Le rôle des Etats-Unis dans le sous-développement d’Haïti expliqué par le professeur Georges Eddy Lucien

« Mouvman pou ranmase Chalmay Peralt ak Benwa Batravil », par le biais de « Vandredi Lakonesans » du Centre culturel Louvri Je (Sant Kiltirèl Louvri Je), a organisé une conférence-débat le vendredi 27 juillet 2018 dans la ville de Hinche, chef-lieu du département du Centre. Cette activité, ayant eu pour intervenant le Professeur Georges Eddy Lucien, a eu lieu autour de l’implication des Etats-Unis dans le sous-développement d’Haïti à partir de la première occupation américaine d’Haïti de 1915. Malgré la pluie, les hinchois ont répondu grandement à l’appel.

Publié le 2018-08-07 | Le Nouvelliste

Culture -

Dans une atmosphère imbibée de patriotisme, sous la pluie, les participants remplissent peu à peu la salle où a lieu la conférence sur l’occupation américaine d’Haïti de 1915. Des personnalités publiques dont le journaliste et comédien Jacques Adler Jean-Pierre ; le jeune slameur et originaire de Hinche, Jean Marc Anderson Québé ; un groupe très prisé dans les activités culturelles de la ville, Nanm Solèy, entre autres, ont égayé le public tout long de la tenue de ladite conférence. Tout étant en place, le conférencier, le professeur Georges Eddy Lucien, démarre la conférence sous les chapeaux de roue.

Tout de go, le professeur Georges Eddy Lucien attire l’attention sur les mobiles qui ont accouché l’occupation américaine des différents pays de l’Amérique central ainsi que la Caraïbe. Il s’agit, d’une part, de trouver de nouveaux terrains pour investir les capitaux improductifs des banquiers américains et d’autre part, trouver de nouveaux marchés pour écouler les produits américains.

Avec la doctrine de Monroe en 1823, les Etats-Unis ont assis leur politique étrangère sur tout le continent américain dans un contexte ou les anciennes colonies européennes arrachaient leurs indépendances. Ainsi, au début du 20e siècle, ils ont envahi et occupé divers pays indépendants du continent, notamment dans la caraïbe. Pour cette région, ils ont conçu un plan stratégique de division du travail caribéen, notamment entre Haïti, Cuba et la République Dominicaine, à en croire les propos du professeur Georges E. Lucien.

Le vol de la réserve d’or d’Haïti par les américains en décembre 1914 constitue le premier pas vers l’occupation du pays en juillet 1915. Si cet acte apparait aussi simple en surface, elle cache néanmoins en profondeur tout une politique qui vise à déstabiliser économiquement le pays qui porte en son âme la fierté de son passé historique. A juste titre, le professeur Lucien soutient que la confiscation, le 17 décembre 1914, de la réserve d’or de la BNRH par les marines américains semble s’inscrire dans cette dynamique de rendre Haïti dépendante de leurs capitaux dans un premier temps, pour ensuite la placer dans une situation de débiteur.

En outre, la population agricole à l’époque était considérable, soit 80 % de la population générale. De surcroit, l’industrie sucrière haïtienne, n’ayant pas été moderne comme celles de Cuba ou de Saint-Domingue, n’avait pas attiré les capitaux américains. Dans ce cadre, poursuit le professeur, l’abondante force de travail nécessaire pour la production sucrière est particulièrement recrutée en Haïti. L’émigration haïtienne est favorisée : elle est consacrée par la nouvelle fonction d’Haïti dans la division internationale du travail. Il s’agit d’une fonction de pourvoyeur de main-d’œuvre abondante et bon marché, destinée à travailler dans les plantations développées par le capital nord-américain à Cuba et en République dominicaine.

Plus loin, il enchaine en analysant le poids des investissements des américains au début du XXe siècle dans la caraïbe. « Les investissements américains dans les territoires cubain et dominicain sont très importants et dépassent de très loin ceux d’Haïti. En 1929, dans l'agriculture cubaine, ils sont cent fois plus importants que ceux injectés dans l’agriculture haïtienne. Ils le sont, à un degré moindre, en République dominicaine, soit huit fois celui d’Haïti. », ajoute-t-il.

Par ailleurs, renchérit-il, non seulement l’occupation américaine ne favorise pas l’industrie locale mais les initiatives locales ne sont pas encouragées non plus. Il est même interdit de créer des entreprises locales qui peuvent réduire les importations. Pour corroborer cela, il a cité le cas de Oswald Brandt qui a voulu ouvrir une filature en Haïti mais le conseiller financier s’est opposé catégoriquement. Il a repris les propos dudit conseiller: « Une filature en Haïti diminuerait les importations de textiles, donc également les droits de douane garants du paiement de la dette. »

En plus de cela, le budget proposé par les conseillers financiers va dans le sens des intérêts de la City Bank. Ainsi, ils on pu influencer la centralisation budgétaire dans la capitale et allouer des sommes disproportionnées pour les autres communes des provinces. En ce sens, soutient le professeur, Il y a une corrélation entre la centralisation du budget public et la décapitalisation des ruraux ou, autrement dit, la libéralisation de la main-d'œuvre haïtienne.

« Mouvman pou ranmase Chalmay Peralt ak Benwa Batravil » est une organisation populaire qui œuvre dans la formation politique, dans l’éducation populaire et dans l’alternative culturelle depuis 2009. Leur objectif principal vise la désoccupation totale du pays. En ce sens, ils ont déjà entamé divers mouvements contre la MINUSTAH et ont pu instaurer le 31 octobre comme une journée officielle : « Jounen pou sonje Chalmay Peralt » qui est également fériée dans la ville de Hinche. Depuis janvier 2018, ce mouvement a mis sur pied un centre culturel « Sant Kiltirel Louvri Je » qui vise non seulement à le renforcer mais aussi à construire les éléments essentiels pour l’atteinte de ses objectifs.

En somme, cette occupation a pris fin en aout 1934, mais la politique étrangère des Etats-Unis vis-à-vis d’Haïti reste la même. Il est plus qu’un constat, que cette politique joue un rôle prépondérant dans le sous-développement de la première république noire du monde, Haïti.

Michelet Joseph micheletjoseph93m.j@gmail.com Auteur

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