Samedi 3 décembre 2016









SANTE

Les téléphones portables seraient bénéfiques contre Alzheimer

Des résultats spectaculaires ont été obtenus sur des souris. Mais ils doivent être confirmés.


En pleine polémique sur la possible toxicité des téléphones portables pour la santé, des chercheurs américains jettent un pavé dans la mare. Leurs travaux sur des souris, tout juste publiés dans la revue spécialisée Journal of Alzheimer\'s Disease, suggèrent en effet qu\'une exposition prolongée aux ondes électromagnétiques émises par les téléphones mobiles pourrait prévenir la maladie d\'Alzheimer, et même faire régresser ses lésions. Jusqu\'ici, les téléphones portables avaient plutôt été soupçonnés d\'induire des tumeurs cérébrales. Les résultats obtenus par Gary Arendash, du Centre de recherche sur la maladie d\'Alzheimer de Floride, paraissent spectaculaires, mais ils sont très préliminaires et restent à confirmer, estiment les spécialistes français. Chercheur reconnu dans le domaine de la maladie d\'Alzheimer - il est notamment l\'un des pionniers de la piste vaccinale -, Gary Arendash est parti de l\'hypothèse qu\'un usage intense et prolongé du téléphone portable pouvait être délétère pour le cerveau et en particulier la mémoire. Pour le vérifier, son équipe a mené des expériences chez 96 souris, dont beaucoup étaient génétiquement modifiées pour déclarer une maladie d\'Alzheimer. Deux heures par jour pendant 7 à 9 mois, ces animaux ont été soumis, non pas directement à des téléphones portables, mais à une antenne émettant des ondes électromagnétiques de haute fréquence. À la surprise des chercheurs, les effets de cette exposition - correspondant chez l\'homme à un portable vissé à l\'oreille plusieurs heures par jour pendant des années - ont été bénéfiques. «Une piste intéressante» D\'abord, les souris génétiquement prédisposées à l\'Alzheimer, mais exposées précocement et longtemps, ont été protégées de la maladie. Leurs performances aux tests de mémoire (repérage dans un labyrinthe) se sont révélées comparables à celles d\'animaux sains. Plus étonnant encore, les souris déjà malades ont aussi retrouvé leur mémoire. Et dans leur cerveau, les plaques amyloïdes - l\'une des signatures anatomiques de la maladie - ont régressé. Quant aux souris non génétiquement modifiées, leur mémoire a aussi été boostée par l\'exposition prolongée aux ondes. «Comme nous avons utilisé des paramètres électromagnétiques identiques aux téléphones portables, et que la mémoire de nos souris a été évaluée avec des méthodes comparables aux tests humains, nous pensons que nos résultats peuvent être très pertinents chez l\'homme», souligne Gary Arendash. Selon lui, les effets protecteurs des ondes sur la mémoire pourraient en partie s\'expliquer par une augmentation du débit sanguin dans le cerveau. Pendant les périodes d\'exposition au portable, les chercheurs ont relevé une légère élévation de la température cérébrale chez les cobayes. Ce phénomène, qui aurait peut-être un rôle dans la régression des plaques amyloïdes, a été noté uniquement chez les souris malades, après plusieurs mois d\'expérience. «Les ondes électromagnétiques pourraient représenter un traitement non pharmacologique et non invasif de la maladie d\'Alzheimer», concluent les chercheurs, tout en appelant à la prudence dans l\'extrapolation de leurs découvertes à l\'homme. Face à ces travaux inédits, les spécialistes français restent sur la réserve. «C\'est une piste intéressante, proposée par une équipe sérieuse, mais leurs résultats ont besoin d\'être reproduits», commente le Pr Jean-Jacques Hauw, neuropathologiste à l\'université Pierre-et-Marie-Curie, à Paris. Ainsi, précise-t-il, le modèle animal utilisé par l\'équipe américaine est validé, mais reste éloigné de la maladie d\'Alzheimer humaine. Le Pr Philippe Amouyel (Inserm), qui pilote le volet recherche du plan Alzheimer, est même carrément critique sur la méthodologie. Dans ces expériences, c\'est tout le corps de l\'animal qui est exposé aux ondes, et pas seulement la tête, remarque-t-il. Surtout, «les effectifs de souris sont assez faibles et sont divisés en plusieurs sous-groupes soumis à de nombreux tests. Du coup, certains résultats observés pourraient être le fait du hasard».











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