Indispensables, les éboueurs et balayeuses du pays sont négligés

Indifférence et mauvaise condition hygiénique sont le quotidien des éboueurs et balayeuses des différentes communes de la région métropolitaine de Port-au-Prince. Alors qu'ils contribuent grandement à la salubrité des rues de la capitale.

Publié le 2019-05-24 | Le Nouvelliste

Maxo* travaille à la voirie de la mairie de Delmas depuis environ une vingtaine d’années. Du lundi au samedi, Maxo* commence quotidiennement sa besogne à 4 heures du matin pour la terminer à midi. Respectant scrupuleusement un itinéraire défini par les responsables de la voirie, en compagnie d’un collègue éboueur, l’homme doit balayer, ramasser, puis transporter dans une brouette vers une décharge temporaire les déchets collectés.

La passion de servir

Maxo* porte tous les jours des bottes en caoutchouc et des gants ainsi qu’une chemise jaune, au dos de laquelle il est écrit : « Cantonnier de Delmas ». Ne se laissant pas distraire par le va-et-vient des passants et des automobilistes, dans une eau boueuse coulant dans un caniveau, il tente avec une pelle d'enlever des bouteilles en plastique et des sachets d’eau. Il  lui arrive souvent de croiser entre autres sur son parcours des excréments humains et même des cadavres d’animaux.

« Dans ce travail, je ne suis pas motivé par l'argent. C’est la passion de servir ma communauté, confie-t-il, faisant référence au maigre salaire mensuel de 10,000 gourdes qu'il perçoit pour son travail. Avec toutes les poussières et mauvaises odeurs que je respire, je suis exposé aux microbes. Sans l’œil bienveillant du grand créateur, je serais déjà six pieds sous terre. »

Après toutes ces années de bons et loyaux services, Maxo* confie n'être inscrit à aucun plan d'assurance et de retraite. En cas de maladie, ce quinquagénaire confirme que sa fille de 26 ans qui vit toujours sous son toit, et sa femme ne devront compter que sur son maigre salaire.

La peur du lendemain

Chose certaine, Maxo* n’est pas le seul à vivre cette même réalité. À quelques kilomètres, sous un soleil de plomb, Exavio* et deux de ses collègues éboueurs de la commune de Port-au-Prince, sans cache-nez, transpirent à grosses gouttes à l’arrière d’une benne à ordures qui répand une odeur pestilentielle. Ils attendent des riverains qui affluent dans tous les sens, comme des retardataires accourant vers le dernier train, pour recueillir leurs déchets ménagers.

 Âgé de 41 ans, ce père de famille qui fait plus que son âge, travaille six jours sur sept et ne bénéficie d’aucun avantage social. Depuis 2016, l’année qui marque son embauche à la mairie de Port-au-Prince, à l’arrivée de chaque nouveau conseil municipal, il craint d’être mis à pied. « Je n’ai aucune garantie.  Sans préavis, à tout moment, je peux dormir et me réveiller sans emploi », explique-t-il avec inquiétude.

À la précarité s'ajoutent des retards de paiement

Au marché de Pétion-Ville, il est 9 heures du soir. Yvone*, une balayeuse, met la dernière main en entassant avec un balai les détritus laissés par les commerçants au cours de la journée. Mère de trois enfants, elle cumule près de six mois d’arriérés de salaire. « Pour le deuxième contrôle du calendrier scolaire, mes enfants n’ont pas pu entrer en salle d’examen faute de non-paiement », raconte-t-elle.

Rendre à César ce qui revient à César

Claudisson, un résident du quartier de Delmas, qui se lève généralement très tôt pour pouvoir faire son jogging matinal, estime que les employés de la mairie préposés au balayage et au ramassage des ordures effectuent un travail remarquable. « En accompagnant mes enfants à l’école, tous les matins, ces gens sont les premiers à se faire remarquer sur  mon passage, confie-t-il, tout en déplorant le peu d'attention que l'on accorde à cette couche de la société. En parlant de propreté à Delmas, on met le plus souvent en avant le maire. Cependant, on ignore ces pauvres travailleurs qui se donnent corps et âme chaque jour pour assurer le nettoyage de nos rues. Pour les récompenser, nous devons commencer à apprécier leur travail ».

* Certains noms utilisés dans l'article sont des noms d'emprunt

Michael Dosnard 

mdosnard@yahoo.fr

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