Chers oeufs, les leurs, les nôtres

Publié le 2013-06-18 | Le Nouvelliste

Les esprits s'échauffent en République dominicaine depuis le renouvellement de la mesure de 2008 d'interdire l'importation des oeufs et des poulets en provenance de ce pays vers Haïti et la décision prise par les autorités haïtiennes de maintenir l'interdiction en dépit de la levée de l'imbroglio autour de la grippe aviaire chez nos voisins. Le président dominicain, Danillo Medina, est monté au créneau pour menacer les produits haïtiens d'une interdiction d'entrée sur le territoire de son pays. Toute la presse dominicaine reprend le débat. Chacun, suivant sa sensibilité, le traîne vers les extrêmes. Il y a toute une campagne qui dénonce la position haïtienne. Jusqu'à mardi soir, en dépit de la visite d'une délégation haïtienne en terre dominicaine pour négocier, les deux pays n'ont toujours pas trouvé d'accord sur les oeufs et les poulets. Pour faire le point, le ministère des Affaires étrangères invite à une conférence de presse qui se tiendra ce mercredi 19 juin 2013, autour du voyage de la délégation haïtienne en République dominicaine, le lundi 17 juin, en guise de réciprocité diplomatique, dans le cadre de la gestion du dossier de la grippe A(H1N1) par les autorités des deux pays. Les Dominicains réclament la levée pure et simple de l'interdiction pour avancer dans les pourparlers, la partie haïtienne souhaite imposer des garde-fous avant de lever l'interdiction sur les oeufs et les poulets. Dans une tribune publiée dans la presse de son pays, l'ancien président dominicain, Hipólito Mejía, déclare au sujet de la position des autorités haïtiennes que c'est « Une décision politique basée sur une rumeur... une décision qui occulte des intentions malsaines ». Hipólito Mejía ajoute : « L'ingrat oublie avec une rapidité étonnante et apparemment, nous sommes face à un exercice désagréable de manque de reconnaissance. Il y a ceux qui comprennent que les relations sont bonnes quand ils reçoivent des bénéfices tout en oubliant cette phrase immortelle selon laquelle : mains qui donnent espèrent. » « Créer des crises artificielles est une façon d'envenimer les relations sans reconnaître dans l'immédiat leurs limites, mais tôt ou tard, le peuple d'Haïti et les producteurs dominicains sauront ce qui se cache derrière la décision malheureuse de bloquer le passage des aliments vers Haïti», pronostique l'ancien président dominicain. Les propos sont forts mais reflètent le niveau du débat de l'autre côté de la frontière où de gros intérêts économiques sont en jeu. Les Dominicains craignent qu'après les produits avicoles, d'autres produits suivent le même chemin des sanctions. En Haïti, où l'importation est un quotidien sans interrogation pour la population, le débat n'enflamme personne. Des oeufs en provenance de St Domingue ou d'ailleurs, quelle différence ? Pourtant, avec cette affaire d'oeufs et de poulets, l'administration Martelly-Lamothe affronte sa plus grave crise diplomatique. Une crise qui le met face à face à un ami qui nous veut du bien, un peu trop, ce pour le bien de son économie au détriment de la santé de l'économie haïtienne. Au-delà des menaces de représailles, au-delà des dettes contractées par les uns et les autres, cette affaire illustre, s'il était nécessaire, que les relations entre les deux pays sont devenues trop importantes pour rester informelles et sans contrôle. L'échange inégal, comme elle se construit depuis le tremblement de terre du 12 janvier 2010, étouffe Haïti et n'est pas une option soutenable. Personne ne prend le soin de regarder ce qu'Haïti importe, combien elle importe, comment il va pouvoir continuer à payer la facture. La qualité et les bonnes pratiques sont-elles toujours au rendez-vous ? Les forces économiques en République dominicaine et leurs alliés en Haïti doivent voir au-delà de ce qui se passe ces jours-ci. Il est temps que des usines, des unités de production, des investissements dominicains s'installent en Haïti. Plus qu'une affaire d'oeufs, il est temps que l'on prenne un peu plus soin du dindon de la farce qu'est devenue Haïti. Selon Hipólito Mejía, « La résolution de la crise doit être le résultat d'un exercice de bonne foi et d'un protocole d'accord qui fixe les conditions pour que les deux parties soient satisfaites ». Il n'y a pas d'autres options que la recherche des intérêts mutuels dans cette affaire. Les oeufs ne sont pas cuits, ne les cassons pas non plus...
Frantz Duval duval@lenouvelliste.com Twitter:@Frantzduval Auteur

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