10-Existe-t-il un traitement ou un vaccin efficace contre le nouveau coronavirus ?

Il n’y a actuellement aucun médicament ou vaccinofficiellement validé dans la lutte contre le  SARS-Cov-2.Le traitement de la maladie relève encore de l’essai thérapeutique. Certaines drogues ou associations ont paru faire montre d’une certaine efficacité. C’est le cas notamment de l’association chloroquine+azithromicine, de certains médicaments traditionnels comme l’armoise utilisée sous forme de potion.Mais, en raison de la longueur et de la complexité des procédures visant à valider un nouveau produit, des scandales liés à des intérêts financiers importants,  aucune conclusion définitive ne peut être tirée.

11-Quels sont alors les principaux moyens de prévention contre le nouveau coronavirus  ?

En l’absence d’un traitement ou d’un vaccin officiellement reconnu, la prévention primaire, c’est-à-dire axée sur l’environnement, les comportements et les habitudes de vie, représente la seule alternative susceptible de diminuer la  propagation et l’impact de la pandémie. Cette prévention se présente  sous  deux formes : individuelles et collectives.

 Les formes individuelles visent à la fois l’autoprotection et la protection d’autrui. Elles reposent sur l’hygiène personnelle, plus précisément le lavage fréquent des mains avec du savon ou  une solution alcoolique ou hydro chlorée si la première option n’est pas possible immédiatement. Elles recommandent de tousser non dans ses mains, mais dans son coude, de garder une certaine distance physique des autres, d’éviter les poignées de mains et les embrassades. Elles déconseillent les rassemblements, les attroupements. Quand ces derniers  sont nécessaires, il faut se distancier d’un mètre autant que possible et porter le masque (cache-nez) ou la visière: c’est la  « mesure-barrière ».

Quant à la prévention collective, elle vise à empêcher autoritairement les rassemblements et mouvements collectifs. Elle  inclut la fermeture totale ou partielle des frontières terrestres, aériennes et maritimes avec dépistage des voyageurs suspects et « quarantaine » éventuelle. Elle comprend également l’arrêt  plus ou moins sélectif des activités économiques, récréatives ou autres.La fermeture des établissements d’enseignement et des boîtes de nuit en sont des exemples frappants. Le confinement ou interdiction de sortir dans les rues, de même que le couvre-feu constituent des mesures coercitives extrêmes souvent assorties de sanctions. Elles  peuvent être plus ou moins souples.

12-Quelle est la situation actuelle de la pandémie en Haiti

Avec un nombre de cas confirmés inférieur à 10000 et un nombre de décès avoisinant les 200, Haïti semble avoir été grandement épargnée pour des raisons inconnues, vraisemblablement multiples et méritant une  investigation  en profondeur. En raison de la baisse régulière du nombre de cas et de la mortalité imputable à la pandémie, il semblerait qu’on ait atteint le pic de l’épidémie. L’orage serait donc passé, bien qu’il n’y ait encore aucune certitude. Ceci justifie la reprise progressive des activités économiques et sociales  d’autant plus que l’année académique scolaire et universitaire a été largement amputée.  Toutefois, une recrudescence de l’épidémie demeure possible comme cela est arrivé déjà dans plusieurs pays. D’où la nécessité de continuer à respecter encore un certain nombre de  mesures préventives. Le protocole sanitaire élaboré par le Ministère de l’Éducation de concert avec le MSPP  et la Commission scientifique devrait être suivi et appliqué dans les établissements scolaires et universitaires de manière à minimiser au maximum les risques encourus durant la réouverture.

Dr Erold Joseph

Directeur Santé Scolaire

MENFP

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