Assia Djebar élue à l'Académie Française

Assia Djebar a été élue au 2e tour du scrutin, au fauteuil n°5 de l'Académie française, succédant ainsi à Georges Vedel, disparu en 2002.

Publié le 2005-06-28 | Le Nouvelliste

Culture -

L'écrivaine algérienne est la première personnalité maghrébine à être admise parmi les 40 «Immortels» sous la coupole de l'Académie française créée en 1635. C'est aussi la 5e femme à y siéger depuis l'élection de Marguerite Yourcenar en 1981 et la seconde personnalité africaine après Léopold Sédar Senghor en 1983. Faut-il rappeler qu'en 2004, Assia Djebar a été citée pour le prix Nobel de littérature aux côtés de l'Américaine Joyce Carol Oates et de la Danoise Inger Christensen. Auteur prolifique (romans, poésie, nouvelles, essais, théâtre) et réalisatrice, née Fatma-Zohra Imalayene en 1936 à Cherchell, Assia Djebar est la plus célèbre écrivaine algérienne de langue française. Son oeuvre interroge l'Histoire et les destins de femmes dans les sociétés musulmanes. Sa carrière littéraire fut inaugurée en 1957 avec La Soif et Les Impatients en 1958. Réfugiée à Tunis à la fin de la guerre d'Algérie, elle y travaille en qualité de journaliste. Dans Les Enfants du nouveau monde, publié en 1962, Assia Djebar éclaire déjà, à sa manière, la présence des femmes dans la guerre d'Indépendance. En 1965, elle quitte une nouvelle fois l'Algérie pour la France où paraîtra Les Alouettes naïves en 1967. En 1980, elle publie Femmes d'Alger dans leur appartement, et poursuivra une carrière universitaire aux Etats-Unis. Son oeuvre y sera plus connue que dans l'Hexagone. Le prix américain Neustadt lui sera remis en 1996, ainsi que le Prix de la paix, à Francfort en 2000, et en 1999 elle fut élue à l'Académie Royale de littérature de Belgique, au siège de Julien Green Saluée comme la «Françoise Sagan musulmane», elle revendiquera l'écriture comme étant sa vraie patrie : «Le Maghreb a refusé l'écriture. Les femmes n'écrivent pas. Elles brodent, se tatouent, tissent des tapis et se marquent. Ecrire, c'est s'exposer. Si la femme, malgré tout, écrit, elle a le statut des danseuses, c'est-à-dire des femmes légères». Dans son écriture, elle transpose la langue arabe, «ensoleille cette langue de l'ombre qu'est l'arabe des femmes», la met en musique, nous offre un bouquet de senteurs arabes et berbères. Au final, un melting-pot de sentiments exacerbés et de pudeur retenue. En encadré Assia Djebar est professeur à New York University. Née à Cherchel, près d'Alger, elle a connu très jeune le succès en tant que romancière, écrivant son premier roman en pleine guerre d'indépendance. Puis elle consacre une vingtaine d'années à l'enseignement et au cinéma (elle est la première femme cinéaste algérienne). Les grands questionnements sur l'islam, la place de la femme dans la société, mais également le rapport de l'écrivain à la langue, traversent son oeuvre. Elle a reçu le Neustadt International Prize for Literature (l'équivalent américain du prix Nobel). Elle a notamment publié : La Soif (1957), Loin de Médine (1991), Oran, langue morte (1997), Les Nuits de Strasbourg (1997). Vient de paraître : La disparition de la langue française (éditions Albin Michel, 2003).

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