Connaître nos homes de loi

\"Je choisis mes dossiers par amour\", dit Me Madistin

Au Palais de Justice Connu pour ses qualités de tribun, de procédurier retors, apprécié par la presse pour son articulation, des jeunes pour ses méthodes, des aînés pour son entregent et son respect à leur endroit, Me Samuel Madistin est le prototype de l\'avocat battant qui ne s\'avoue jamais vaincu, qui défend ses convictions avec force, courage, clarté et détermination.

Publié le 2008-12-30 | Le Nouvelliste

National -

Il n\'est pas aisé de présenter Me Samuel Madistin, vu qu\'il a plusieurs cordes à son arc et qu\'il est surtout connu dans le milieu universitaire comme celui qui a fréquenté les facultés tantôt comme étudiant, tantôt comme professeur. Diplômé ingénieur civil à l\'Institut Supérieur Technique d\'Haïti (ISTH), plus connu sous le nom de (Kay Leconte), ses anciens camarades de promotion ne comprennent toujours pas pourquoi Samuel Madistin a abandonné la carrière d\' ingénieur au profit de celle de juriste. Tellement l\'homme avait un avenir prometteur dans cette discipline scientifique. L\'ingénieur Madistin se rappelle encore que pour son premier devoir à l\'ISTH, il a été félicité par celui qui, à l\'époque, était considéré comme le plus grand ingénieur routier du pays, Richard Leconte, qui lui disait : « Madistin, vous avez de l\'aptitude et votre travail me rappelle mes débuts à moi». Fils d\'un pasteur protestant, Samuel Madistin, tout jeune, s\' intéressait à l\'encadrement des plus faibles. Il a développé le goût d\'altruisme. Il a toujours tenté de renforcer ses capacités personnelles de défense de l\'autre. C\'est là qu\'à germer l\'idée d\'étudier le droit. Elevé à L\'Estère, commune réputée pour de graves conflits terriens, il prenait plaisir à aller assister aux assises criminelles tenues aux Gonaives, quand quelqu\'un de sa région se trouvait dans le box des accusés. Me Madistin se souvient que, pour y aller, il devait satisfaire à toutes les injonctions de sa maman (travaux de maison, de jardinage, etc.) aux fins d\'obtenir l\'autorisation d\'aller assister à ces longues séances et d\'obtenir les frais de transport et de nourriture. Me Madistin se rappelle également être tombé sous le charme de Mes Damascène Jean-Charles et Lavoisiser Lamothe qui, au cours de ces assises, représentaient aux Gonaives les vedettes des sessions criminelles. Son amour pour le droit pénal tire sa source, en grande partie, des plaidoiries de qualité de ces avocats. Licencié en droit à l\'école de Droit et des Sciences Economiques des Gonaives, Me Samuel Madistin a suivi la formation d\'initiation à l\'exercice de la profession d\'avocat dispensée, dans le temps, par l\' «Amicale des Juristes ». Il dit regretter que cette institution très utile à la formation pratique des jeunes avocats ait discontinué son programme de formation. C\'est pour lui un tort fait aux jeunes en quête de formation. C\'est à l\' « Amicale des Juristes » qu\'il a lié connaissance avec Kély Tabuteau. Il poursuivra son stage au cabinet de ce dernier où il a appris la rigueur disciplinaire, le goût de la recherche, le sens élevé du devoir, le respect des justiciables. Me Tabuteau représentait à ses yeux l\'un des plus grands procéduriers haïtiens. Il a fait de lui un procédurier retors. Aussi figure-t-il parmi ses modèles. Me Madistin dit appliquer aujourd\'hui dans son cabinet les deux plus grands principes à lui inculqués par Me Tabuteau : accepter un cas non parce qu\'il vous permet de faire de l\'argent, mais parce qu\'il vous plaît et, dans chaque cas, essayer toujours de faire avancer le droit. C\'est aussi à l\' \"Amicale des Juristes\" qu\'il a rencontré Me Pierre C. Labissière. Et les relations d\'hier sont aujourd\'hui empreintes de la valeur de celles de père et fils. Me Madistin est tout bonnement incomparable. Il est l\'avocat qui a une disponibilité jamais prise à défaut pour tout confrère qui a un cas complexe et qui souhaite obtenir un conseil avisé d\'un aîné. Il est le symbole de l\'honnêteté dans le monde de la basoche. Me Madistin retient encore cette leçon de Me Labissière : « Mon fils, exercez la profession dans le respect des règles d\'éthique. Vous ne serez pas riche en argent, mais je vous assure que vous serez riche en honneur, en prestige et en dignité». Après sept ans passés au Cabinet Tabuteau, Me Samuel Madistin ouvrit le cabinet Madistin et Associés en janvier 2007 à Lalue # 195 et garde pour boussole les principes de ses mentors Kely Tabuteau et Pierre C. Labissière. Il dit être marqué par des procès mémorables. En particulier, il se rappelle avoir accepté et plaidé le cas d\'un jeune agent de sécurité, blessé par balles dans le cadre de son travail et frappé depuis de cécité. Révoqué après son rétablissement, il a frappé à la porte de la Société Haïtienne d\'Aide aux Aveugles (SHAA) qui ne pouvait lui venir en aide parce qu\'elle ne fait pas de l\'assistance légale. Référé par la SHAA au Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) ci-devant NCHR, cette institution non plus n\'a pu répondre aux préoccupations du jeune handicapé parce qu\'elle n\'a aucun programme d\'assistance légale. Informé par une militante du réseau de la situation, Me Madistin décide de prendre le cas et de supporter lui-même les frais de procédure. Apparemment, l\'employeur s\'était acquitté de ses obligations légales (préavis, congé et boni) vis-à-vis de l\'agent de sécurité. Ceci ne représentait rien pour l\'agent en raison du fait qu\'il ne gagnait pas gros et des faiblesses de la législation sociale haïtienne. Me Madistin se chargeait de faire avancer le droit dans le cadre de cette affaire. Il s\'en est suivi une plaidoirie au Tribunal du Travail de Port-au-Prince portant sur la responsabilité de l\'employeur en matière d\'accident de travail et le concept d\'indemnité. La condamnation de l\'employeur à verser à l\'agent un montant raisonnable est confirmé par un arrêt de la Cour de cassation de la République. Le jugement a été exécuté et l\'agent refait dignement sa vie à Jacmel, la métropole du Sud-Est. Le deuxième procès qui marque la carrière de l\'homme de loi est celui au cours duquel deux délinquants, accusés de viol sur une dame et son enfant mineure, ont été condamnés à perpétuité. L\'avocat qui représentait la partie civile a fait la promotion de l\'article du Code pénal condamnant et sanctionnant le viol collectif par la prison à vie. C\'est la première fois que des membres de « l\'opération Bagdad » avaient été jugés et condamnés pour un acte de viol. Tout le public y compris des hommes de loi et des magistrats ignoraient que la législation haïtienne punissait si sévèrement le viol collectif. Le troisième procès qui a fait tâche d\'huile dans le milieu est celui opposant le sénateur Roudolph Boulos à l\'Etat Haïtien. Me Madistin dit avoir profité pour populariser le concept de « voie de faits administratif », peu connu du grand public et du monde judiciaire. Il croit que le jugement du tribunal de Première Instance de Fort-Liberté restera dans les annales et marquera un tournant décisif dans la pratique des institutions publiques en Haïti au regard des lois régissant leur fonctionnement et par rapport aux droits des citoyens. La culture générale de Me Madistin est pour lui un atout majeur dans l\'exercice de la profession d\'avocat. En effet, en plus de son diplôme en génie civil et de sa licence en droit, il est licencié en sciences politiques, option relations internationales, à l\'Institut National d\'Administration de gestion et des Hautes etudes Internationales (INAGHEI). Il a fait des études de maîtrise en sciences du développement au Département des Sciences du Développement de la Faculté d\'Ethnologie, en prévention et gestion des conflits internationaux à l\'Institut International d\'Administration publique (IIAP) à Paris, en Droit international du Développement à Rome, Italie. Il a également participé à de nombreux séminaires de formation sur les droits de l\'homme tant en Haïti qu\'à l\'étranger, dont un séminaire de formation de formateurs en Droits Humains à l\'Académie de Versailles (France), un autre sur l\'enseignement des Droits de l\'homme à l\'Université au Centre International pour l\'enseignement des Droits de l\'homme à Strasbourg (France). Auteur d\'un ouvrage sur le rôle du pouvoir législatif dans le fonctionnement moderne de l\'Etat, l\'homme de loi travaille à la publication prochaine d\'un ouvrage portant sur le droit à la liberté d\'expression dans le système interaméricain de protection des Droits de l\'homme. Elu plus jeune député de la circonscription de l\'Estère pour la 45ème législature, le premier secrétaire du bureau d\'âge (à l\'occasion de chaque nouvelle législature, le bureau d\'âge est composé à la Chambre des députés du député le plus âgé comme président, du plus jeune député premier secrétaire et du 2ème plus jeune député comme 2ème secrétaire) a vite marqué les esprits, attiré l\'attention de la presse et du monde politique par son articulation dans ses interventions et la gestion du bureau d\'âge. Le meilleur compliment qu\'il dit avoir reçu pour son passage à la Chambre des députés vient de son illustre aîné, Me Gérard Gourgue, qui lui disait: « Au cours de la 45e législature Samuel perçait sur Madistin. » Elu sénateur de la République (46e législature) Samuel Madestin était le plus jeune Haïtien à siéger au grand corps, si l\'on se réfère à l\'histoire de cette institution jusqu\'à son investiture. Bénéficiant de la confiance de ses pairs, il a été élu vice-président du Sénat de la République au cours de la 46e législature.

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