Le lit conjugal du couple Faustin 1er-Adelina, porté disparu.

Publié le 2019-07-10 | Le Nouvelliste

En octobre 1972, s’est tenue à l’école St-Vincent de la rue des Casernes une exposition d’objets antiques dont un lit en acajou massif ayant appartenu au couple Faustin Soulouque, la femme née Elizabeth Adelina Levêque. C’était une exposition de grande envergure organisée par l’historien Pierre Chavenet, laquelle n’avait pas manqué de drainer un public à la fois raffiné et avisé. Tous les objets exposés étaient des pièces historiques rares, triées sur le volet et sélectionnées sous la direction de l’historien Chavenet, de regrettée mémoire.

En effet, Faustin Soulouque, comme tous les hommes de son temps, avait son foyer et montrait du goût, de la finesse même pour les meubles fabriqués par des techniciens chevronnés, comme en témoigne ce lit en acajou massif, exposé en 1972.

D’une manière particulière, ce lit en acajou massif avait piqué la curiosité du grand public de l’époque.

Faustin Soulouque face à son destin

Comme tant d’autres, le règne de Faustin Soulouque a beaucoup marqué l’histoire de notre chère Haïti. Pour comprendre son régime, il faut le diviser en deux périodes : l’une qui commence le 1er mars 1847 et finit le 26 août 1849: c’était l’époque de la République, l’époque pénible, laborieuse qui avait préparé le terrain pour l’empire; l'empire, l'autre période, qui dura un peu moins de dix ans, du 26 août 1849 au 15 janvier 1859. Pendant ces deux périodes, Soulouque dirigea le pays avec une main de fer.

Le mariage avec Adelina : Une étape décisive dans l’itinéraire de Soulouque

Faustin Soulouque, au moment de son investiture à la magistrature suprême de l’État, vivait en concubinage avec sa femme Adelina. Pour se mettre en règle avec les exigences de notre société, il épousa sa concubine, conformément aux lois de la République régissant la matière. Ouvrons une parenthèse : à l’occasion du mariage du président Jean-Bertrand Aristide avec mademoiselle Mildred Trouillot, une historienne haïtienne bien connue eut à dire que Boisrond Canal fut le premier chef d’État haïtien qui s'est marié au pouvoir. L’histoire nous prouve cependant le contraire, car,  suivant des documents historiques de l’époque, Faustin Soulouque est le premier chef d’État haïtien qui convola en justes noce pendant sa présidence.

Suivant des pièces historiques retrouvées aux Archives nationales, c’était au Palais national même qu’un officier d’état civil célébra cette cérémonie. Le cahier où le mariage a été enregistré a été communiqué à l’historien Gérard Jolibois pour consultation par l’historien Laurore St-Juste, lors directeur des Archives nationales (réf. Journal  « le Nouvelliste», 27 octobre 1972, No 29 741).

En effet, voulant se conformer aux bonnes mœurs de notre société, dix (10) mois après son arrivée au pouvoir, soit le 30 décembre 1847, au Palais national Faustin Soulouque épousa Adelina qui vivait avec lui, depuis longtemps, en concubinage, au vu et au su de de tout le monde.

En vue de la cérémonie du mariage, le jeudi 30 décembre 1847, à 4 heures p.m., se transporta au Palais national François Michel René Lavelanet, directeur du Conseil des notables de Port-au-Prince (dénomination de la fonction de maire à l’époque) et officier de l’état civil.

Comparaissaient par-devant lui, le citoyen Faustin Soulouque, président d’Haïti, natif de Petit-Goâve, fils naturel des défunts Janeau Coichi et Marie Magdelaine, dite Olive, et la citoyenne Élizabeth Adelina Dérival Levêque, fille naturelle du citoyen Pierre Dérival Lévêque et de la citoyenne Anne Augustin (réf : « Le Nouvelliste », jeudi 20 oct 1972, No 29740).

Par lettre en date du 18 décembre 1847, émanant du ministre de l’Intérieur, chargé de la justice, de l’instruction publique et des cultes, on avait dispensé les conjoints des publications préliminaires.

Aux dires de Frédéric Marcelin qui connaît Adelina, elle était gracieuse et aimable, pourtant, très gentille, quoique illettrée. Selon François Hoffmann, elle avait la réputation d’une femme simple et pleine de bon sens, c’était une demi-mulâtresse, elle était gaie et prenait bien au sérieux son rôle impératoral.

Quid du lit conjugal en question ? Ce lit historique en acajou massif appartenait à l’empereur Faustin 1er et l’impératrice Adelina. Dans le journal Le Nouvelliste du jeudi 26 octobre 1972, deux grands portraits de cette pièce historique furent montrés au grand public. Celle-ci a été acquise par M. Pierre Chavenet de regretté Gontrand Rouzier, qui avait pieusement réuni en sa demeure à Turgeau des souvenirs provenant de l’empereur Faustin 1er et d’autres chefs d’État, notamment de Boisrond Canal. Gontrand Rouzier avait acheté ce meuble à un antiquaire haïtien qui l’avait fait venir de Petit-Goâve.

Cependant, chose étonnante, comme la Couronne de l’impératrice Adelina, le lit conjugal de l’empereur a bel et bien disparu dans la nature. La question qu’on se pose : Où se trouve actuellement cet objet de valeur qui fait partie intégrante de notre patrimoine national ? Les parents de feu l’historien Pierre Chavenet ont la parole.

Soulignons enfin que le 27 juillet 1867, un mois et demi après la prestation de serment du président Sylvain Salnave, successeur de Geffrard, Soulouque et sa famille débarquaient à Petit-Goâve. Le jour même de son arrivée, l’ex-empereur âgé de 85 ans, complètement usé, fut frappé d’une attaque d’apoplexie, provoquée peut-être par la joie, l’émotion violente éprouvée à fouler le sol de la patrie, après neuf années d’exil. Il succombait sept jours après, soit le 6 août1867. Il fut enterré avec les honneurs militaires, chaudement pleuré par ses concitadins.

Quant à l’impératrice Adelina, elle est morte à Port-au-Prince, le 17 octobre 1878. Des obsèques appropriées à son rang lui furent réservées en la cathédrale de Port-au-Prince, en présence du président de la République d’alors, Boisrond Canal, et d’Edmond Paul. L’éloge funèbre fut prononcé par le prestigieux sénateurs J.J. Audain.

Ce patrimoine culturel serait-il plus utile à un particulier ou à une autre communauté qu’au peuple haïtien ? Nous sommes en droit de nous inquiéter sur le sort de ce bien commun quand nous savons pertinemment que, en tant que nation, nous faisons constamment l’objet de persécutions de toutes sortes.

KesnerMillien,av. M.kesnermillien@gmail.com Auteur

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