Fini les « polis mensonges » !

Publié le 2012-11-09 | Le Nouvelliste

En public, presque tous les coopérants caressent les autorités haïtiennes dans le sens du poil. Mais en privé, dans l’intimité des officines, ils reconnaissent leurs « polis mensonges ». A mots feutrés, en « off absolu », quelques-uns avouent un dilemme : il est difficile de prendre l’opinion publique à témoin des multiples faiblesses techniques de ministères régaliens devenus l’ombre d’eux-mêmes depuis des décennies dans le montage et le suivi de projets. Des « canaux discrets » sont utilisés pour discuter des dysfonctionnements et des solutions, ajoutent ces partenaires, avec, parfois, les mots rassurants d’un arracheur de dents.

Côté haïtien, les rires jaunes, marronnage et griefs à l’égard de coopérants arrogants, suffisants, recycleurs de projets bidon, imbus d’eux-mêmes en dépit de leur ignorance de la réalité du terrain, sont sur une longue liste. Comme des époux infidèles, beaucoup de coopérants et d' autorités haïtiennes vivent leur relation sans coup de gueule à la Charles Aznavour, interprète de la célèbre chanson « Tu te laisses aller ». Si certains sont tentés de crier au cliché, à une approche caricaturale de la coopération, d’autres mettent en avant le maigre bilan de cette coopération, ce, bien avant le séisme du 12 janvier et des milliards de dollars flambés en et au nom d'une Haïti presque abandonnée aujourd'hui qui peine à garder la tête hors de l'eau. Dans ce cas de figure, c’est évident que quelque chose cloche.

Est-ce qu’il faut, face à ce constat, appeler à un changement de cap de la coopération avec plus de responsabilités aux Haïtiens ? Certainement, même si, aujourd’hui, les grands théoriciens, les grands connaisseurs de l’Etat, de son fonctionnement, regardent de loin des amateurs jouer aux connaisseurs, Tèt kale. Il faudra, aussi, pour ce changement de cap, quelques résolutions. Simples, voire simplistes. Celles, par exemple, de dire désormais  la vérité, d’être honnête, même dans la défense d’intérêts à la limite inconciliables, d’être véritablement engagé à travailler à l’amélioration des instruments, des leviers, pour que l’aide publique au développement ou les prêts pour construire des insfrastructures, booster l'économie..., conduisent effectivement au développement.

Les baratins, ça suffit, alors qu’Haïti, en 2012, est toujours sur la liste des financiers, des créanciers internationaux ayant en horreur les insolvables. En dépit du cri du président Martelly pour que le pays ait accès à des crédits importants. Encore acides, les plus libéraux déplorent les démarches étatiques pour l'annulation de la dette externe du pays. Est-ce que ceux qui ont milité en faveur de l’annulation de la dette, proposé d'autres moyens de création et d'accumulation de richesses ont fait fausse route ? Le débat ne risque pas de s'arrêter. D'un autre côté, avec des handicaps aussi importants, comment Haïti peut-elle avoir la chance historique de changer, de progresser, quand elle est  classée parmi les pays les moins compétitifs de la planète ? Pince-sans-rire, Jim Yong Kim, le président de la Banque mondiale, y croit.

Comment Haïti peut-elle changer quand l’exécutif et le Parlement ne comprennent pas la nécessité de s’entendre sur des réformes vitales susceptibles d'aider l’économie ? Comment Haïti peut-elle changer quand les bailleurs de fonds, par respect de certaines normes prudentielles, ne peuvent pas octroyer des prêts au pays pour qu’il finance ses projets ?

Comment peut-elle changer quand le portefeuille d’un de ses gros bailleurs finance des projets -éclatés- dont les impacts sont jusqu’ici assez limités sur la croissance de l’économie ? C’est clair que ce pays devrait déclarer l’état d’urgence pour au moins 20 ans afin d’attaquer de manière structurelle ses problèmes liés à l’environnement, à la production économique. Dans ce cas, est-ce qu'il bénéficierait d'un support efficient des "pays amis", des bailleurs? Certains ont des doutes.

Grand défenseur d’Haïti, selon la ministre de l'Economie et des Finances, le président de la Banque mondiale, en visite en Haïti, a promis que le portefeuille de la Banque augmentera. Il a demandé aux autres bailleurs de ne pas abandonner Haïti.

Youppy ! On attend le G7 +. Le sommet au cours duquel des Etats fragiles, comme Haïti, devront se partager les miettes que les grands, déjà en crise économique, voudront leur laisser. Miam, miam, pour des os, aurait dit un altermondialiste pourfendeur du capitalisme. Entre-temps, comment penser un changement de cap de la coopération sans penser à un changement profond des fondements de l’économie haïtienne exsangue ? Même si cela ne paraît pas évident, ces questions sont liées. L’Etat haïtien sera-t-il également et finalement au service de l’économie ? C’est souhaitable. Quoi qu’on dise, et c’est valable pour tout le monde, il est temps d’arrêter avec les « polis mensonges ». Ce sera salutaire pour tout le monde... 

Roberson Alphonse Auteur

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