Marc-Valles : « Dans la réalité du lieu de soi, l’espace théâtral est un nulle part »

Mis à jour le 24 novembre 2017 Le comédien et metteur en scène haïtien, Marc-Vallès Desert, a obtenu récemment le grade de master en art plastique, mention scénographie, à la prestigieuse enseigne Haute école des arts du Rhin (Strasbourg — France). Diplômé avec félicitations, un mémoire de plus d’une cinquantaine de pages qui rattrape la question de la migration, la poétique de la relation à cheval dans l’archipel caribéen, entre autres. Marc-Vallès présentera sa mise en scène de la pièce "Le père" de Guy Régis Junior à Quatre Chemins cette année.

Publié le 2017-11-22 | Le Nouvelliste

Le Nouvelliste: Votre parcours est impressionnant et éclectique. Pourriez-vous nous retracer les grandes lignes ?

Marc-Vallès.- J’ai commencé le théâtre à Martissant dans une église, puis avec la troupe Dram’art, avant de m’intéresser à l’écriture et à l’événementiel. J’ai rejoint Guy Régis Junior en 2014, qui voulait engager des ouvertures vers des écoles en France pour favoriser la formation continue et la professionnalisation des artistes haïtiens.

On était quatre à partir en octobre 2014 avec une bourse de Campus France et une subvention annuelle de la FOKAL : Vladimir Delva et France Medeley Guillou pour une année à l’ENSATT de Lyon, Saint-Phard Pyram et moi pour un cycle de master à la Haute école des art du Rhin de Strasbourg.

L. N:En ce qui a trait à l'écriture événementielle, quelles sont les perspectives à mettre en regard ?

M.V: Processus, l’écriture est état des choses pour moi, tout un système qui se met en branle pour faire naître des réalités, des événements. Je pense que le symbole, ces grandes représentations collectives, dirait Roland Barthes, reste pleinement en soi, écriture, acte langagière. Après… pour parler d’événementiel, l’importance reste la mise en commun, la mise en commun des disciplines, des réseaux, du public et des artistes.

L. N: La scénographie lie intimement l’artistique à l’espace dans lequel se dévoile la création. Est-ce qu’un scénographe raconte des histoires ou il crée des espaces ?

M.V: Par les pratiques de l’espace et la théâtralité, je pense qu’un scénographe amène son public à prendre place ou à créer sa place dans les différents points de fiction possible du lieu d’énonciation. Le scénographe aide un spectateur-acteur à puiser dans son individualité secrète et antérieure et laisser son esprit voyager au rythme de sa propre interprétation, l’expérience collective proposée.

L.N: Dans votre mémoire, vous allouez une place prépondérante à la poétique de la relation en invoquant Glissant, Jean-Claude Charles, Frankétienne, etc. Comment s’adapter au schéma conceptuel « art migratoire » qui évolue aux frontières de la pensée caribéenne ?

M.V: La différence universelle ou la transparence et l’opacité chez Edouard Glissant rejoint nettement le concept d’enracinerrance qui est délibérément oxymorique, selon Jean Claude Charles. Il tient compte à la fois de la racine et de l’errance; il dit à la fois la mémoire des origines et les réalités nouvelles de la migration. À la suite de Franketienne j’ai compris que l’espace est indissociable de ce chaos qui le constitue, chaos autant politique que naturel, et bien sûr le chaos n’est ni vide ni néant. J’exploite ces thématiques proches de mon univers pour dire que dans la réalité du lieu de soi, l’espace théâtral est un nulle part. En possession de ses énergies intégrales, le spectateur est celui qui accepte son opacité et celle de l'espace. Le corps dans le jeu-choc du dédoublement ainsi que l’espace ouvert dans son incertitude.

Nous sommes des ombres épaisses, et c’est ce soi ombre, ce soi épais qui symbolise nos engagements, notre épaisseur psychologique ainsi que culturelle. Le déplacement propose cette coexistence de plusieurs opacités et même des influences, la compréhension de ces tissus porterait sur le résultat des différentes composantes de leur nature.

L.N: Vous souhaitez que pérennise entre Enarts, HEAR et/ou ENSATT le même cadre de partenariat qui vous a permis de parachever vos études. Quel plaidoyer efficace à entreprendre pour aboutir à des résultats propices?

M.V: Il est important que le ministère de la Culture offre les moyens nécessaires à des institutions comme l’Enarts, pour qu’elles soient pleinement autonomes d'engager des échanges avec les écoles d’art à l’étranger. Avec la Haute école des arts du Rhin, nous avons déjà lancé ce dialogue, avec l’aide de Guy Régis Junior, pour pérenniser un lien avec le Festival Quatre Chemins en Haïti par le biais d’un projet de recherche et de création qui est fortement soutenu par la ville de Strasbourg, jumelée avec la ville de Jacmel en Haïti.

Le plus important reste l’implication des institutions. Beaucoup d’autres artistes et surtout étudiants de l’Enarts peuvent bénéficier de ces échanges, soit sous forme de formation continue soit sous forme de cycles de licence ou master. Il faut que des conventions institutionnelles puissent voir le jour, de vrais programmes de formation et d’expérimentation, de vrais appuis aux jeunes artistes.

L.N: Après ces études, qui remercier aujourd’hui ?

M.V: Nous avons reçu beaucoup de soutien. Grâce à la complicité de Françoise Ponticq, Erol Josué et l’ambassade de France en Haïti, nous avons eu une bourse de Campus France pour une année, la FOKAL nous a été chaque année, depuis 2014, d’une aide financière précieuse. Je les remercie grandement d’avoir cru en notre structuration sur le temps. Je dois aussi remercier l’association haïtienne Ti Gout Dlo de la Suisse et également, les professeurs Jean Christophe Lanquetin et François Duconseille pour leur accompagnement et tant d’autres amis et membre de la famille.

Propos recueillis par Websder Corneille websdercorneille@gmail.com Auteur

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