Célébrer Pâques entre panique et retour à l’essentiel

Publié le 2020-04-11 | Le Nouvelliste

 « Le sens de notre vie et le sens de notre mort, c’est tout un. C’est la manière de mourir qui signe et scelle le sens d’une existence. …. La proexistence qui fut la loi de sa vie sera aussi la loi de sa mort. Jésus a vécu pour, il mourra aussi pour »[1]. Les vapeurs de désespoir s’assemblent et annocent un hiver apocalyptique. Déjà la vague pandémique galopante a emporté des milliers de vie. Le village mondial est touché. Un mal hideux tenaille le quotidien de scientifiques, philosophes, croyants: le redoutable Covid-19, un défi et une menace.

 Le luxe a peut-être produit son effet analgésique: créer et générer l’illusion boiteuse, fausse d’une hiérarchisation, d’une catégorisation entre les hommes, mais dans la misère, nous sommes tellement semblables ! Du 30 décembre 2019, date de signalisation à l’hôpital central de Wuhan des premiers symptômes[2], à nos jours, les réactions de l’homme ne sont pas différentes à l’échelle mondiale. La panique. Riches ou pauvres, érudits ou ignorants, Nord / Sud, nous savons tous vivre ce moment où le coeur comme un plomb lourd lutte indépendamment du reste du corps pour s’affranchir de sa cage : la peur, « cette boule sombre que l’on sent dans son ventre, ce voile devant les yeux quand on est face à l’imprévu, cette impression de vide qui paralyse »[3], selon les mots chers à Pierre Angotti.

  Ase! Para ! Stop ! Arrête ! Ferma ! Nous nous sommes créé nos propres soucis et fardeaux. Il a fallu un stop pour un retour à l’essentiel et se rendre à l’évidence de la véracité de ces mots d’Adam Smith : « De toutes les espèces de bagages, l’homme est la plus difficile à transporter »[4].

 Nous avons accompli l’inacomplissable, sondé l’insondable, résolu l’irrésoluble, nous sommes parvenus à l’imparvenable, nous avons provoqué l’improbable, mais ironiquement, nous demeurons risiblement et visiblement ignorants face à la rage mortelle d’un micro-organisme, d’un invisible virus qui fragilise, affaiblit et éteint la vie. Il n’y a pas d’ennemi plus mortel qu’un ennemi invisible. Imprévisible, il peut être partout.

  L’homme aura tout fait pour se protéger, il a construit des châteaux, bâti des forteresses, et pourtant il n’est pas imperméable aux effets dévastateurs d’une petite coque qui ne peut même pas se reproduire seul. Et à mesure que l’on avance en eau profonde, on se rend compte que l’univers intellectuel et scientifique est un terrain mouvant. Le cortex cérébral humain n’aura jamais résolu tous les problèmes et certaines contradictions demeureront contradictoires et certaines choses indéfiniment inconnaissables. Parfois la vie est tellement imprévisible qu’elle nous effraie. Tout allait bien, comme si Haïti était coupée du reste du monde. Jeudi 19 mars: 2 cas testés positifs au Covid-19. Les distances se creusent, les frontières se dressent entre les gens. La panique déferle partout dans les médias et sur les réseaux sociaux. Le lendemain, dès l’aube, des voix scandent : 1 mèt tonton, ou gen kowona. D’un coup, on n’a plus le droit d’éternuer, de tousser, les petites camaraderies se dilatent, s’évaporent timidement comme si tout le monde est déjà infecté. Les écoles se vident de leurs élèves, les terrains de jeux du Collège Saint Jean, véritable théâtre de vacarme aux heures de sport, déserts et silencieux.

Par ce mal repoussant, exécrable, nous sommes arrivés malgré les utopies et illusions de nos somptueux accomplissements à un sens du vide, de l’incertitude, du doute et du tourment. Soudainement, l’urgence nous propulse ou nous bouscule à revenir aux racines, à la valeur médicinale du thé, à l’odeur du café, aux bienfaits de l’ail, du citron, de l’assorossi….. . Une publication de la revue scientifique Nature, en date du 25 mars, évoque déjà que la couche d’ozone est en voie de guérison. Les prix des produits pétroliers chutent, l’homme ressent la chaleur de sa maison, il regarde les siens dans les yeux….. retour à l’essentiel.

La Pâques de cette année dans un Carême confiné nous aura appris à apprécier à chaque seconde le goût et les beautés de la vie. Elle nous aura enseigné que, dans la vie, l’argent n’est pas tout. Tout n’obéit pas toujours à la logique du gain. On a juste besoin d’un peu de bien-être et basta ! Probablement, Lucien Jerphagnon aurait raison quand il dit que: « La souffrance est le procédé le plus efficace pour ressentir la vie, elle majore l’existence en l’affectant d’un signe négatif ».

  Jésus se fait victime de chaque péché commis par l’homme. La croix est inséparable de la vie chrétienne. On ne peut être avec Jésus sans être avec le Crucifié. Quand l’existence n’est pas proexistence, quand la vie est sujette à l’indifférence, sans signification et sens, elle meurt.

 S’il est vrai que l’espérance sait percevoir les chances et opportunités dans les crises, ce malheur avoue qu’il y a une contagion de charité et de solidarité d’envergure à propager, à promouvoir et à cultiver. Que sera l’homme après la crise? Le monde sera plus horrible si les gens se contentent seulement de s’occuper d’eux-mêmes et de leurs propres intérêts.

 De la lumière jaillira là où l’ombre du désepoir plane. Il y aura des foyers de grâce et de réconfort même là où la désepération semble avoir eu le dernier mot. La peur d’être infecté cache une peur beaucoup plus grande: le virus de l’indifférence est plus virulente que toute autre infection et contagion microbienne. Car une vie humaine niée, rejetée, méprisée, flétrie, humiliée, dépourvue de charité, déprime et meurt. De même, une existence rigide, monotone, plate, horizontale et sans élan ne vaut pas la peine d’être vécue.

  Pour qui se demande: notre futur a-t-il un avenir?  Le témoignage passionnant du martyrēsantos[5] inspire. Toi aussi, tu dois devenir le témoin qui sait mettre sa vie comme Jésus au service du témoignage de la charité. Car, écrit Ph. Némo « Seul l’excès de béatitude répondra à l’excès du mal ».

Père Védely YACINTHE, OMI

Collège Saint Jean, Cayes, Haïti

Pâques 2020

[1] Bernard Sesboüé, Croire, invitation à la foi catholique pour les femmes et les hommes du 21e siècle, 271.

[2] Coronavirus: l’épidémie en 13 dates clés.

[3] Pierre Angotti, s’ouvrir à la joie, 165.

[4] A. Smith, La richesse des nations, 140 (trad.fr. par Blavet).

[5] 1 Tm 6:13

Auteur

Réagir à cet article

Nous avons remarqué que vous utilisez un bloqueur de publicité.

Notre contenu vous est présenté gratuitement à cause de nos annonceurs. Pour continuer à profiter de notre contenu, désactivez votre bloqueur de publicité.

C'est éteint maintenant Comment désactiver mon bloqueur de publicité?

How to disable your ad blocker for our site:

Adblock / Adblock Plus
  • Click on the AdBlock / AdBlock Plus icon on the top right of your browser.
  • Click “Don’t run on pages on this domain.” OR “Enabled on this site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
Firefox Tracking Prevention
  • If you are Private Browsing in Firefox, "Tracking Protection" may casue the adblock notice to show. It can be temporarily disabled by clicking the "shield" icon in the address bar.
  • Close this help box and click "It's off now".
Ghostery
  • Click the Ghostery icon on your browser.
  • In Ghostery versions < 6.0 click “Whitelist site.” in version 6.0 click “Trust site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
uBlock / uBlock Origin
  • Click the uBlock / uBlock Origin icon on your browser.
  • Click the “power” button in the menu that appears to whitelist the current website
  • Close this help box and click "It's off now".