Gessica Généus: entre quête d’identité et regard neuf sur Haïti dans « Douvan jou ka leve »

Publié le 2018-08-23 | lenouvelliste.com

Gessica Généus s’est récemment présentée à son public sous un autre jour. Elle n’est plus seulement devant la caméra, elle est dorénavant celle qui la fait tourner aussi. Le film documentaire réalisé par l’actrice confirme en effet cette assertion. « Douvan jou ka leve », un moyen-métrage de GG qui fait un ramassis des aléas de la religion au sein de la société haïtienne.

Sorti il y a un an de cela, « Douvan jou ka leve » est ce fin contraste existant entre la religion catholique et celle du vodou, cette prétendue distance que veulent garder les protestants des catholiques, mais aussi cette association naturelle entre la « conversion » et les troubles qu’est censée avoir le (la) converti (e). Un film qui a connu pas mal de succès jusque-là si on considère les prix reçus par Gessica Généus pour son travail, et les principaux festivals dans lesquels le film a été tourné. Citons, entre autres, le Grand prix de l’AIRF, catégorie moyen-métrage. Festival du documentaire de Saint-Louis du Sénégal, décembre 2017 ; Prix du jury dans la catégorie documentaire. Festival Rencontres Cinémas Martinique, mars 2018…

Film assez personnel de Gessica Généus, « Douvan jou ka leve » est en quelque sorte une sociologie de la religion. La réalisatrice a regardé les principales religions dont elle parle dans son documentaire, dans un premier temps comme un héritage familial, et dans un second temps comme un outil de handicap pour le peuple haïtien. Ce n’est sans doute pas pour rien qu’au début de son film, elle fait un rappel historique, qui d’une part explique ce rapport étroit entre la religion catholique et celle du vaudou, ce qu’on appelle syncrétisme, et d’autre part pour rappeler que ce mental de résigné du peuple haïtien d’alors, en tant que peuple noir, n’a rien d’une nouveauté. Et certains versets bibliques sont là pour le justifier, selon GG.

« Les religions imposent aux gens leur manière de faire, du coup, leur culture », explique Gessica Généus dans une interview donnée en Floride. D’après les images de son film documentaire, les gens embrassent tellement leurs habitudes religieuses qu'ils finissent par faire corps avec elles. C’est le cas, par exemple, de sa mère qui a été pendant plus de 5 ans atteinte d’un trouble mental. « Se paske m fenk konvèti…se lwa yo ki pa kontan », disait-elle à sa fille.

Les séquelles du vodou dans sa famille ont basculé Gessica dans une quête. Une quête d’informations, des informations pouvant lui permettre de mieux comprendre et de faire face aux situations qui s’érigeaient devant elle. Des esprits de la famille la réclamaient ? Pourquoi ? Pendant combien de temps devrait-elle attendre ? Devrait-elle enfanter ? Voilà des questions qu’elle se posait.

Culture et religion : deux thématiques que l’actrice, réalisatrice et productrice a tenu à concilier dans le documentaire. Cependant, les adeptes des religions sont tellement encrés dans cette culture qu’on pourrait se demander si vraiment « Douvan jou ka leve ».



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