12 janvier 2010/ Rétrospective

Les grandes chansons sur le séisme

Publié le 2018-01-16 | Le Nouvelliste

Culture -

Roland Léonard

Déjà huit ans depuis cette hécatombe macabre de 300 000 morts ! Que de vies humaines perdues a jamais ! Que de survivants mutilés pour toujours ! Que de pertes de biens précieux ! Que de névroses et même de psychoses en conséquence !

Reconstruction : néant. L’escroquerie la plus cynique où étrangers et haïtiens se sont avilis sans sourciller. Comme des vautours, des buses, des charognards et autres oiseaux de proie de malheur, des êtres sans vergogne se sont abattus, en piqué, sur les dépouilles de Port-au-Prince et du pays tout entier pour s’en repaître, toute honte bue.

La vie et la joie, la politicaillerie et la grisaille ont repris le dessus. Les mauvaises habitudes de construction également. Le « Bondye bon», le « manfoubinisme», l’insouciance coutumière sont revenus.

Beaucoup ont la mémoire courte. Beaucoup cependant se souviennent de ces minutes tragiques et apocalyptiques. Ils ont réagi dans l’instant ou les jours qui ont suivi par des poèmes, des chansons pathétiques ; des poèmes musicaux, instrumentaux ou symphoniques. C’était hier, ce 12 janvier 2010.

Faut-il, de manière rétrospective, considérer la chanson du rappeur Wyclef Jean « Si w gen zorèy tande » comme une prémonition de cette catastrophe ? Possible si on la met en contexte.

Beaucoup de chansonniers et de troubadours de groupes musicaux ont exprimé leur douleur et les espoirs en la reconstruction d’une manière poignante, convaincante.

Nous retenons personnellement « Et la terre se déchaîne» du polyvalent Dr Fresnel Larosilière qui nous semble définitivement plus doué pour la chanson que pour la poésie dans ses exigences contemporaines. « Et la terre se déchaîne» est pour nous une réussite, paroles et musique.

La grande chanteuse Émeline Michel, notre diva nationale, détient la palme des grandes chansons sur le séisme du 12 janvier 2010.

On n’a qu’à écouter sur son album « Quintessence» : « Dawn » écrite de concert avec Edwidge Danticat, une belle déclamation et sonnerie aux morts, avec chœur sur fond d’arrangements de percussions de James Germain ; « Timoun » entraînant «rara», hymne à la reconstruction co-écrite avec Ralph Boncy ; « Ton Yanvalou», superbe, émouvante et inoubliable élégie écrite en partage avec la grande Yanick Lahens, en l’honneur du grand danseur Benji Jolicoeur. C’est vraiment une grande chanson française.

La jeune Darline Desca, sur son disque « À plein temps», nous a laissé un excellent reggae-swing, martial et combatif sur l’évènement : « Pa lage». Joël Lorquet, chanteur évangélique, nous a touchés dans « Pitye pou Ayiti», une bonne ballade-pop qui nous avait répugnés au début par le côté larmoyant de la vidéo. Nous l’avons réécoutée sur CD : C’est poignant et pas du tout mièvre.

Réginald Policard sur son disque « Momentum» a composé une ballade tragique, « Pa di m», bien rendue par son fils Jeff Policard avec les effets de Jean Caze à la trompette à sourdine, très dramatiques. «Momentum», morceau éponyme de l’album instrumental, nous paraît évoquer au tout début le chaos par son rythme impair.

Le grand maestro Jean Jean Pierre nous semble évoquer l’évènement dans un passage de son poème symphonique enregistré en République dominicaine avec les musiciens de ce pays.

Il y a certainement d’autres bonnes chansons ou compositions que nous n’avons pas retenues ou que nous avons oubliées.

Roland Léonard Auteur

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