Panser et penser Haïti

Edito

Publié le 2012-05-31 | Le Nouvelliste

Des rapports accablants sur Haïti ne manquent pas. Gonflés de qualificatifs, d'épithètes, ils jettent souvent une lumière crue sur nos travers, nos problèmes de gouvernance et la corruption systématisée, gangrène de rêve, dévoreuse d'espoir. Sèchement, comme pour perpétuer la radioscopie de nos malheurs, les services de Hillary Clinton, au Département d'Etat américain, dans le rapport 2011 sur les droits de l'homme, indexent : Haïti est un pays corrompu. Rien de nouveau sous le soleil. Haïti, le mauvais élève de la classe, est presque indifférent au palmarès à la Toto bardé de zéro. On continue à vivre normalement, généreux cependant dans le blâme de Jean-Bertrand Aristide quand il était au pouvoir, de René Préval récemment, et aujourd'hui de Michel Joseph Martelly. C'est eux les corrompus, pas nous, croit-on sur cette île de 27 750 kilomètres carrés. Sectaires, on cloisonne. Difficile d'expliquer aux Blancs que eux, nos présidents, ne sont pas nous et que nous ne sommes pas eux alors que c'est Haïti que l'on épingle; que l'on décoiffe; que l'on blesse. Ces blessures ouvertes drainant le reste de dignité, de courage pour nous réinventer doivent être pansées. Le pansement ne saurait être la négation systématique de nos faiblesses. Au contraire. Cette reconnaissance non arrogante du mal haïtien commande plutôt de l'intelligence. Cette intelligence pour stopper l'auto-flagellation pas sans questionnement de ceux qui nous tendent le miroir reflétant nos laideurs. Dans l'espoir peu t-être que le suicide suivra la passivité et le nihilisme dans lesquels nous nous vautrons. Les motivations de nos donneurs de leçons ne sont-elles pas sujettes à questionnement quand, ancrés dans leurs certitudes, ils affichent un refus de voir Haïti avec d'autres yeux, de traiter avec Haïti autrement, d'assumer leur part de responsabilité dans ce gigantesque bourbier ? Cette interrogation a une résonance particulière à cause de ce qui paraît être une volonté délibéré d'acculer les Haïtiens alors que nombre de « coopérants » sont mouillés jusqu'aux os dans des combines. Grande hypocrisie. C'est effectivement une affaire de grandes personnes; de choix de voir une partie de la réalité qui pend au nez. Si l'establishment politique chez l'Oncle Sam s'accroche à une vision déformée de la réalité haïtienne, de nombreuses personnes, aux Etats-Unis, dénoncent. Comme le Centre global pour le développement basé à Washington, dont un récent rapport interpelle. Ce rapport titré « Haïti : où est allé l'argent ? » souligne l'opacité des ONG, contractants étrangers, et l'absence de résultats tangibles pour des milliards dépensés après le séisme du 12 janvier 2010. Ce rapport recommande aussi que le décaissement des fonds américains alloués à la reconstruction soit conditionné par un rapport favorable de l'Initiative pour la transparence de l'aide internationale, « un médium pour garantir la transparence ». La grande USAID n'est pas au-dessus de soupçons de favoritisme. Cette agence américaine, qui a distribué des miettes aux entreprises haïtiennes, a réservé la part du lion à des firmes du Beltway, souchées, connectées, proches des donateurs et des faiseurs de décisions d'allocation de fonds dans la reconstruction d'Haïti, d'après le CGD. Seulement 1 %, soit 9, 45 millions sur 1 milliard de dollars, a été accordée à des firmes locales pour des contrats tandis que l'Agence américaine pour le développement international (USAID) a consacré 75 % de cette enveloppe pour donner des contrats ayant fait des vagues à des contractants privés, selon ce rapport du Center for Global Development. Qui va demander des comptes à l'USAID? Qui cherchera à comprendre la logique de son action ? Qui demandera pourquoi il n'y a pas eu des actions, des initiatives pérennes pour favoriser effectivement le développement d'Haïti? On ne sait pas. Pour Haïti, la coopération ne sera pas réorientée vers la recherche de l'efficacité. Et la corruption sera toujours le prétexte pour maintenir le statu quo. « Jusqu'ici, les capacités du gouvernement ne seront jamais renforcées si les donateurs continuent de contourner les institutions locales en faveur des ONG », plaide le rapport de CGD, sur fond d'un silence retentissant des autorités haïtiennes après le rapport accablant du Département d'Etat. Sans penser ou repenser la coopération, ses travers, Michel Martelly veut une nouvelle loi d'urgence. Lamothe, de la rapidité dans la passation des marchés publics mais en respectant les exigences de transparence. Est-ce qu'ils se sont inspirés de l'expérience de Préval, celui qui avait fait voter la loi d'urgence ? Cela ne semble pas être la priorité à l'ère du « mache prese » et aussi de la banalisation des accusations de corruption. Après des démentis de la présidence à la suite de l'affaire de corruption supposée, éclatée par la journaliste dominicaine Nuria Piera, c'est le mutisme. On ne sait toujours pas quand le gouvernement Lamothe se prononcera sur le dossier des contrats ayant entaché dans l'opinion l'image de l'ex-Premier ministre Jean-Max Bellerive. Quoi qu'on dise, le pays doit panser ses plaies et penser son avenir. Sans banaliser la corruption....
Roberson Alphonse ralphonse@lenouvelliste.com Auteur

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