Plan National d'Investissements Agricoles

Le lait en Haïti

Après le séisme du 12 janvier 2010, le Ministère de l'Agriculture des Ressources Naturelles et du Développement Rural a élaboré le Plan national d'investissement Agricole. Ce plan est le résultat du travail de synergie entre le Ministère et un ensemble de partenaires représentatifs du secteur agricole haïtien. Ce Plan représente une contribution importante à la mise en oeuvre des grands chantiers définis par le Gouvernement dans le Plan d'Action pour le relèvement et le développement d'Haïti. Aujourd'hui, nous publions le chapitre concernant le secteur de la production et transformation du lait.

Publié le 2010-12-29 | Le Nouvelliste

National -

Pourquoi un programme de production et de transformation du lait ? Saviez-vous que le lait est le deuxième produit alimentaire d'importation après le riz, pour une valeur de plus de 45 millions de dollars US par an? Les animaux d'élevage représentent l'épargne du paysan, son carnet de banque. Le paysan élève des vaches pour la reproduction et ainsi se procurer un revenu. En donnant naissance aux veaux, les vaches produisent aussi du lait. En Haïti, on trouve plus de 500 000 vaches réparties chez environ 250 000 familles paysannes. Si on pouvait recueillir le lait de toutes ces vaches, l'importation de lait ne serait pratiquement plus nécessaire. Le MARNDR a établi un Programme National de Développement de la Production et Transformation du Lait en Haïti pour la période 2009-2013 dont l'objectif est de contribuer à l'amélioration des conditions de vie des petits paysans, tout en veillant à la protection de l'environnement. Ce programme national vise à reconquérir tout ou partie du marché intérieur des produits laitiers, en renforçant un réseau d'entreprises de transformation du lait, offrant ainsi un débouché nouveau, stable et rémunérateur au lait des exploitations agricoles. Le programme vise aussi à augmenter la productivité et à contribuer à la structuration sociale du secteur élevage en appuyant l'émergence et le renforcement des organisations d'éleveurs et de producteurs de lait. Grandes lignes du Programme National de Développement de la Production et de la transformation du lait Le lait et les produits laitiers sont considérés par la majorité des Haïtiens comme essentiels à l'alimentation. Ils sont largement consommés par toutes les couches de la population. Mais, leur niveau de consommation par individu reste inférieur aux recommandations de l'OMS. Dans les grandes zones productrices de lait frais (Cap Haïtien, les Cayes, Léogane), la production local, représente 30 à 45 % de la consommation des ménages, suivi par le lait évaporé (30%) et le lait en poudre (20%). Ailleurs, et en particulier à Port-au-Prince, la consommation en lait frais local est négligeable, car celui-ci n'est pas disponible. Malgré la précarité de la production familiale, la production laitière nationale est aujourd'hui largement compétitive en termes de prix. Un litre de lait frais coûte au consommateur deux à trois fois moins qu'un litre de lait reconstitué à partir de lait en poudre ou de lait évaporé. Aujourd'hui, la contrainte principale de la filière lait en Haïti se situe au niveau de la commercialisation de la production. Le lait frais souffre aussi du manque de système de contrôle qualité, ce qui fait qu'il est trop souvent coupé avec de l'eau avant sa commercialisation. Le lait évaporé (65% des importations) et le lait en poudre présentent de leur côté des avantages en termes de conservation et de facilité d'utilisation. Le programme national prévoit des actions au niveau de l'amélioration de la productivité, transformation, distribution et commercialisation. Le point de départ des activités du programme sera le renforcement et le développement de la capacité de transformation du lait. Ce développement sera centré sur l'extension du réseau existant de micro laiteries, qui sont capables de fabriquer des produits laitiers de longue conservation (et qui ne nécessitent pas de conservation au froid) et qui approvisionnent entre autres le Programme National des Cantines Scolaires. De nouvelles unités de transformation de lait seront créées partout dans le pays, pour produire un lait stérilisé qui peut se conserver 9 mois sans réfrigération, et pour continuer la production de yaourt et de fromage telle qu'elle existe déjà dans quelques régions du pays. A la fin de l'année 2010, 15 petites laiteries fonctionnent régulièrement et offrent un modèle de contrôle du lait produit par les éleveurs dans de bonnes conditions d'hygiène. L'objectif est de construire 10 nouvelles laiteries chaque année, soit 30 laiteries pour les trois années à venir, jusqu'à implanter 150 laiteries à raison d'une laiterie au moins par commune. La mise en place de ces nouvelles unités, leur fonctionnement en réseau et la commercialisation du lait et produits dérivés se fera dans le cadre de partenariats impliquant les producteurs, le secteur privé de la distribution, l'Etat et les universités du pays. Le Ministère de l'Agriculture a déjà établi un partenariat avec La Fédération Nationale des Producteurs de Lait Haïtiens (FENAPWOLA) qui intègre le Réseau « Lèt Agogo », pour soutenir cet acteur principal de la filière. Ce partenariat sera renforcé. En parallèle, l'amélioration de la productivité se fera dans un premier temps par une amélioration de l'alimentation et de l'abreuvement. En région montagneuse, le programme financera la mise à disposition ciblée de terrains pour la production fourragère en système agro-écologique. L'amélioration de la disponibilité fourragère sera importante. Cette composante appui à l'élevage prévoit la diffusion d'une série de techniques de production fourragère qui peuvent s'inscrire dans les pratiques culturales actuelles. Plusieurs de ces techniques entrent d'ailleurs déjà dans la pratique de certaines exploitations. Il faut les vulgariser, tout en y apportant des améliorations. Exemples : Arbres fourragers dans les clôtures et délimitations de parcelles agricoles, arbustes fourragers dans les courbes de niveaux des structures de protection des sols, culture de légumineuses fourragères améliorées en lieu et place des jachères dans la rotation des cultures, culture de fourrages améliorés plus productifs (herbe à éléphant, canne à sucre dans les espaces réservés aux animaux, associations légumineuses / graminées pour augmenter la qualité des rations administrées aux animaux. Il ne s'agira pas de tenter d'instaurer des pâturages sur de grandes surfaces, que ne possède d'ailleurs pas la grande majorité des exploitations, mais d'augmenter, malgré tout, la masse fourragère présente, tout en améliorant la qualité des fourrages disponibles. Le programme prévoit aussi le renforcement des institutions nécessaires au développement de la filière lait. Ces institutions proposeront des solutions techniques adaptées à la problématique nationale de la production, transformation et commercialisation de nouveaux produits laitiers qui auront été mises au point dans le cadre de travaux de recherche-développement. Le coût estimé de ce programme pour les 3 prochaines années est d'environ 6 millions USD.

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