Fleurs et Pleurs pour Thérèse Yanick François Saint-Louis

Publié le 2019-04-17 | Le Nouvelliste

« En face des difficultés de la vie, des épreuves, des souffrances, de la mort, tu as le droit de pleurer, mais même dans les larmes, tu n’as jamais le droit de divorcer d’avec la joie. Le plaisir, en effet, ne peut exister là où vit la souffrance, tandis que la joie peut épouser les plus grandes douleurs.»  ( Michel QUOIST)

Kern E. JEAN-FRANCOIS

                Qui  ne se souvient des sonnets à Hélène de Surgères dans lesquels le poète nous mit en garde contre la futilité de cette vie, la précarité de l’existence et la vanité des choses d’ici- bas ? Pourtant, en dépit  des exemples qui pullulent sous nos yeux, nous ne réalisons pas encore que la mort est le couronnement de la vie.

          Certaines femmes, pour nous, devraient vivre éternellement. Elles étaient d’une telle notoriété dans leur milieu que leur disparition crée un vide trop grand à combler facilement. Et au tréfonds de notre être, le choc est si violent, le sentiment d’esseulement si profond que nous voudrions les suivre jusque sur les sentiers de  la tombe commune à tous les humains.

          C’est avec une douloureuse surprise que nous avons  appris la mort à Miami, le 8 janvier 2019, de Madame Thérèse Yanick François Saint-Louis, décédée dans sa 60e année. La mort de cette dame merveilleuse, agréable et charmante, à l’allure posée et au visage serein, me bouleverse et mon cœur saigne. Ses funérailles célébrées à l’église du Sacré-Cœur de Turgeau le 23 janvier 2019, dans la splendeur de cette journée rutilante de soleil, sous un ciel d’un bleu magnifique, éclatant et pur, furent une apothéose au milieu d’une assistance nombreuse et recueillie.

          Femme du monde accomplie, aux manières affables et distinguées, Yanick comptait des amis, et nombreux qui trouvaient dans sa compagnie le charme le plus agréable. D’un esprit cultivé, d’une intelligence très vive, elle ne manquait pas une occasion de faire pétiller dans un trait plein de gaieté et d’esprit la grande joie de vivre qui brillait dans ses prunelles.  

          La sournoise maladie qui la minait depuis quelques mois a eu raison de sa robuste constitution, sans lui avoir enlevé ni son  courage ni son sourire. Elle est morte malgré les soins les plus attentifs de son médecin. Elle ne connut pas les tortures d’une longue agonie, elle perdit la parole et succomba, comme elle avait vécu, bien simplement.

          Née à Port-de-Paix,  chef-lieu du département du Nord-Ouest,  la vaillante et fière cité de notre talentueux poète  Tertulien Guilbaud,  le 15 janvier 1958, Yanick fit ses études primaires à Port-au-Prince à l’Institution du Sacré-Coeur, puis secondaires au Centre Classique Féminin jusqu’au baccalauréat. Passionnée d’études, elle s’inscrivit à l’Institut des hautes études commerciales et économiques (IHECE) d’où elle est sortie licenciée en Gestion. Intégrant sur concours en l’année 1984 l’Administration générale des douanes, elle se distingua par sa compétence à l’attention de ses supérieurs hiérarchiques, ce qui lui valut de gravir plusieurs échelons au sein de cet organisme. Bénéficiant de sa pension de retraite récemment, après plus de trente ans de carrière, elle alla rejoindre ses enfants aux États-Unis en vue de les entourer de sa chaude affection maternelle. Et c’est là, loin de la terre natale, à Miami, en Floride, l’État le plus ensoleillé de la République étoilée que la mort est venue la surprendre dans les bras du sommeil.

          Fille de feu l’ex-député Amaury L. François, un homme qui plaçait le respect de la parole donnée au sommet du code de l’honneur, malheureusement parti trop tôt, Thérèse Yanick François Saint-Louis, de par l’éducation reçue de ses parents, avait une carte de visite et un carnet d’adresse assez enviables. Elle fut l’un de ces tempéraments maintenant assez rares, et dont nous aurions souhaité voir se multiplier dans notre milieu où il parait fort difficile d’être honorable. Je voudrais prendre d’exemple sa destinée, y chercher un modèle à offrir à la jeunesse, une leçon humaine à dégager, car elle  nous fut utile par l’ensemble de sa vie. Et je trouve sans effort une vie fondée sur la bonté, sur le scrupule d’une grande conscience, sur une probité nette et sur le sacrifice constant de sa personne. À notre époque où l’on honore le snobisme des idéologies insuffisantes et des actes gratuits, où l’individu nous apparaît sous l’aspect d’incoordination, puisque les cadres d’une morale traditionnelle ne le retiennent plus ; à un moment où tant d’existences sont creuses, sans initiatives, sans courage, celle de Yanick fut gonflée de faits si nombreux que je ne pourrais les énumérer tous. Elle ne connaît jamais les orages de l’âme, elle n’eut point l’esprit tourmenté par un complexe d’infériorité. L’amour de l’étude, le goût de la réflexion, une certaine détermination, un sens de la valeur spirituelle avaient toujours été ses directives. Thérèse Yanick François Saint-Louis voyait trop de misères pour se perdre dans l’abstrait, mais elle n’avait jamais considéré la réussite matérielle comme fondamentale, un sentiment plus élevé la possédait. Une vie semée dans le sens de la droiture, voilà l’héritage qu’elle laisse à ses chers enfants !

                Je l’aimais, cette fine fleur du terroir, pour son caractère intransigeant qui me faisait l’effet d’un site d’une beauté sauvage. Adversaire acharnée des compromissions et des capitulations, à sa mémoire qui me restera toujours chère, je lui adresse, en mon cœur, une couronne de lauriers, gage de mon admiration par-delà la tombe.

          Il est des destinées, sous quelque condition où elles commencent, auxquelles une pure conscience réserve des satisfactions peu communes et qui, privées de certaines joies ou de certains dons, malgré des épreuves en tous genres, le hasard, les bizarreries de la vie, l’envie et la jalousie des petites âmes, la calomnie et ses impostures, la trahison, l’injustice, la haine et même certaines défaillances, savent s’élever si hautement que leur existence édifiante nous console d’appartenir à une espèce mortelle et misérable.

          Je m’incline respectueusement sur la tombe de cette digne Haïtienne qui laisse un souvenir de bonté et de probité, d’entre les figures d’un passé qui s’estompe et qui ne fut pas tout à fait sans mérite. À son époux Victor Hugo Saint-Louis, à sa mère Madame veuve Amaury L. François, née Marie Marthe Bernard, cette matriarche blanchie sous le harnais, avec le visage écrasé par la douleur, à ses enfants, à ses frères et sœurs, plus particulièrement notre estimable ami et frère, l’économiste Vladimyr François, directeur exécutif de l’Association professionnelle des banques (APB), que j’appelle affectueusement VLA, à ses oncles et tantes, au personnel de l’Administration générale des douanes (AGD), à ses chers amis, à tous les parents et alliés affectés par ce deuil, je prie d’agréer l’expression de mes sympathiques condoléances.

                                                                   Kern E. JEAN-FRANCOIS

kernjeanfrancois@yahoo.fr

                                                         

         

 

 

 

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