le Congrès Communal: un rassemblement républicain

Publié le 2004-12-28 | lenouvelliste.com

Par Henry Hogarth La société civile haïtienne, organisée ou non, toutes composantes confondues, après s\'être beaucoup investie dans la chute d\'une dictature, est pleinement consciente aujourd\'hui de sa situation, situation aussi dramatique que complexe. En dépit des diverses missions de pays amis venues participer à la \'reconstruction de l\'état-nation\', cette société entend s\'affirmer en continuant la recherche patiente et pacifique d\'un changement en profondeur de la gestion de l\'Etat. La tenue de congrès communaux ou de forums municipaux, pour employer la plus récente expression de la même idée, renvoi au concept du dialogue national. Ici, l\'espace est réduit au niveau local et offre de ce fait le rapprochement nécessaire à l\'impulsion du dialogue. La Constitution de 1987, au-delà de toutes ses contradictions et insuffisances, est axée principalement sur le concept du citoyen engagé, pleinement conscient de ses droits et devoirs, qui, de ce fait, revendique sa participation aux affaires publiques et agit en conséquence, de concert avec ses concitoyens. Dans cet ordre d\'idées, les événements du dernier trimestre de 2003 et du début de l\'année 2004 témoignent de la frustration de la grande majorité qui refuse de continuer à vivre cette désespérance quotidienne et expriment du même coup une volonté soutenue de \'changer le statu quo\'. La tenue de congrès communaux à travers tout le territoire, le dialogue national, donc, offre à toute la population concernée et déjà engagée un exutoire structuré pour ce faire. Cet appel à la concertation citoyenne facilitera l\'opérationnalisation de ce dialogue, réalisant les Etats Généraux de la République à partir de la base, pour jeter les vrais fondements d\'un véritable contrat social, élaboré sur la base d\'une réciprocité entre composantes sociales ou secteurs sociaux, occupant des espaces géographiques distincts. Le déroulement d\'un congrès communal doit permettre à des représentants d\'organisations locales, constitués en délégations de sections communales ou mieux de \'bitasyon\', de développer une vision collective et claire de leur futur en tenant compte des réalités socio-économiques et politiques de leur milieu. C\'est à partir des préoccupations de base, formulées et exprimées par les éventuels bénéficiaires des services publics eux-mêmes, que des mécanismes institutionnels ascendants pourront être construits. Du fait de l\'effondrement progressif de l\'Etat, et compte tenu des difficultés du gouvernement de transition à revaloriser les institutions et structures administratives au niveau des départements, la tenue des congrès communaux, exercice premier de la vie politique républicaine rénovée, vise, en premier lieu, la mise en valeur des nouvelles structures administratives prévues par la Constitution (ASEC, AM, AD surtout), inactives de 1987 à nos jours. Dans le peyi Dayiti, andeyò de la \'République de Port au Prince\', ces structures administratives, prévues mais non opérationnelles, seront \'revisitées\' et leur fonctionnement mis à jour par la \'société civile\' locale, constituée principalement des gwoupman, associations paysannes, associations populaires urbaines, fédérations ou tout autre organisme représentatif d\'intérêts collectifs, ainsi que des représentants locaux des partis politiques et des autorités locales. La tenue d\'un congrès communal jettera les passerelles nécessaires entre structures administratives et associations citoyennes locales, renforçant ainsi les points d\'appui d\'une décentralisation administrative, politique et économique effective et efficiente. De ce fait, ce renforcement structurel facilitera l\'implantation de la démocratie participative telle que prévue par la Constitution. Ce rassemblement républicain créera la synergie nécessaire entre \'la commune\', entité étatique quant à présent virtuelle, et la \'communauté\', idéal de la vie associative à construire, synergie qui résultera de l\'application d\'une logique de subsidiarité dans le cadre d\'une renaissance républicaine désirée par la majorité des Haïtiens. Les partis politiques eux-mêmes tireraient avantage d\'un tel processus ; ce dialogue entre citoyens fournirait aux divers candidats tant au niveau local que national des données précises sur l\'état des choses et des gens. En tenant compte des desiderata des citoyens et de leurs propositions, leur programme de gouvernement ainsi que les politiques publiques qu\'ils auront à formuler en réponse aux besoins et aux souhaits ainsi exprimés n\'en seront que plus appropriés et leur crédibilité auprès de l\'électorat renforcée. Tout au long du processus, il s\'agira d\'apprécier, de formaliser et d\'augmenter, en les encadrant techniquement, toutes les capacités locales à résoudre des problèmes concrets de sécurité, d\'éducation, de santé, de gestion des ressources naturelles, d\'équipement et de matériel collectifs ; l\'assistance au développement de la capacité à planifier \'par le bas\' étant un prérequis du développement politique et économique d\'une commune ainsi que du développement socioculturel de la communauté qui y vit. Pris dans leur ensemble, ces congres ou forums constituent en eux-mêmes une étape de la reconstruction nationale. Dans cette optique, l\'institutionnalisation du pouvoir local en tant que tel est primordial s\'il s\'agit de créer une nouvelle culture politique, car elle exige l\'adoption de méthodes interactives en même temps que didactiques dans le fonctionnement des assemblées locales, par exemple. De plus, le renforcement accéléré mais graduel de ce pouvoir permettra de mettre plus rapidement sur pied le cadre d\'une éventuelle coopération décentralisée avec les bailleurs de fonds et l\'infusion de capitaux provenant du secteur privé national et international. S\'étant penchés ensemble sur un nombre de défis communs au niveau de leur commune, les citoyens y résidant seront conscients de leurs forces et de leurs faiblesses personnelles et collectives. Ayant pris connaissances des contraintes et potentialités de leur localité, il leur sera plus facile de coopérer, si cela s\'avérerait nécessaire, avec une ou plusieurs autres communes en mettant sur pied des alliances communales ou des ligues municipales entre diverses communautés. Le renouveau de la société haïtienne devra surtout tenir compte du poids des pratiques culturelles qui influencent pernicieusement les attitudes et les comportements de nationaux qui cherchent tous, au-delà des divisions séculaires, à appartenir à un même Etat et à en devenir des citoyens à part entière. La méfiance et les préjugés, la grande disparité socioéconomique entre les diverses composantes sociales, perdurent par faute de communication sociale ouverte et d\'interaction transparente entre classes et couches sociales ainsi qu\'entre groupes d\'intérêts. Il n\'a jamais encore été question, d\'un commun accord, d\'imaginer, encore moins de construire ensemble systématiquement, de visualiser donc comment vivre et progresser ensemble. Dans cet ordre d\'idées, la tenue du congrès communal permettra premièrement derenforcer de la vie associative de la commune par le dialogue, la réflexion et le travail de groupe ; deuxièmement, de dégager une vision concertée du développement de la collectivité / communauté et de l\'aménagement du territoire sur les 10 prochaines années ; enfin, de faciliter la compréhension, l\'appropriation et la gestion participative des structures de pouvoir local, une fois celui-ci mis en place par les élus des éventuelles élections. Le résultat, aussi essentiel que global, de ces rassemblements républicains, dans le sens strict, sera l\'émergence et le développement du sens du Bien Commun, avec le consensus comme méthode préférentielle de prise de décision collective. Un dialogue ouvert et productif au niveau local facilitera la construction d\'une communauté d\'intérêts, base de toute stabilité politique et ciment de tout corps social, eux-mêmes garants de la renaissance républicaine souhaitée.
Henry Hogarth henryhogarth@yahoo.com
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