Le rôle des partis politiques dans cette nouvelle conjoncture

(Troisième partie)

Publié le 2004-12-28 | lenouvelliste.com

« Une étincelle peut mettre le feu à toute la plaine » (Mao). Le caractère féodal de l\'État et le rôle de la bourgeoisie Haïti, qui est longtemps maintenu dans les douleurs de l\'enfantement, semble disposer à mettre fin au cycle d\'autodestruction dans lequel il se fourvoie depuis des années. Le dénouement, que nous entrevoyons à travers notre prisme idéologique, pourrait faire l\'objet d\'une remise en question de toute la société dans ses différentes composantes et déboucher éventuellement sur d\'heureuses conséquences en faveur de la nation sur le long terme, bien sûr. Haïti ayant raté les occasions du XXe siècle pour se recréer, se reconstruire et s\'octroyer une place dans le concert des États démocratiques de la planète; alors que la geste de 1804, qui le porta sur les fonts baptismaux, s\'inscrivait déjà dans cette perspective. Haïti est donc condamné à réussir dans ce XXIe siècle que nous souhaitons être le siècle de libération des peuples du Tiers-monde, maintenus et entretenus dans la servitude du capitalisme d\'État depuis la nuit des temps. Évidemment, les bourgeoisies locales jouent le rôle de bourreau-exécuteur pour le compte de l\'impérialisme international. Aujourd\'hui, aussi scandaleux que cela puisse paraître, ces damnés de la terre malgré majoritaires à l\'échelle planétaire servent de cobayes à l\'expérimentation de la mondialisation capitaliste en cours dans le monde. Si la mondialisation ou globalisation est une étape supérieure du système capitaliste selon les idéologues et économistes bourgeois, nous n\'avons pas le sentiment qu\'Haïti puisse intégrer cette nouvelle structure capitaliste. Raison: Haïti est un État dont les survivances féodales dominent encore les rapports de production ainsi que les relations humaines. L\'existence du système « de moitié »(1) tient toujours dans le travail agricole. Compte tenu de l\'état de délabrement et de misère de nos paysans qui sont victimes de l\'exploitation sauvage des fermiers ou des grands dons, le métayage a constitué un échec tout au long de son expérience en Haïti. L\'absence d\'outils et de machines mécaniques (2) dans notre système agricole explique à plus d\'un titre notre état d\'arriéré dans le domaine de l\'agriculture et, par conséquent, ne saurait permettre une augmentation significative de nos ressources agricoles. Nos terres laissées en jachère (3) sont l\'expression visible de cet état souvent dû aux absentéistes(grands propriétaires fonciers). Dans les usines de sous-traitance (4) (sorte d\'industrie réceptacle des multinationales spécialisées dans l\'habillement et dans l\'équipement sportif), la main-d\'oeuvre quasiment servile est sous-qualifiée due à l\'absence de séminaire de formation à l\'intérieur de celles-ci. D\'où un manque à gagner sur le plan de la qualité alors qu\'elles sont censées fournir, dans une large proportion, le prolétariat qualifié (prolétariat industriel). La discrimination et les préjugés socio-économiques (5) ont carrément empoisonné les relations humaines ici, et la culture même du pays, où l\'on valorise sciemment l\'égoïsme d\'esprit, a beaucoup à voir dans cette attitude inappropriée. Ce n\'est là qu\'une simple représentation que nous vous donnons sur le tas, le sujet étant d\'une profondeur telle qu\'il exigerait tout un livre si nous devions disserter là-dessus. Alors, Haïti, en tant qu\'État indépendant, devrait être capable de faire valoir sa vision autonome de développement, dans le cadre d\'une coopération externe intelligente visant bien sûr le progrès de son peuple. Contrairement aux idéologues bourgeois qui se targuent de considérer Haïti comme un État pro-capitaliste, le pays des Haïtiens ne présente pas les qualités et le critérium qui soutiennent une telle assertion au point de vue de l\'organisation structurelle des ressources disponibles du pays. D\'ailleurs, faudrait-il que nos chers intellectuels et économistes, qui sont souvent très sélectifs dans leurs réflexions (l\'intérêt de classe oblige, peut-être!), nous fournissent la preuve de l\'existence des capitaux? Or, les conditions économiques désastreuses auxquelles sont soumises les masses populaires(80% de la population du pays) n\'autorisent pas d\'émettre un jugement de valeur sur l\'existence réelle des capitaux. S\'ils existent, en tout cas, ils ne sont pas visibles dans la vie économique du pays. A moins qu\'ils se trouvent à l\'étranger grossissant probablement le chiffre d\'affaires des banques étrangères, et dans ce cas, nos banques commerciales, dont on vente tant ici l\'éclosion, jouent également le rôle de réceptacle de ces dernières. Ce qui ne serait pas étonnant dans le système des bourgeois, puisqu\'il s\'agit là de l\'une des stratégies mises en place par cette classe d\'intérêt en vue de la domination économique mondiale de la bourgeoisie internationale. Néanmoins, dans notre cas précis, nous ne pensons pas qu\'on puisse parler de fuite des capitaux comme on dit souvent dans des émissions de radio-diffusion ou dans d\'autres circonstances. Puisque l\'État, de nature conservatrice, par son absence totale des affaires du pays, n\'a pas édicté des lois contraignantes en ce sens, qui interdiraient l\'opération de telles transactions. Ce qui serait au passage une préoccupation consciente d\'un État responsable, mais nous n\'en sommes pas encore à ce stade de l\'organisation de la vie financière et économique du pays lui-même. Si, gardiens du troupeau, comme l\'autre disait, les responsables de l\'État ne se gênent pas de se livrer à ce type d\'exercice: placement licite ou illicite des fonds à l\'extérieur du pays, a fortiori les particuliers ont les coudées franches pour en faire de même en tirant des profits colossaux des taux préférentiels offerts par les banques étrangères. Mais tout ceci s\'effectue évidemment au détriment de la nation. C\'est pourquoi nous ne cesserons jamais de réclamer une nouvelle vision des choses en faveur de notre société en passant, bien sûr, par l\'éviction complète de l\'État traditionnel qui n\'accumule sans cesse que des échecs dans son parcours. D\'un autre côté, de l\'appréciation du capitalisme comme système (mode de production: la propriété privée des moyens de production est le fondement même du système), nous souhaitons dire aux défenseurs néophytes du capitalisme qu\'il y a effectivement des pays qui peuvent s\'appeler États pro-capitalistes. Ce sont ceux dont les structures économiques sont d\'essence capitaliste. Ils ont longtemps intégré le processus historique orienté vers le capitalisme, arrivés à un certain stade de l\'édification, ils ont pu laisser derrière eux à bien des égards certaines pratiques ancestrales du féodalisme et ont atteint un degré de civilisation qui les positionne au rang des pays en voie de développement d\'un point de vue occidental. Chez-eux, il est loisible aux observateurs de contempler ou d\'apprécier les prémices du capitalisme, qui sont en principe l\'aboutissement de l\'application pratique du système selon les recommandations économiques et politiques contenues dans la programmation. Chez-eux, les fenêtres y sont ouvertes qui permettent d\'observer la qualité et la beauté des infrastructures dans lesquelles la société est en constante activité, en termes d\'infrastructures routières incluses les voies ferrées, portuaires, aéroportuaires, organisation urbanistique des villes, bourgs et faubourgs, préservation des espaces verts, disponibilité de l\'eau potable, du courant électrique, de téléphone etc. Auxquelles réalisations les bourgeoisies locales, qui se sont enfantées du système, ont joué un rôle prépondérant en ce qui a trait au développement économique de ces pays. On les retrouve dans plusieurs parties du monde, et beaucoup se localisent sur le continent américain. Nous pensons donc qu\'avec cette potentialité économique dont ces États disposent, ces sociétés pourront, sans grande difficulté, si elles le souhaitent, opérer le passage du capitalisme vers le socialisme scientifique, une étape supérieure en matière de civilisation humaine. Sans oublier le prolétariat qui s\'est formé au sein de la classe ouvrière des sociétés capitalistes, qui revendique le socialisme révolutionnaire comme sa seule planche de salut. On prétend faussement résoudre le problème de la lutte des classes par l\'industrie ou le marché de services (une sorte d\'invention capitaliste proposée par les tenants du système pour tenter d\'ajourner, pardon! de juguler la crise révolutionnaire apparue dans le système lui-même), mais l\'équation ne colle pas. Le capitalisme porte en germe les contradictions sociales par l\'exploitation outrancière qu\'il exerce continuellement contre la classe ouvrière. Les contradictions entre le patronat et le salariat ont depuis la nuit des temps pris leur caractère antagonique; parce que les intérêts de la classe des bourgeois sont diamétralement opposés à ceux de la classe des travailleurs en général. D\'où une lutte sans merci qui se livre perpétuellement entre les deux classes d\'intérêt jusqu\'à la révolution, qui serait alors la conséquence logique du comportement discriminatoire des bourgeois capitalistes. Et l\'appétit insatiable de ceux-ci ne fait qu\'en aiguiser et attiser de jour en jour la lutte des classes, sur laquelle on ne saurait se taire. Ainsi donc, tant que l\'exploitation de l\'homme par l\'homme sévira dans les sociétés capitalistes, eh bien, la lutte des classes sera toujours de rigueur! Il faut bien qu\'on se résolve à embrasser la pensée rationnelle pour pouvoir faire des analyses sérieuses. Haïti, qui est un État sous-développé à tous les points de vue mais qui se cherche, doit nécessairement et historiquement opter pour la révolution démocratique bourgeoise, dans laquelle une bourgeoisie de caractère nationaliste serait formée et devrait être la cheville ouvrière des grandes tâches historiques à accomplir sous l\'égide d\'un État de type nouveau, bien sûr. Une bourgeoisie qui se serait donnée une base idéologique consistante lui permettant de comprendre l\'ampleur des responsabilités pour lesquelles elle aurait souscrit. Car, celle existante n\'a pas d\'idéologie et n\'a pas non plus fait montre d\'imagination créatrice au point qu\'on se demande perplexe: a-t-elle jamais souscrit à quoi que ce soit? Sinon qu\'elle se préoccupe uniquement de ses petits intérêts mesquins. C\'est la raison pour laquelle elle est souvent comparée à une simple bourgeoisie marchande, jouant également un simple rôle de commis pour le compte des compagnies transnationales. Le pays ne peut plus continuer à vivre sous cette forme de dépendance servile, mais il doit plutôt s\'orienter vers une politique responsable et autonome en vue de libérer et développer ses forces productives (...). Haïti a donc besoin d\'une bourgeoisie qui sache qu\'elle appartient au pays(...), s\'organise et travaille pour le rendre fertile et prospère. Une bourgeoisie qui puisse objectivement s\'impliquer dans le processus de démocratisation du pays afin d\'assurer l\'avenir de la nation ainsi que le sien, en dotant Haïti des infrastructures solides dont il a besoin pour se développer. Une bourgeoisie qui n\'aurait plus besoin de se déplacer à l\'extérieur pour se faire soigner quand l\'un de ses membres tombe malade, parce qu\'elle aurait investi dans les services sociaux. Ce qui manque terriblement ici, et le besoin est urgent! Une bourgeoisie qui se dispenserait des inquiétudes quant aux averses soudaines se déchaînant comme un torrent, particulièrement lors des saisons pluvieuses, parce qu\'elle aurait investi dans les routes haïtiennes et surtout dans le système écologique du pays. Enfin, une bourgeoisie qui investisse dans le savoir et dans la recherche scientifique. Ce qui aurait la vertu d\'ouvrir et de développer nos capacités dans plusieurs domaines stratégiques du pays: notre vaste domaine de l\'agriculture où il nous faut produire des études et observations sérieuses pour pouvoir objectivement initier une réforme agraire qui aille dans le sens de l\'intérêt général; notre système éducatif, sur lequel repose l\'avenir du pays, doit être impérativement réévalué sur de nouvelles bases dont l\'emphase serait mise sur la qualité et l\'orientation ayant rapport avec les besoins de la collectivité nationale; nos possibles richesses en sous-sol, sous-marine et autres, que le pays disposerait éventuellement, doivent nécessairement faire l\'objet d\'études scientifiques pour pouvoir réaliser des prospections crédibles en la matière. Car jusque-là, si elles existent, elles sont quasiment inexplorées et inexploitées par faute d\'experts nationaux pouvant s\'y engager et s\'illustrer valablement dans ce domaine. Dieu seul sait quel a été le désastre... enregistré dans l\'exploitation de la bauxite effectuée du côté des Nippes/Sud, pendant la période de la dictature des Duvalier. Un cas curieux dans la tentative de la mise en valeur de nos mines, mais dont on ignore encore aujourd\'hui quels ont été les dividendes rapportés à l\'État d\'Haïti par faute d\'accès à l\'information, alors que le peuple haïtien a certainement le droit d\'être informé sur les décisions engageant l\'avenir de son pays. Haïti a cependant besoin au premier chef de revoir toutes les structures de son système pour une mise à jour dans le cadre du Renouveau national, dont nous nous faisons l\'apôtre et souhaitons bien sûr apporter notre contribution consciente. Nous pensons que, dans la perspective d\'un nouvel État à naître, Haïti doit nécessairement s\'orienter vers le progrès social humain en créant de l\'emploi, du travail stable. Ce qui est de nature à résorber le chômage dans le pays, l\'un des facteurs négatifs du sous-développement expliquant le taux élevé des mortalités et réduisant par ainsi l\'espérance de vie haïtienne. S\'il est vrai qu\'il y a d\'autres facteurs/critères obéissant au développement humain (la qualité de vie à laquelle on a accès: l\'habitat décent, l\'environnement dans lequel on évolue, la valeur de l\'éducation que l\'on reçoit, l\'accessibilité régulière aux services sociaux etc.), le chômage est surtout responsable de la dégradation/dépravation physique et morale du genre humain. Il nous semble qu\'il s\'agit là de l\'un des facteurs primordiaux de développement sur lequel l\'État doit mettre l\'emphase. Haïti, pour se régénérer et pour se faire une peau neuve dans le courant de ce siècle, doit donc s\'ouvrir aux Haïtiens en faisant la promotion sociale de ceux-ci par le travail. La création massive d\'emplois stables est certainement susceptible de stimuler et d\'augmenter la capacité des gens à produire dans les divers secteurs de la production nationale, où les masses laborieuses pourront enfin jouir des fruits du travail qu\'elles auront elles-mêmes produit. Ce qui n\'est pas évident dans l\'actuel système qu\'Haïti expérimente depuis deux siècles d\'histoire, dont les résultats se sont révélés un désastre au point de vue des inégalités sociales criantes que l\'expérience a engendrées dans la société. Et le fossé se creuse de jour en jour en temps réel! Maintenir pareil déséquilibre social dans la nation, c\'est brader l\'existence de tout un peuple dont le seul crime commis est qu\'il veut vivre et s\'offrir une qualité de vie lui permettant d\'accéder à la sécurité et à la paix sociales. L\'État progressiste d\'Haïti que nous préconisons doit plutôt privilégier le travail social de l\'individu à l\'inverse de l\'actuel qui fait de l\'argent la seule valeur d\'estime au détriment des valeurs morales et intellectuelles. Haïti, pour ce faire et pour prendre la bonne direction du développement, doit nécessairement garantir la liberté syndicale sur son territoire et en faire sa stratégie de développement autonome. Les syndicats sont certainement un instrument-clé de stabilité dans les hautes sphères de la production, ainsi que dans les petites et moyennes entreprises (PME). Le manque ou l\'absence de coopération des détenteurs des moyens privés de la production avec les ouvriers (ères) syndiqués (es) ralentit et perturbe la capacité de production, peut-on observer dans les usines, les fermes de production ainsi que dans les manufactures. Mais la jeunesse du mouvement syndical n\'est pas prise en compte ici et les syndicats sont généralement très mal vus, parce que le pays des Haïtiens est encore esclave d\'un système dont le modèle remonte depuis l\'époque esclavagiste. Alors qu\'aujourd\'hui, l\'humanité vit un monde rationnel où la science et la technique façonnent et conditionnent la vie du genre humain. Elle (humanité) a connu l\'âge d\'or de la révolution industrielle et a aussi fait l\'expérience de la révolution socialiste; au cours du déroulement des événements, la classe ouvrière, dans ses différentes organisations syndicales, a effectivement joué un rôle déterminant. Il va donc falloir qu\'Haïti tourne le dos à ce vieux système féodal qui avilisse ses enfants et qui rende la nation vulnérable dans ses bases fondamentales. Enfin, Haïti, dans la perspective de son sursaut national, doit sans ambages garantir la liberté de l\'organisation de la société civile qui, au terme de sa structuration et de sa maturation, deviendra une entité forte dont l\'effet océanique qu\'elle produira servira de gage à l\'ordre démocratique auquel aspire le peuple d\'Haïti en son entier. Voilà donc en synthèse ce que nous voulons pour Haïti qui souffre de tous les maux du monde. Ce que nous recherchons avec les partis politiques qui ont un rôle absolument important à jouer dans ce que nous qualifions de Renouveau national. Nous y croyons et avançons! Compte tenu de la loi de l\'offre et de la demande du journal qui héberge nos articles, nous avons dû diviser nos textes en plusieurs parties pour pouvoir répondre aux normes établies. En conséquence, notre plus prochaine parution traitera de l\'absence des programmes dans le système de gouvernement du pays et également les conséquences négatives y relatives qui sont la résultante d\'une politique absurde menée dans le pays depuis sa fondation, comme État libre, indépendant et souverain. Elle mettra aussi l\'emphase sur le rôle proéminent des partis et organisations politiques, qui s\'échelonnera éventuellement sur trois textes de publication dont le contenu englobera le rôle d\'acteurs privilégiés des partis politiques dans le cadre du développement du pays, y compris l\'élaboration des programmes/plans d\'actions pour s\'achever avec notre perception du concept pouvoir/autorité eu égard au stade actuel du monde.
Jean-Marie Beaudouin
Auteur


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