La VAEP : un défi dans l’éducation au 21e siècle

Publié le 2018-08-28 | Le Nouvelliste

Société -

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« L’éducation, c’est la famille qui la donne ; l’instruction, c’est l’État qui la donne. »

Victor Hugo

Islam Louis Etienne

Deux auteurs mondialement connus dont le premier un philosophe et le second un économiste ont marqué la littérature contemporaine et ont apporté une contribution non moins significative a l’avancement de l’éducation dans la société. Ils ont caractérisé son importance comme moteur de développement et son rôle dans la réduction des inégalités sociales.

Le premier John Rawls, philosophe, considéré comme le père de la pensée politique contemporaine a défendu et soutenu la thèse fondamentale suivante : « Une société doit être juste avant d’être égalitaire. C’est autour de cette thèse que s’organisent tous les débats sociaux et politiques modernes sur la répartition des richesses. »Le second Amartya Sen, prix Nobel en économie, a développé la notion de capabilité, de fonctionnement, de pauvreté ; des inégalités sociales et du développement en général. Ces deux spécialistes, avec des approches et des objectifs différents, se sont intéressés au rôle de l’éducation dans le développement économique et social d’une société.

Sen a renouvelé l’analyse du développement, en le considérant, comme un "processus d’expansion des libertés réelles dont jouissent les individus”. Il convient, a son avis, de ne pas assimiler développement et croissance de la production, car, précise-t-il, si "la croissance du PNB ou des revenus revêtent une grande importance en tant que moyens d’étendre les libertés dont jouissent les membres d’une société, […] d’autres facteurs déterminent des libertés, les dispositions économiques ou sociales […], et tout autant les libertés politiques et civiques".

Et, parmi ces dispositions économiques et sociales, l’accès à l’éducation, comme liberté ou instrument de liberté, occupe une place importante dans son analyse des libertés réelles et des capacités humaines. Il peut sembler, par ailleurs, paradoxal d’associer les apports de ces deux auteurs, Rawls et Sen, concernant le rôle de l’éducation dans le processus de développement économique et social.

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Rawls, dans l’un de ses principaux ouvrages, n’a pas défini de façon explicite le concept de développement. Demeurant dans le domaine de la philosophie politique, son objectif a été de " traiter de la justice sociale”. L’objet premier de la justice est de consolider la structure de base de la société, ou plus exactement, la façon dont les institutions sociales les plus importantes répartissent les droits et les devoirs fondamentaux et déterminent la répartition des avantages tirés de la coopération sociale.

La structure de base apparaît comme "un système public de règles qui définit des formes d’activité conduisant les hommes à coopérer afin de produire une plus grande somme d’avantages et qui reconnaît à chacun des droits sur une partie de ce qui a été produit".

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On peut ainsi admettre, d’après ces deux approches de "l’objet premier de la justice" et de la "structure de base", que Rawls considère implicitement le développement économique et social comme une expansion des "avantages tirés de la coopération", groupant aussi bien les avantages économiques que sociaux, représentée notamment par un accroissement de l’offre de biens et des services privés ou publics, mais subordonnée néanmoins au respect de certains principes, comme celui de libertés fondamentales.

L’accès à l’éducation est indissociable du développement économique et social chez les deux auteurs. La capabilité est la liberté des individus de réaliser la vie à laquelle ils aspirent. Cette vie se conçoit en termes de ce que Sen appelle les "fonctionnements". Ceux-ci représentent des états et des actions constitutifs du bien-être des individus. Ils sont parfois "simples" (être bien nourri, être éduqué, vivre longtemps, …), parfois "complexes" (être heureux, participer à la vie de sa communauté, …). Comme lui-même l’écrit:

"La vie qu’une personne mène peut être perçue et décrite comme une combinaison des actions qu’elle va accomplir et des états qu’elle va connaître et que l’on peut appeler de manière générique des fonctionnements. Ceux-ci comprennent des choses très élémentaires comme être bien nourri et en bonne santé ainsi que des états et actions plus complexes comme l’estime de soi, préserver sa dignité, prendre part à la vie de la communauté et ainsi de suite.

La capabilité d’une personne renvoie aux diverses combinaisons possibles de fonctionnements, cette personne pouvant choisir de réaliser l’une ou l’autre. Dans ce sens, la capabilité d’une personne correspond à la liberté qu’elle a de mener un certain mode de vie", Il affirme de même :

"La ’capabilité’ d’une personne renvoie aux diverses combinaisons de fonctionnements qu’elle a la possibilité de réaliser. La capabilité est ainsi une sorte de liberté : la liberté réelle de réaliser des combinaisons alternatives de fonctionnements ".

Une reconnaissance basée sur l’expérience

En Haïti, l’éducation telle que conçue , représente un véritable cancer tant pour les apprenants qui évoluent dans des conditions difficiles sans support logistique et sans matériel didactique que pour les enseignants qui sont socialement mal vus parce que le travail qu’ils font ne leur permet pas de faire face à leurs obligations et de vivre décemment et honnêtement.. On se bat pour des fonctions lucratives et valorisantes mais pas pour des fonctions socialement obligatoires, économiquement dérisoires et approximatives.

Le plus gros revers de la médaille, c’est le cas d’un professeur qui n’arrive pas à envoyer ses propres enfants à l’école faute de moyens pendant qu’il forme les enfants des autres. C’est un métier réellement frustrant qui ne donne aucune fierté, aucune satisfaction personnelle que celle d’avoir contribué à la formation du citoyen ; mais en fait de réalisation personnelle, c’est la déception sur toute la ligne !

On connait plusieurs types d’enseignants dans le milieu. D’abord, les jeunes qui après leur baccalauréat ne trouvent rien d’autre à faire. En attendant mieux, ils s’abritent sous le toit de l’éducation pour tuer le temps et deviennent des enseignants par nécessité.

Ensuite, ceux qui remplacent occasionnellement un enseignant malade ou indisponible. Surpris par le temps et les orages, ils sont convertis en enseignant par accident. .Enfin, ceux qui ont choisi l’enseignement comme métier, comme vocation .Ils font leur pénitence en récitant leur acte de contrition depuis le premier jour de leur intronisation jusqu'à la fin de leur carrière.

Ils passent 10, 20,30 et même 40 ans de leur vie à former des générations de citoyens sans aucun relèvement de leur statut, sans aucune considération de la part du secteur, sans aucune valorisation de leur expérience. Ils ont le même traitement qu’une nouvelle venue. L’État n’établit aucune échelle ; aucun niveau ; aucun grade entre les enseignants. C’est un des facteurs démotivants du secteur.

La société les considère comme des vivres dans un bouillon. Ils remplissent tous la même fonction. Le manioc n’est pas plus important que le chou. Ensemble ils donnent la même saveur au bouillon. L’indice du coût de la vie n’intéresse pas l’enseignant. Que la gazoline, les produits de première nécessité, les courses de taxis montent ou descendent. Ils sont seulement des facteurs de production mais pas des acteurs de consommation.

La valorisation des acquis de l’expérience professionnelle (VAEP ) est venue apporter un nouveau souffle ; donner de l’importance au secteur et une bouffée d’oxygène aux enseignants , en les traitant en fonction de leur longue expérience .Elle a donné une nouvelle dimension et un nouveau relief a la fonction enseignante

La VAEP permet d'obtenir, en totalité ou en partie, un diplôme, un titre ou un certificat de qualification professionnelle inscrit au Répertoire national. Dans la majeure partie des cas, le candidat doit remplir un dossier détaillant son expérience professionnelle et les compétences acquises. Il se présente ensuite devant un jury qui décide de valider tout ou partie du diplôme visé. En cas de validation partielle des acquis, des prescriptions sont proposées au candidat en vue d'obtenir la totalité du diplôme.

Ce dispositif vous permet de demander une dispense de diplôme pour suivre une formation pour laquelle vous n’avez pas le niveau requis à l’entrée : La VAEP vous permet ainsi d’accéder aux différents niveaux universitaires en prenant appui sur votre expérience professionnelle, sur les formations que vous avez suivies, quel que soit le niveau et sur les « connaissances et aptitudes acquises hors de tout système de formation ».

Ainsi, le niveau du contenu de votre parcours professionnel et personnel peut compenser le niveau pédagogique du diplôme que vous n’auriez pas et qui est requis à l’entrée de la formation que vous souhaitez suivre. Elle apporte de nouvelles perspectives, donne une nouvelle vitalité et un nouvel élan au secteur en l’intégrant comme un paramètre incontournable de développement social

Pour cela, vous devez démontrer que votre expérience professionnelle et personnelle vous a permis d’acquérir les savoirs qui vous seront nécessaires pour suivre la formation que vous visez. C’est la richesse de vos expériences ( quelques années d’activité minimum selon le niveau visé) qui déterminera si vous possédez ou non les pré-requis nécessaires au bon suivi de la formation.

La loi de modernisation, qui a créé la VAEP, autorise les universités et les autres établissements d'enseignement supérieur à délivrer leurs diplômes ou leurs titres par une autre voie que celle de la formation ou l'apprentissage.

Désormais, tout salarié haïtien a le droit de faire reconnaître et valider les acquis de son expérience professionnelle. C’est ce qui est stipulé dans l’article 2 de la Loi portant « Reconnaissance et validation des acquis et de l’expérience professionnelle » Le Sénat vient d’adopter à l’unanimité à la séance de mardi 3 avril 2017 le projet de loi portant « Reconnaissance et validation des acquis et de l’expérience professionnelle » VAEP, celui-ci, adopté en conseil des ministres le 29 mars a été voté il y a un an, à la chambre des députés.

« Les politiques de reconnaissance des acquis ont contribué à l’émergence de nouvelles pratiques sociales qui impliquent un changement dans le statut social des savoirs, ce qui a des répercussions à court, à moyen et à long terme dans plusieurs domaines sociaux », a déclaré le sénateur Denis Cadeau, président de la Commission éducation et formation professionnelle.

Pour faire la demande de validation des acquis de son expérience professionnelle, le/la salarié(e) intéressé(e), selon ce texte de loi, doit cumuler un total de 5 années minimum dans les activités professionnelles exercées à son compte ou non et être en règle avec le fisc.

En 2014, sous le leadership de l’Office de management et des ressources humaines (OMRH) et du ministère de l’Éducation nationale et de la formation professionnelle (MENFP), un atelier d’étude et de formation sur la Validation des acquis de l’expérience professionnelle (VAEP), eut lieu à Port-au-Prince à l’intention des responsables des ressources humaines des institutions publiques.

La VAEP permet à tout individu, quel que soit son âge, son niveau d’études ou son statut, de faire valider les acquis de son expérience pour obtenir une certification professionnelle.

Dans son intervention à l’atelier, le ministre de l’Éducation d’alors, Nesmy Manigat, soutenait qu’ « Haïti doit désormais emprunter cette voie en raison de sa portée innovante. C’est le meilleur moyen de résoudre le problème de ces travailleurs non certifiés, mais qui ont à leur actif plusieurs années d’expérience ».

C’était aussi la position de Jacky Lumarque, recteur de l’Université Quisqueya. Pour lui, « l’école n’est pas le seul lieu d’acquisition de connaissances et de compétences » et la validation des acquis de l’expérience en Haïti devrait avoir de bons impacts sur l’économie haïtienne.

La notion de Validation des acquis de l’expérience professionnels (VAEP) est de plus en plus soutenue au niveau international. Les experts croient que cette mesure permet une meilleure gestion des compétences et constitue un excellent outil de promotion sociale.

Islam Louis Etienne

Mai 2018

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