Et la Caribbean fashion tour s’est arrêtée à Washington D.C

Après le coup d'envoi donné à New York le 29 juillet, la Caribbean fashion tour s'est arrêtée le 4 août à Howard, situé non loin de la capitale fédérale des États-Unis dans la cour de l'Eglise du Nazaréen. Une fois de plus, le succès était au rendez-vous de cette activité que la diaspora semble bien approuver.

Publié le 2018-08-09 | Le Nouvelliste

Culture -

Grâce à ses petites maisons en bois plantées sur fond de longs kilomètres de sapinières, le compté d'Howard évoque le contenu de quelques tableaux de Thomas Kinkade connu pour dépeindre avec brio le réalisme des petites villes américaines. Chaque activité, dans cet endroit paisible situé pourtant dans le voisinage de Washington D.C, est perçue presque comme un évènement.

La Haitian connection festival initiée depuis plusieurs années par le révérend pasteur Sadrac Nelson à l’Eglise du Nazaréen n’échappe point à la règle. D’autant plus que cette année elle incorpore la Caribbean fashion tour initiée le 29 juillet par Michel Chataigne à New York. Ce n’est que le mois précédent, lors des va-et-vient entre la grosse pomme et Haïti de l'illustre coiffeur pour préparer le terrain de sa caravane fashion, que l’homme de Dieu en a eu vent et a décidé d’intégrer la mode dans sa programmation. « La Haitian connection festival a pour objectif, souligne-t-il, de réduire le fossé qui existe entre les générations de la diaspora haïtienne à Washington. D’un côté, on a les anciens qui sont scotchés dans leur identité haïtienne et la nouvelle génération qui s’américanise à outrance d'un autre côté». En plus de pique-niquer avec des plats typiquement haïtiens, le public a aussi droit à des débats autour de l’identité, des prestations de groupes haïtiens du voisinage.

En 2018, c’est la mode qui a été le principal attrait de ce rendez-vous de nos compatriotes à l’Eglise du Nazaréen. C’est Bertony Paul, un fidèle de l’église, un notable de la zone, qui a permis que l’homme de Dieu et le créateur de mode s’entendent pour intégrer la Caribbean fashion tour à l’édition actuelle du festival. « Au sein de l’Eglise du Nazaréen, spiritualité et ancrage identitaire ne sont pas incompatibles comme d’autres congrégations veulent le faire croire. D’un autre côté, nous menons une croisade contre tout esprit de pauvreté. Nous faisons activement d'un autre côté la promotion de l’entrepreneuriat au sein de la communauté haïtienne », affirme-t-il. En prélude à la venue des designers Michel Chataigne et Martine Chateigne, le pasteur Sadrac a mobilisé ses ouailles sur la nécessité de consommer les produits haïtiens. « J’ai expliqué en chaire qu’en envoyant des containers de pacotilles en Haïti, ils contribuent indirectement à affaiblir la production nationale. Certes, leurs proches gagnent quelques sous en revendant les articles, mais ils détruisent toute une chaîne qui va de Michel Chataigne, le designer, à la petite marchande de fil et la couturière », ajoute le prédicateur. Au sein de son église, la guerre contre le « pèpè » est bel et bien déclarée selon lui.

Le pasteur Sadrac confie aussi ses rapports avec les missionnaires américains qui, parfois, pour se donner bonne conscience, font parvenir en Haïti des tonnes de T-shirts de seconde main ou simplement bon marché. « Je leur dis qu’en Haïti on n’a pas besoin de T-shirts, mais de tissus et de fils, car il existe des créateurs de valeur qui attendent pour développer des partenariats d’affaires avec eux et non pas de l’assistanat », a-t-il martelé.

Contrairement à New York où les gens se sont arrachés les sacs en crochet de Martine Chateigne, à Washington ce sont les sandales qui ont eu la cote. La crocheteuse a reçu plusieurs commandes personnalisées de personnes âgées qui confient de regagner, grâce à elle, le goût de cette pratique qui s’évanouit à cause de la modernisation.

Michel Chataigne, l’initiateur de la fashion tour, de son côté, se dit être touché par la révérence des gens à l’endroit des produits qu’il a pu leur ramener d’Haïti. « J’ai été particulièrement touché par l’aveu d’une femme qui me confie que cette robe qu’elle a achetée entre mes mains, elle va la garder précieusement puisque ce n'est pas quelque chose qu’elle va trouver dans un Walmart ou un Target », conte le designer.

La Caribbean fashion tour reprendra en septembre. Cette fois-ci, c’est à Boston et à Miami que la caravane va s’arrêter avec beaucoup plus de créateurs de mode à bord.

ChancyVictorin chancyvictorin@ticketmag.com Auteur

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