Résidences par Quatre Chemins : Du conte à la poésie

Dans le cadre de la 15 e édition du Festival Quatre Chemins, Dieula Jean-Louis (Djamie), Eunice Éliazar et Eléonore Coyette, trois boursières en résidence d’écriture, ont présenté un compte rendu de leurs travaux, le dimanche 25 novembre 2018, au siège de la Direction nationale du livre (DNL). Loque urbaine, association culturelle de Jean d’Amérique, Darline Gilles, Léonard Jean Baptiste, a terminé la soirée en beauté sur une note de poésie, grâce à leurs Mutations poétiques.

Publié le 2018-12-03 | Le Nouvelliste

Culture -

Dans la petite salle de conférence de la DNL, déjà remplie, la soirée s’ouvre sur un court métrage en noir et blanc de Dieula Jean-Louis. C’est une vidéo de 7 minutes environ, tournée à Hautes Feuilles (Marchand-Dessalines), dans laquelle le narrateur raconte l’histoire de Zilya, une jeune fille qui s’est fait enlever par son courtisan que personne ne soupçonnait d’être un dyab. Les efforts de sa famille pour la récupérer resteront vains jusqu’à ce que son courageux petit frère décide d’affronter le ravisseur pour récupérer sa sœur. Dans un combat « épique », armé seulement d’un bâton, le garçon vaincra et rentrera avec sa sœur.

Au-delà de la simplicité de la trame de ce conte, les choix esthétiques de Dieula dans le montage de la vidéo ont été très appréciés. En effet, le noir et blanc sera remplacé à la fin de la vidéo par des couleurs éclatantes, qui symbolisent la victoire du bien sur le mal. C’est une façon de le voir. Pour la jeune cinéaste, ces couleurs voulaient plutôt souligner l’ancrage du conte dans le passé. La réalisation du film n’a pas été facile, selon Djamie. Elle devait composer avec les moyens mis à sa disposition et la difficulté de trouver des acteurs. « Les gens ne comprennent pas ce qu’on fait. Ils sont méfiants parce que des institutions leur font souvent des promesses en échange de leur participation, sans jamais les tenir. »

« Le travail n’est pas encore fini, a-t-elle par ailleurs précisé. C’était un premier jet, mais je dois rendre le film complet bientôt. »

Poétique et incarcération, le calvaire des femmes à la prison civile de Pétion-Ville est un projet divisé en deux parties : un récit poétique écrit par Eunice Éliazar et un moyen métrage qui sera réalisé par le photographe et réalisateur Samuel Suffren.

Dans le cadre de la restitution de son travail, Eunice Éliazar, deuxième résidente, a lu un extrait de son travail, un récit qui expose les misères de quatre ex-détenues de la prison civile des femmes de Pétion-Ville. La première de ces anciennes prisonnières, Fabiola Rémy, a été arrêtée alors qu’elle n'avait que 18 ans, suite à une altercation entre elle et le copain de sa meilleure amie qui avait osé lever la main sur elle. Elle passera 7 ans en prison, dont 3 ans sans passer devant son juge naturel.

Le texte d’Eunice, imagé et très poétique, lu sur un ton naturel a plongé la salle dans le calvaire sans nom de cette femme, de ses espoirs perdus, et des tourments qu’un système judiciaire faible lui a valu, jusqu’à ce qu’une organisation de droits humains se penche sur son cas.

Étudiante en droit, Eunice voulait faire plus que proposer un regard d’avocat. « Je voulais apporter ma touche, aussi modeste soit-elle, pour un changement dans ce système. C’était dur. Pendant mes entrevues avec ces femmes, il y a eu des moments difficiles, des silences, des pleurs… »

C’est donc un travail qui met le doigt sur une plaie profonde de notre système judiciaire : la détention préventive prolongée. Eunice Éliazar a mis sa plume au service de cette dénonciation. « La poésie comme arme », dirait Jacques Roumain.

Eléonore Coyette et Darline Gilles dansent « jusqu’à saigner le ciel »

Un autre court métrage viendra compléter et conclure le compte rendu des résidences d’écriture.

Eléonore Coyette s’est associée à Darline Gilles, l’auteure de « Gouyad Sen Pyè », pour présenter une adaptation du monologue « Danser jusqu’à saigner le ciel », sur le rapport que les femmes ont avec leur propre corps, et sur le regard d’autrui sur elles. C’est, en partie, l’histoire d’un père qui refuse que sa fille danse. Parce que les filles « de bien » ne dansent pas. Le film présente Darline, seule figurante et aussi narratrice, qui marche, esquisse des pas de danse, symbole sans doute de cette liberté tant voulue. Ce court métrage est une dénonciation claire de l’appropriation du corps de la femme par les hommes, et aussi un hymne à la liberté, la liberté du sexe (dans tous les sens) féminin.

Mutations poétiques, quand les hommes disent « Vagin ! »

Cette partie conclura la soirée. Darline Gilles, fondatrice de Publicad’Elles, « Léo » Jean Baptiste, et Jean D’Amérique, poète, auteur notamment de « Petite fleur du ghetto », avec leur association Loque urbaine, ont lu à tour de rôle, chacun lisant le texte de l’autre (d’où ces fameuses mutations ?).

Dénonciation d’un viol collectif sur une fille par son propre frère et d’autres voyous. « J’ai perdu mon vagin ! », s’écriront les diseurs. Sans défense, étendue à côté du cadavre de son père, elle subira ce supplice sans échappatoire.

« Je n’ai pas tout compris, nous confiera une participante à la fin de la soirée, mais je trouve l’idée de faire dire par des hommes ce que diraient les femmes était tout à fait géniale. » C’est aussi ça la poésie : on comprend, on ne comprend pas, mais il est difficile de ne pas aimer.

Jameson Francisque Auteur

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