Décès/ Alix Roy/ Séisme

La peinture a perdu l'un de ses rares maillons

Alix Roy, plasticien de renommée internationale et l'un des derniers « maîtres » de la peinture haïtienne n'a pas survécu au séisme du 12 janvier 2010, laissant derrière lui une oeuvre et une vie contrastées, à la fois réussies et effacées

Publié le 2010-04-07 | Le Nouvelliste

National -

Alix Roy était l'un des plus grands peintres des années 70-80 encore vivants. Il ne se montrait jamais, ne laissait presque rien savoir de sa vie, accordait peu ou quasiment pas d'interview, néanmoins, cette victime du 12 janvier - se voulant en dehors du cercle des artistes « engagés » - a réussi à exploiter à fond le pouvoir suggestif des couleurs.. Né le 8 avril 1930 à Port-au-Prince, Alix Roy fait ses études à Saint-Louis de Gonzague. Issu d'une famille haïtienne bien connu, cet artiste aux accents décoratifs et pittoresques a été très tôt initié au dessin et à la peinture de chevalet par de nombreux peintres du Foyer des Arts Plastiques, notamment Luce Turnier, Maurice Borno et Lucien Price. Peintre figuratif et non conventionnel, Alix Roy opte pour les couleurs vives. Il choisit « l'ombre chaude » pour ses toiles riches de contrastes audacieux et d'harmonies douces. A l'observation de nombreux de ses tableaux, on sent la préoccupation de l'artiste pour les techniques de base, notamment la précision du dessin et l'aisance de la touche indiquent son attachement aux règles académiques, bien qu'il soit un adepte de la peinture naïve. « Son dessin est structuré, ne tolérant nulle concession dans l'ensemble de la composition, même quand celle-ci nous paraît souvent manquer d'originalité et favoriser une certaine répétition dans la thématique », écrit Marie Alice Théart. L'artiste était le premier à découvrir le talent de Lumane Casimir. Le célèbre peintre est tombé en admiration un soir devant la vedette euphorique en prestation au Champ-de-Mars. « Ce dernier aurait vendu la mèche auprès de sa tante Lina Mathon Blanchet, musicienne et dénicheuse de talent. Eblouie devant la voix éclatante de Lumane Casimir, elle l'aurait tout de suite intégrée au sein de sa troupe », explique Georges Corvington. En 1956, Alix Roy part pour les Etats-Unis. Il voulait maîtriser les techniques de la peinture de chevalet. Il a vécu en République dominicaine, à Porto Rico, avant de retourner vivre au pays en 1978, d'abord à Petit-Goave puis à Léogâne. En 1993, il habitait à Port-au-Prince à une adresse inconnue de même ses parents les plus proches. Dans ce refuge, Alix Roy a voulu oublier le sens du tragique; des souvenirs aux variantes infinies tirés de son imagination ont alimenté le rythme débordant d'allégresse de ses sujets : la vie quotidienne, l'émerveillement de l'enfance, le fou rire etc. La pertinence de sa vision s'enrichit de faits de société. Artiste humoriste, Alix a bien voulu formuler à travers ses oeuvres des leçons de morale relative à nos tares qui ont fait la force de ses toiles. Avec ses personnages obsèses et bien habillés, beaucoup de poésie se dégage de sa création dont le point fort est le maniement des couleurs. La douceur de ses souvenirs reflète une certaine nostalgie.

Angie Marie Beeline Joseph jbeeline@gmail.com Auteur
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