Face à la recrudescence de la violence de genre, les jeunes TOYA s’insurgent et s’impliquent

Publié le 2019-11-27 | Le Nouvelliste

On a longtemps prétendu que les violences faites aux filles et aux femmes étaient un sujet d'intérêt public qui préoccupait les gouvernements haïtiens. Pourtant, l’ensemble des conventions signées et ratifiées, voire les engagements pris par ces derniers depuis les années 80 pour garantir aux femmes de jouir de leurs droits sans discriminations, sont restés lettre morte. Aucune action concrète n’a été initiée jusqu’ici au plus haut niveau de l'État pour les mettre en application. La société civile, principalement à travers le mouvement féministe, ne cesse de dénoncer l'impunité et l'aveuglement des autorités face aux actes crapuleux et répugnants commis bien souvent par ceux qui devraient être l’exemple. Face à de telles incohérences, des jeunes femmes engagées se sentent interpellées et s’insurgent face à cette passivité manifeste qui ne fait qu'augmenter l'impunité.  Car le silence complice des autorités constitue une gangrène qui compromet le bien-être des filles, des adolescentes et des femmes dans une société où les droits fondamentaux peinent à être garantis.

Les cas de Ginoue Mondésir, jeune actrice violemment assassinée par son partenaire ; de Nice Simon, actuelle maire en fonction, âprement battue par son compagnon; de Jucelène Jean-Charles, ancienne employée de la SOGEBANK, décédée sous les coups meurtriers de son conjoint, des fillettes régulièrement violées un peu partout dans le pays, notamment à Jérémie et les 11 femmes de la prison des Gonaïves, sauvagement violées dans un espace où elles sont censées être en sécurité, révèle l’inaction et la décrépitude de la justice haïtienne. Fort de cela, nous, les jeunes avons bien compris que ni le niveau d'éducation, ni la position sociale ou politique ne nous mettent à l'abri de la violence. Ainsi, nous sommes bien conscientes que la violence de genre ne cible ni une catégorie d’âge ni un niveau social, mais un genre. Donc, la nécessité de nous engager plus activement dans la bataille contre le système patriarcal est plus qu’une nécessité. Si nous voulons empêcher que de nouvelles générations de filles et de jeunes femmes continuent de succomber sous les coups assassins de leur partenaire, nous n’avons qu’à nous battre et suivre les traces de nos mères engagées et des vaillantes féministes des années 86 pour dénoncer les crimes sexistes et la discrimination envers les filles et les femmes.

En pleine période des 16 jours d’activisme, qui débute le 25 novembre avec la célébration de la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, beaucoup de personnes, notamment des jeunes en Haïti, ignorent encore tout sur les acquis de cette commémoration. Ainsi, il y a nécessité pour que la relève soit assurée à travers des prises de position pour dénoncer non seulement les autorités irresponsables, mais également certains médias qui alimentent la sphère de la violence de genre à travers des contenus qui ne font que chosifier la femme et la vulnérabiliser.

Shelda, une jeune de 23 ans, pointe du doigt certains médias qui font au quotidien la promotion de la violence sur les femmes à travers la diffusion de messages, de musiques et de vidéos sexistes. Pour elle, ces contenus incitant à la violence contribuent dans une large mesure à la recrudescence d’actes de viol, de violence physique que subissent les jeunes filles et les femmes dans leurs quartiers et dans leurs foyers.

Nous, jeunes filles et femmes engagées, devons attirer l’attention de la société civile, du gouvernement et de toutes les forces vives de la nation sur l'impérieuse nécessité de contribuer à briser le silence sur l’ensemble des actes de violence commis sur les filles et les femmes. Pour aspirer à une vie digne dans un pays accueillant pour les filles et les femmes, nous prenons position pour exiger l’arrestation des meurtriers et des batteurs de femme ainsi que la réalisation des procès de ceux qui sont arrêtés pour viols et agressions sexuelles sur mineur afin de donner le signal d’une volonté manifeste à combattre l'impunité.

Notre implication active dans la bataille contre la discrimination et les violences faites aux filles et aux femmes s’inscrit dans la continuité de la lutte des femmes haïtiennes. Ainsi, nous invitons toutes celles et ceux qui ont le devoir de se sentir concernés et qui sont préoccupés par cette intolérable violence qui cible les filles et les femmes à se joindre à nous. Pour qu’ensemble nous puissions participer à la reconstruction d’une société plus juste, où le respect de la personne humaine est garanti à travers l’application des lois.  

Fondation TOYA

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