A quand le grand démarrage du développement durable en Haïti ?

Publié le 2005-02-21 | Le Nouvelliste

Tout semble mais échapper dans cette société où les citoyens ne se mettent pas toujours d'accord sur les meilleures solutions à trouver aux problèmes urgents de l'heure. La santé, l'accès au savoir, le niveau de vie occupent pratiquement très peu de place dans les stratégies mises en place par les gouvernements qui se sont établi au timon des affaires de l'Etat Haïtien pour promouvoir le développement durable. Les gains de la croissance économique sont injustement répartis au point que la situation humaine des Haïtiens pour la grande majorité ne s'est nullement amélioré depuis le départ de Jean Claude Duvalier en 1986. Ainsi, il s'est crée avec les inégalités criantes des revenus et des richesses une situation de frustrations et de manques graves qui ne contribuent en aucune manière à la valorisation du capital humain. Aujourd'hui, l'inquiétude est générale et du sous-développement extensif on est passé au sous-développement intensif créant ainsi toutes les conditions à la pauvreté, aux faillites urbaines, aux saccages écologiques persistants et à la lutte politique chronique. Tout est à faire et à refaire dans ce pays où le grand démarrage du développement durable n'est pas pour demain. Que faire ? L'important est de s'épargner aujourd'hui des confrontations chargées d'ambiguïtés, d'ambitions cachées et d'intérêts camouflés pour penser vraiment l'avenir. Nous perdons souvent trop de temps à parler de choses qui nous distinguent et qui nous séparent au lieu d'apprendre à coopérer ensemble pour sauver le navire de la notion contre les vagues de la mondialisation et de la division. L'imminence du danger qui nous menace tous nous oblige à avoir sans plus tarder une boussole morale, un code de conduite sévère, des ressources du coeur, une vision collective et une conscience patriotique. Si non, nous périrons tous dans l'indifférence de la communauté internationale peu intéressée à apporter de l'aide sérieuse aux pays délinquants dirigés par des prédateurs qui se rendent eux-mêmes coupables du sous-développement de leur pays. Il est donc difficile d'évaluer aujourd'hui les progrès accomplis en matière de développement humain en Haïti dont l'un des rôles prédondérants est de rendre les libertés politiques, économiques et sociales plus accessibles à la population de plus en plus consciente des gigantesques problèmes qui se posent à elle chaque jour. Nous nous perdons trop souvent dans les discours trompeurs qui ne nous donnent aucune chance de reconnaître nos erreurs et nos inconséquences. En un temps si dur où la vie est presque impossible pour le plus grand nombre, il nous faut du courage, de la discipline, de l'enthousiasme, du nationalisme et du dépassement pour se dire que le pays en a trop souffert et qu'il est temps de diviser les problèmes les plus importants en problèmes plus petits de façon à ce que tout le monde puisse participer à leur solution. Trop de vents soufflent de l'occident en notre direction pour ne pas aboutir à une entente vraie entre nous-mêmes. Il faut opter pour la modernité et l'endogénisme. Le développement durable ne nous tombera pas un beau matin sur la tête. Il faut le vouloir vraiment et sérieusement et se doit d'être défini comme un objectif à atteindre, comme le résultat d'actions concertées. La conception selon laquelle '' le hasard finit bien par arranger les choses dans le sens du progrès'' n'est plus de mise. Un peuple qui aspire au développement s'efforce de prendre son histoire en charge à travers un réveil politique et culturel où émerge généralement les bribes d'un projet collectif duquel la nécessité du changement. Malheureusement, tout se fait au petit bonheur en Haïti comme si nous étions tous des médiocres, des opportunistes, des immoraux en mal de position politique, des conspirateurs, des apatrides incapable de prendre en main la destinée de ce pays. Partout, la misère fait rage, les élites du monde des affaires et de la politique n'ont pas la volonté de relever les grands défis qui touchent les centres moteurs de l'économie nationale. Ils règnent sur une véritable société bloquée et fortement marquée par de nombreux conflits, par l'affirmation de nouvelles revendications et le démasquage de l'idéologie dominante fondée sur l'exploitation outrancière des grandes masses. Les contradictions caractérisant les rapports patrons-ouvrier, les inégalités entre les pauvres et les riches y reçoivent un traitement singulier. Le peu de progrès social, politique et économique ne donne pas à tous la chance de se développer voire corriger le retard qui persiste sur le plan de l'éducation. Voilà ce qui complique la tâche de l'Etat haïtien jusqu'ici incapable de mettre lentement en place les conditions nécessaires au développement qui susciterait non seulement des transformations au niveau de la gestion des affaires publiques mais également des formes de participation, de contestation et des types de revendications orientés vers un effort de rationalisation et de modernisation. La situation de pauvreté dans laquelle se trouve aujourd'hui le peuple haïtien oblige l'Etat à ouvrir la porte à une économie de plein emploie et à une augmentation du bien-être pour toutes les classes de la société et non à une catégorie de profiteurs. C'est le moment de définir l 'optionalité dans l'exportation des ressources naturelles et humaines, de mettre en branle les productions pour atteindre un certain niveau de développement qui ne peut se réduire à une simple question de croissance. Réaliser le plein emploie contribuera certainement à diminuer de beaucoup le décollage entre l'économie de la capitale et celle du reste du pays. Mais, l'important est de veiller à la participation de la grande majorité, à la planification des affaires de l'Etat relatives au développement qui doit être conçu ''comme la capacité politico- administrative d'exploiter de façon optimale les ressources disponibles dans une société donnée, de répartir les fruits de cette production de façon égalitaire entre les différents membres de cette société et de mobiliser ceux-ci de manière à ce qu'ils puissent définir eux-mêmes, à diverses instances et selon diverses modalités, les conditions de leur production et de leur jouissance''. (1) Pour nous, ''le développement ne se réduit pas à la progression linaire et continue. On ne peut le mesurer en termes de production nationale brute puisqu'il n'est nullement l'établissement de standards de production et de critères de répartitions définis centralement on technocratiquement. Il implique bien au contraire une capacité mobilisatrice, la définition d'objectifs globaux ou partiels, à court, moyen ou long terme, et une capacité de contrôle des décisions à prendre dans toutes les sphères de l'Etat'' (2) Une société peut avoir des ensembles de production très élaborés, possède une technologie, sans être pour autant développée si ses agents développeurs sont étrangers. Il apparaît que les expériences orientées vers le développement dans certains petits pays ne les permettent pas de disposer de leviers capables d'orienter leur propre développement selon les dynamismes de modèle culturel en tenant compte de leurs besoins spécifiques. Souhaitons que la tension vers le développement qui se manifeste ces derniers temps en Haïti arrive à mobiliser la communauté internationale et la population haïtienne vers un modèle endogène, et autonome découlant d'un projet collectif net et cohérent. Il est grand temps que le pays ait enfin un Etat démocratique sérieux, stable et régi par des lois et basé sur une morale politique. Si non, l'instauration d'un Etat de droit et l'édification d'une société pluraliste resteront qu'un voeu pieux. Un choix difficile à faire Le moment n'est-il pas venu de prendre et d'appliquer des mesures indispensables ou développement de notre société ? Les mésententes, la division et les guerres intestines nous ont déjà volé plus de trois quarts de notre temps historique. Et deux cent un ans après, nous sommes toujours analphabètes et sous-développés si bien que certains considèrent toute notre histoire de peuple comme une série d'erreurs et d'échecs engendrés par la nature même de notre système politique rétrograde "Diviser pour régner". Et ce serait faire preuve d'une mauvaise foi élémentaire de vouloir penser qu'on peut dans les circonstances actuelles remettre les choses en ordre sans une réforme en profondeur du système politique haïtien et de l'administration publique. Haïti prendra encore beaucoup de temps avant de devenir un pays où chacun est efficacement protégé sur le plan social, où plusieurs millions de citoyens pourront se mettre au travail pour obtenir une meilleure qualité. Une meilleure qualité de la protection de l'environnement, de la santé publique et de l'enseignement, une meilleure qualité dans la construction de logements; un niveau supérieur de développement de la culture. Bref, une meilleure qualité de vie pour chaque Haïtien. Il y a aujourd'hui trop de gens frustrés, trop de gens mécontents, trop de gens profiteurs et malhonnêtes pour ne pas accroître les taux de développement économique du pays, augmenter les salaires avant tout, ceux des enseignants et des policiers et perfectionner un système démocratique où il y aura plus de sécurité, et moins d'écart et d'injustices sociales entre les riches et les pauvres. Les grands évènements sont encore à venir. Mais pour y faire face, il nous faut une nouvelle philosophie de la démocratie, un plan, une stratégie et une vision réaliste des choses. Nous devons travailler dans ce sens. Le développement d'un pays étant un combat permanent et collectif. Cela va sans dire que la participation active de tous s'avère nécessaire. Il est grand temps de passer l'étape de la construction nationale, de l'autofinancement et de la rentabilité des entreprises. Le seul moyen de remporter la victoire sur la pauvreté est la fusion des intérêts de chaque individu avec ceux de la société. Pour une fois, efforçons-nous de créer toutes les conditions indispensables au développement total de la démocratie. La question est de savoir aujourd'hui si nous sommes prêts à sacrifier beaucoup pour vu que l'oeuvre commune progresse. Ce qui ne sera plus possible si la politique haïtienne n'est pas axée sur la paix, le pluralisme, le principe de l'alternance. Désormais, les gouvernements terroristes, délinquants, rétrogrades sont inaptes à résoudre les problèmes du pays divisé en une minorité de riches exploiteuse où se trouve concentrer presque toutes les richesses accumulées inhumainement et une majorité de pauvres exploitée qui se réclame un partage plus équitable. Il est à prévoir que la lutte pour la justice sociale gagnera partout en ampleur si le niveau de maturité économique et le degré de développement de notre civilisation matérielle n'augmentent pas. La vie des Haïtiens ne peut plus continuer à dépendre de la volonté de quelques hommes riches et bien armés. L'équilibre des intérêts de tous est à rechercher, chacun a autant que les autres le droit de participer à l'examen et à la solution de tous les problèmes du pays. Conclusion.- Apprenons désormais à constituer une société plus humaine et plus juste capable de satisfaire à ces besoins et de créer les conditions de réalisation de ces aspirations. L'Etat et le secteur privé, au terme d'un ajustement de priorités peuvent toujours devenir des pôles de croissance structurellement liés à une même cause : la noble cause du développement. Ce qui nécessite un nouveau choix politique axé sur la démocratie participative. Il serait aussi important de fournir des garanties aux entrepreneurs qui veulent investir pour que l'économie devienne vraiment la propriété de l'ensemble de la population. La prise en charge de celle-ci, sa direction dans le cadre d'une planification décentralisée devient une priorité parmi tant d'autres. Ce n'est plus une simple question de transformation des rapports de production, il nous faut par tous les moyens développer au maximum les forces productives du pays qui, seule permettraient d'assurer le progrès social des Haïtiens, de généraliser l'enseignement, de garantir la santé de tous et d'arriver à une amélioration graduelle du bien-être collectif. Faisons en sorte que désormais la non-violence devienne la base de la vie de la nouvelle société à construire, que la confiance et la compréhension mutuelle remplacent la peur et la suspicion, que les ressources disponibles soient utilisées pour assurer le développement social et économique, que les droits humains garantis, les ressources humaines qualifiées employées dans la fonction publique. Il existe encore la possibilité réelle de faire en sorte qu'enfin la raison, la connaissance et les principes moraux et non pas les aspirations égoïstes guident le pays ces profondes contradictions. Références Bibliographiques 1) Gagnon Gabriel et Martin Luc la Crise du Développement Québec 1960-1980, Editions Hurtubise HMH Québec 1973 2) Paul Yves Fausner Le Développement Humain Durable en Haïti : Obstacle et moyens Thèse pour l'obtention d'une maîtrise, Fév 2002 Paul Yves Fausner M.A Maître en sciences du développement Professeur à l'Université La vie des haïtiens ne peut plus continuer à dépendre de la volonté de quelques hommes riches et biens armés. L'équilibre des intérêts de tous est à rechercher, chacun a autant que les autres le droit de participer à l'examen et a la solution de tous les problèmes du pays. Dans le cas contraire, il sera impossible de normaliser la vie nationale et surmonter tous les problèmes qui engendrent les nombreuses situations conflictuelles. Il ne faut pas non plus négliger la solution du problème écologique, celle du problème de l'éducation fermée aux grandes réalisations de la pensée humaine et aux échanges scientifiques et informationnels. Nous avons encore la possibilité réelle de résoudre tous les problèmes qui nous préoccupent et d'assurer à l'homme haïtien une vie humainement digne. C'est à quoi nous pensons lorsque de la coopération nationale, de l'entente, du respect mutuel, de l'application des normes relatives aux droits humains. Aujourd'hui personne ne peut refuser de tenir compte de l'état d'esprit de l'opinion publique allant dans le sens de l'organisation prochaine des élections pour élire une nouvelle équipe d'hommes devant assurer sans entraves le développement futur d'Haïti. Ce qui ne sera plus possible si on ne remet pas les montres à l'heure en créant un système efficace de sécurité nationale capable de garantir l'équilibre des intérêts et un minimum de confiance entre les Haïtiens. C'est autour de la table des négociations qu'on peut définir la concordance ou la divergence des intérêts des partis en présence. Recherchons alors le dialogue comme moyen d'aller vers la paix, d'améliorer le climat national, voilà ce qui est indispensable dans les conditions actuelles. Nous accordons certes une grande importance à celui-ci en tant qu'instrument permettent de comparer les intérêts, d'éclaircir les positions qui peuvent être commune et utiles pour la cause de la paix. Et surtout pas de compromis qui cherchèrent le parti qui y gagne ou scellé qui y perd. L'essentiel est de comprendre qu'il y a un pays en détresse à sauver du naufrage du sous-développement, ce qui suppose notre capacité à renoncer à la délinquance et au terrorisme en empruntant la voie du désarmement et en oeuvrant à établir des relations civilisées et normales entre nous. Nous sommes persuadés d'avoir à ce sujet des positions convergentes qui rejoignent celle de la grande majorité des secteurs qui croient que le moment est venu enfin pour les Haïtiens de jouir de leur droit de vivre comme bon leur semble du droit de chacun à choisir son destin et qu'il y est impossible et inadmissible d'imposer sa volonté à qui que ce soit. Aujourd'hui plus que jamais les héritiers se doivent de conjurer leur effort dans l'intérêt d'un règlement politique des problèmes auxquels nous faisons face chaque jour. Mais dans quelle mesure tout cela est-il réaliste ? Nous disons carrément qu'il est toujours possible de nous entendre sur les problèmes urgents de l'heure. C'est à nous de choisir notre propre système social un système appelé à rendre pleinement compte du trop grand écart creusé entre les riches et les pauvres condamné à agir en commun pour éveiller plus qu'auparavant la volonté de survie de cette nation.
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