Le frère Edgard Charles est parti !

Publié le 2018-04-16 | Le Nouvelliste

Société -

Islam Louis Etienne

« La mort, voilà une notion terrible à accepter... et pourtant la mort fait partie de la vie, elle n'est que la fin, et l'accepter permet de ne pas perdre de temps et de vivre pleinement sa vie, non ? Il ne sert à rien de se demander s'il y a une vie après la mort, c'est le secret le mieux gardé, puisque personne n'est revenu pour en parler...

Alors, tentons de mordre la vie à pleines dents, car comme le dit Jean de la Bruyère : Il faut rire avant d'être heureux, de peur de mourir sans avoir ri. »

La force, c’est le pouvoir de se tenir debout, le pouvoir de regarder la douleur en face, de lui sourire et de continuer malgré ses coups. Edgard Charles a engagé cette lutte acharnée et fratricide de toutes ses forces contre la douleur en prenant des soins partout uniquement pour triompher de la mort .Mais hélas ! la mort est un tyran qui n’épargne personne.

Lorsque quelqu’un que l’on apprécie ou que l’on chérit est emporté par la mort, c’est une partie de soi-même qui s’en va comme une vague emportée par les flots et qui disparaît à l’horizon. La mort ne donne aucune importance à la valeur sociale. Lorsqu’elle est venue vous chercher, elle ne partira pas sans vous, qui que vous soyez.

La mort est l’adversaire le plus redoutable et le plus insaisissable de l’être humain. Elle est un phénomène universel, car elle touche tous les vivants. Elle est aussi un phénomène particulier qui est interprété et vécu différemment selon les cultures et les mentalités, selon les époques et les pays, selon la conjoncture sociale et les individus, leurs perceptions et leurs conceptions de l'existence.

Elle est non seulement un phénomène collectif, étroitement lié à la survie ou à l’évolution d’une société ou d’une espèce, mais elle est aussi un phénomène planétaire capable de menacer l’avenir de l’humanité tout entière et l’ensemble des autres espèces vivant sur la terre.

En même temps, la mort est un phénomène individuel qui accompagne et scelle le destin de chaque être qu’il soit humain, animal ou végétal. Parmi les vivants, l'homme est celui qui est capable de se reconnaître comme mortel et d'envisager la mort comme une destinée commune. Ses vibrations sont encore plus fortes lorsqu’elle touche quelqu’un de votre entourage.

Frère Edgard,

Dans la bataille des idées nécessaires pour créer un monde meilleur, tu as toujours lutté pour ne pas te laisser bousculer ni par les urgences ni par les impondérables. La médiocrité a toujours été ton ennemi juré. Tu as toujours poussé et encouragé les gens à aller de l’avant, à progresser, à faire plus d’efforts. Face au traumatisme moral actuel, jamais tu n’as laissé la raison vaciller devant l’horreur et l’immoralité. Face aux grands défis de l’heure, tu as appelé les nouvelles générations à redoubler d’efforts et à servir de relais dans la course vers une nouvelle Haïti où l’impunité et toutes les formes d’exclusion seront bannies.

Ton départ nous atteint tous profondément et les mots ne suffisent pas pour exprimer notre tristesse et notre désolation. Comme à chaque perte d’un d’être cher, nous questionnons le sens de la vie et nous nous accrochons à notre vécu, aux sentiments et émotions qui nous ont réunis dans le temps. Tu nous laisses un riche héritage qui servira sans aucun doute de guide à la jeunesse.

Un dimanche matin, nous avons été invité par un ami Eddy André, alors président du Club, à participer à une réunion du Lion’s Club de Delmas à l’Hôtel Christopher. C’était dans cette ambiance de confrérie et de convivialité, que nous avions rencontré pour la première fois le frère Edgard Charles. Un homme charmant, paisible mais direct avec qui on s’est lié d’amitiés jusqu'à sa mort.

Il ne négocie pas sa messe dominicale à Saint-Louis de Gonzague toutes les fois qu’il est à Port-au-Prince. Les rendez-vous du dimanche se prenaient après la messe pour commenter le sermon de l’officiant du jour. Malgré sa distance par rapport au club, nous sommes restés soudés l’un à l’autre jusqu'à sa mort. On avait d’ailleurs pris rendez-vous à son retour des USA pour un toast d’anniversaire parce qu’on n’était pas au pays lors de son anniversaire en février dernier ; mais le sort en a décidé autrement …

Edgard Charles est un Capois de pure souche. Il est le fils du feu Bidos Rémy, un boulanger populaire, très connu des anciens Capois dont les étalages se trouvaient entre les rues 12 et 13 H. Rentré a Port-au-Prince ,il a fréquenté le Lycée Alexandre Pétion avant d’être admis a la Faculté des sciences ou il est sorti ingénieur- électromécanicien.

Marié, père de famille, il a fait carrière a l’électricité d’Haïti avant de créer depuis plus d’une vingtaine d’années , sa propre entreprise la « Elmesen S.A. » dont il est le Président, Directeur Général Il est connu et respecté pour sa discipline , sa compétence, son sérieux et surtout son entregent

Avec cette disparition la Elmesen, le Lion’s Club de Delmas, le monde des affaires, la faculté des sciences et l’association des ingénieurs haïtiens, chacun en ce qui le concerne, ont perdu un allié sur , l’un de leurs plus grands rayons de soleil et l’un des meilleurs techniciens en électromécanique du terroir qui n’avait plus rien a prouver sur le marché local et même sur une partie du marché international avec lequel il traitait régulièrement

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Son travail le conduisait partout dans le pays et chaque nouveau déplacement entraîna pour lui un nouveau plaisir et une nouvelle expérience. Son implication et sa riche contribution à l’avancement du pays sont assez significatives. Une lampe s’est donc éteinte dans le firmament de l’intelligentsia haïtienne

Edgard était l’ami pour lequel les 24 heures d’une journée ne suffisaient jamais car il était celui sur lequel on pouvait compter et avec lequel il fallait compter. Souvent, il s’oubliait et se multipliait lorsqu’il fallait aider et soulager. Il a été toute sa vie un homme généreux, humble et dévoué à la cause d’autrui. Il prenait un plaisir fou à donner et à partager.

Il a témoigné tout au long de sa vie un attachement viscéral à sa profession, à sa famille et à ses relations , attachement qui s’est matérialisé par l’engagement actif qu’il a montré à plusieurs reprises lors des actions des Lions , des catastrophes naturelles et surtout lors du tremblement de terre du 12 janvier 2010. Un homme qui cultivait un sens aigu des relations sociales et qui possédait une culture générale. Il adorait être en compagnie de ses amis pour prendre le lunch ,pour commenter l’actualité ou pour déguster un coca-cola, sa boisson préférée.

Et comme si cela ne suffisait pas, Il embrassa également la cause de l’Elmecen qu’il porta sur les fonts baptismaux, et à laquelle il offrit un support indéfectible jusque dans ses derniers jours. Faisant ainsi résonance de la citation du mathématicien français Charles Hermite qui disait : « En mathématiques, nous sommes davantage des serviteurs que des maîtres. »

Il était aimé et admiré en retour par tout un large cercle de personnes qu'il a touchées au cours de son existence dont beaucoup de petites gens qui l’ont connu et pratiqué. Nous souhaitons que les bons souvenirs aident tout un chacun à voir plus clair dans la brume de la douleur que nous partageons aujourd’hui. Une personne aimée n’est jamais oubliée tant que vous portez sa mémoire dans votre cœur.

Mon cher Edgard, partout où tu es passé, tes auditoires ont bénéficié de la profondeur de tes réflexions toujours bien articulées. Nous invitons tous ceux qui ont apprécié tes apports à leur juste valeur de tout faire pour combler le vide que tu as laissé en vue de préserver et de faire fructifier ton héritage intellectuel et ton sanctuaire ( comme tu me le dis si souvent ). Ta mémoire sera toujours présente dans nos esprits et dans nos cœurs.

Et voilà que soudain, à un virage brutal que nul n’a vu arriver, tu es parti sur la pointe des pieds, vers la quiétude et la sérénité éternelles….Désormais, tu nous laisses orphelins de toi, désemparés, éplorés, perdus et pétris de chagrin, avec dans le cœur une peine incommensurable.

Que Dieu, Notre Père, sèche nos larmes, qu’il nous accorde la force et le courage de poursuivre le chemin, avec le souvenir de cet homme qui, d’une manière ou d’une autre, aura marqué de son empreinte tous ceux qui l’ont connu, pratiqué et aimé. Il nous faut répéter avec Adolphe d’Houdetot dans dix épines pour une fleur :

« Ne pleurez pas vos parents avec une douleur immodérée, ils ne sont pas morts dans votre cœur ; ils n'ont fait que nous précéder dans un voyage que nous ferons tous. L'hospice où ils sont arrivés doit un jour nous réunir, et alors nous ne nous quitterons plus jamais. » !

Avec beaucoup de compassion, nous présentons nos condoléances à ta famille, à tes collaborateurs, à tes amis, à tes clients fidélisés, à tous ceux qui t’ont connu , qui ont vécu avec toi ou qui ont bénéficié de tes conseils et au Lion’s Club de Delmas. Nous garderons avec nous ton éternel optimisme et ton sourire rassurant. Repose en paix, frère Edgard!

Islam Louis Etienne Mars 2018 Auteur

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