Laroc Young Phew

Un jeune Haïtien parmi les lauréats du Prix du jeune écrivain en langue française

Pour sa nouvelle « Ce que nous avons fait l’automne dernier », le jeune Laroc Young Phew (25 ans) est l’un des heureux lauréats de la 33e édition du Prix du jeune écrivain en langue française 2017. Le thème qu’il aborde dans son texte ne peut laisser personne indifférent. Il traite un sujet d’actualité : le harcèlement en milieu scolaire.

Publié le 2017-11-23 | lenouvelliste.com

Eunice Eliazar

Phew se dit heureux et reconnaissant pour cette consécration. « Ce prix est pour moi une raison de plus de continuer d’écrire. Il est décerné par un jury d’écrivains reconnus et d’origines diverses. Je suis très fier d’avoir si bien représenté Haïti à ce concours. C’est le seul pays non occidental à être représenté dans la liste des lauréats cette année. C’est un peu triste de voir le Sud aussi peu représenté. Mais il y a au moins un pays et je suis fier que ce soit Haïti. »

En apprenant la nouvelle, raconte-t-il, il est resté sans voix, tentant vainement de bredouiller un mot, un nom avec son étonnement non dissimulé : « On m’a appelé depuis la France pour me l’annoncer. Je ne sentais plus mes membres. Je répondais de manière confuse, la voix étranglée par l’émotion. J’ai entendu « vous êtes lauréat, nous n’avons pas souvent de lauréat haïtien ». Le reste se perdait dans un brouillard. Et puis on m’a dit « Ananda Devi est votre marraine (pour la préparation de son texte avant la publication, chacun des lauréats est parrainé par un écrivain membre du jury). J’ai presque hurlé au téléphone : « Ananda Devi !! »

Le harcèlemnet en plein milieu scolaire haïtien est hélas un de ces thèmes dont on ne parle pas souvent, par laxisme. Le jeune lauréat dit que sa nouvelle est une confession : « Je pense que le titre met déjà le lecteur sur la voie. C’est une histoire de culpabilité, de harcèlement en milieu scolaire… Avant d’écrire cette nouvelle, j’étais tombé sur une vidéo partagée sur un groupe Whatsapp, et les images m’avaient hanté pendant des jours. Il y avait sur cet enregistrement une fille dont l’attitude m’avait interpellé. Je n’avais pas arrêté d’en parler autour de moi. Une amie m’avait dit « moi je crois que cette fille se retrouvera un jour sous ta plume. Je n’avais pas fait de commentaire. Je ne savais pas que j’allais écrire sur cette vidéo. Il m’a fallu du temps pour tout digérer et me mettre enfin à écrire».

L’écriture pour lui : « C’est un besoin ; c’est plus fort que moi. Quand les images me montent à la tête, je dois impérativement les coucher sur le papier, ou une page Word plus exactement. Mais si je ne lisais pas, je n’aurais pas pensé à écrire. La lecture et l’écriture sont chacune le revers de l’autre. Pour moi, en tout cas. »

Le Prix du jeune écrivain (PJE), présidé par l’écrivain Alain Asbire cette année, a plus de trente (30) ans – ce qui ajoute à son prestige – et les anciens lauréats ont beaucoup de succès.

Étudiant finissant en sociologie à la Faculté des sciences humaines, Phew n’est pas à son premier prix. En avril dernier, le talent du jeune écrivain avait été récompensé d'un prix spécial par le jury Stéphane Hessel de la jeune Écriture francophone pour sa nouvelle « Visages dans la Nuit ».

En mars 2018, il sera à Muret (France), avec les onze autres lauréats, pour recevoir le classement et profiter du séjour pour rencontrer des gens de lettres. Phew est prometteur.

Eunice Eliazar eunice18271@gmail.com
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