Environnement/Agriculture/Département du Sud-Est

Sécheresse, maladies, déboisement : les tueurs des citrus

Depuis cinq ans, les agriculteurs dans le département du Sud-Est sont mis à genoux à cause de la perte de leur production d’agrumes, dont le citronnier, le mandarinier, l’oranger, le limonier, le pamplemoussier entre autres. Des maladies que les paysans peinent à identifier. La sécheresse et le déboisement sont quelques-uns des maux qui frappent les citrus dans le département du Sud-Est.

Publié le 2019-04-10 | Le Nouvelliste

La sécheresse, le déboisement et son corollaire, l’érosion, les mauvaises pratiques culturales, les aléas du changement climatique, le manque d’encadrement technique sont quelques-uns des problèmes qui sont, d’après les agriculteurs, à la base de la destruction des citrus dans le département du Sud-Est. La commune de Bainet, connue par le passé pour ses variétés de citrus en est l’une des principales victimes.

« Bénéficiant d’un climat semi-aride, dans les première et deuxième sections communales de Bainet, situées dans la zone côtière, la culture de citronniers est encore pratiquée. Cependant, les plantations sont vieilles de plusieurs décennies et méritent d’être renouvelées par de nouvelles plantules », explique Clive Mc Calla, maire titulaire de ladite commune.

 Si à Bainet ce sont les catastrophes naturelles et les maladies qui constituent un handicap à la production de citrus, dans la commune de Grand-Gosier, le problème, c’est la non- disponibilité de l’eau. C’est un vrai casse-tête pour les agriculteurs. « À Grand-Gosier, nous n’avons rien », déplore avec amertune Ilrique Périn, natif de cette commune. Aujourd’hui, la production de citron, autrefois abondante, est réduite à une peau de chagrin à Grand-Gosier.

Parallèlement, ça va de mal en pis pour la production de mandarine dans la commune de la Vallée de Jacmel. « La destruction des mandariniers s’accélère », constate-t-on. Un coup de massue pour les cultivateurs qui, autrefois, pouvaient gagner environ dix mille gourdes dans la récolte d’un mandarinier.

Deux jeunes agronomes, Stevenson Mérolin et Johnny Dupéroy, originaires de la commune, après avoir terminé leurs études en agronomie en République dominicaine, réalisaient, en 2016, une étude en vue de déterminer la maladie qui frappe les citrus.

Ces derniers avaient fait des prélèvements sur les feuilles des citrus, des tiges, des racines et du sol à travers les trois sections de la commune de La Vallée pour pouvoir réaliser l’étude. Grâce à des analyses de laboratoire en République dominicaine, ils avaient découvert la « Candidatus liberibacter » comme étant l’agent pathogène causant la maladie des citrus, notamment la mandarine dans la commune de La Vallée. « Les citrus sont infectés par un vecteur qui est un insecte de la famille des Psillidae, nommé Diaphorina citri, et l’autre vecteur secondaire, nommé Trioza erytreae », a révélé l’étude.

Pour les agronomes Stevenson Mérolin et Johnny Duperoy, la commune de La Vallée perd environ deux milliards de gourdes par année depuis que cette maladie attaque les citrus.

La maladie des citrus est identifiée, mais rien n’a été fait pour apporter des solutions. Aujourd’hui encore, les auteurs de l’étude continuent de sonner l’alarme pour attirer l’attention des instances concernées sur la disparition des citrus dans le département du Sud-Est, notamment à La Vallée de Jacmel.

Des efforts pour tenter de changer la donne

Depuis 2012, l’Association des fils et amis de Marbial (AFAM), travaillant dans les secteurs environnemental et agricole, multiplie des actions dans le grand quartier de Marbial, commune de Jacmel, en vue de combattre non seulement le déboisement, mais aussi de relancer l’agriculture dans cette zone. « Empêcher la disparition des citrus », tel est l’un des objectifs de ladite organisation.

Grâce à l’implication, entre autres, des élèves, des parents, des responsables des établissements scolaires à travers les cinq sections rurales, à savoir La Gosseline, Marbial, Fond-Melon, Cochon-Gras et Grande-Rivière, des centaines de jardins, comportant des arbres fruitiers et forestiers, ont été déjà réalisés par les écoliers et écolières concernés dans le cadre du programme mis en œuvre baptisé « Jardin scolaire ».

Pour l’année académique 2017-2018, une dizaine d’écoles se sont inscrites dans le cadre de ce programme regroupant au total 366 élèves, de la 1re à la 9e année fondamentale. Selon l’agronome Brice Johnys, secrétaire général d’AFAM, 80 060 plantules forestières et fruitières ont été plantées et réussies dans le cadre dudit programme. « Chaque élève impliqué ayant réussi en moyenne entre 100 et 250 arbres, a reçu en compensation une prime lui permettant de payer ses frais de scolarité », précise-t-il.

« Autrefois, les variétés d’oranges que les agriculteurs produisaient constituaient une source de revenus pour les ménages », se souvient James Benjamin, responsable de production d’AFAM. Les camions remplis de fruits, poursuit-il, défilaient dans le lit des rivières de Marbial les jours de marché. « En 2019, une orange, c’est de l’or à Marbial », constate le technicien agricole. Plusieurs facteurs, dont des maladies et des insectes qui attaquent les plantes, la coupe systématique des arbres accentuant les effets du changement climatique et l’élevage libre sont, aux yeux de M. Benjamin, responsables de cette situation.

Des résultats encourageants

De leur côté, les organisations communautaires n’entendent pas rester les bras croisés. À Montagne-Lavoute, 6e section communale de Jacmel, la Fédération des groupements communautaires de Bas-Lavoûte (FGKBL) a réalisé une expérience porteuse d’espoir pour les citrus. Suite à une formation technique dont les membres de ladite fédération ont pu bénéficier dans le cadre d’un projet qu’exécutaient la Coordination régionale des organisations du Sud-Est (CROSE) et  Diakonie Katastrophenhilfe, des stratégies ont été mises en œuvre en vue de voler au secours des citrus à Montagne Lavoûte. « Depuis 2014, nous appliquons une méthode baptisée ‘’fonte latérale’’ permettant de greffer plusieurs dizaines de citronniers par le biais des orangers aigres, informe Désinor Pierrre, technicien en agronomie au sein de la FGKBL. Après greffage, les plantules une fois atteintes entre 30 et 40 centimètres de hauteur sont prêtes à être récoltées. »

Selon M. Pierre, si les quatre premières récoltes ont été réservées à la consommation dans la communauté, maintenant les fruits sont commercialisés.

Cette expérimentation a permis aux responsables de FGKBL de greffer en citrus un champ d’une superficie de vingt-cinq centième d'un carreau. Un total de cent cinquante plantules de citrus est réussi pour la plupart des citronniers, des mandariniers et des orangers, décompte Désinor Pierre.

Que fait l’État ?

Très préoccupé par la maladie qui affecte les citrus, l’ingénieur-agronome Sylvio Ridoré, directeur départemental du ministère de l’Agriculture dans le Sud-Est, dit avoir effectué une visite récemment aux États-Unis, notamment en Californie dans le cadre d’un diagnostic en vue de mieux comprendre ce phénomène et de voir quelles sont les solutions envisageables. Il a indiqué que la situation des citrus est pareille dans plusieurs autres pays de l’Amérique. « Beaucoup de recherches sont en cours à travers des laboratoires », précise l’agronome Ridoré.

En attendant une réponse totale pouvant éradiquer la bactérie, le directeur départemental de l’Agriculture invite les agriculteurs à faire usage de fumier comme engrais dans la production de leurs cultures et d’arroser les plantes en vue de compenser le manque de précipitation. M. Sylvio Ridoré encourage les agriculteurs à pratiquer aussi la taille de sanitation qui est une opération visant à couper les branches des plantes déjà atteintes par la maladie, mais aussi celles qui sont sèches.

Ce texte est réalisé grâce au support de l'Action pour le climat, l'environnement et le développement durable (ACLEDD).

Claudy Bélizaire claudyb15@yahoo.fr/ Auteur

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