Electricité : ce n’est pas la production qui est subventionnée mais plutôt la commercialisation

Publié le 2017-08-14 | Le Nouvelliste

Economie -

Intervenant à la 8e édition des « Jeudis de Saint-Louis » consacrée au secteur de l’énergie, à l’invitation de la Fondation des Anciens de Saint-Louis de Gonzague (FASLG), l’ingénieur Carl Auguste Boisson, P.D.G. d’E-Power, a entrepris d’apporter quelques précisions sur un sujet très controversé, celui de la subvention que reçoit chaque année l’Electricité d’Haïti (EDH) de l’État haïtien.

« Ce n’est pas la production qui est subventionnée, c’est la commercialisation qui est subventionnée. C’est le déficit de collecte qui pose problème », a lancé Carl Auguste Boisson, allant à contre-courant de l’opinion publique qui tend à faire croire le contraire. « Le problème n’est pas qu’elle paye [l’Ed’h] trop cher mais qu’elle ne collecte pas suffisamment », a soutenu l’ingénieur Boisson qui s’est présenté, avec un brin d’humour, comme un homme de l’électricité après avoir été un homme du pétrole autrefois.

« Pour le mois de juillet 2017, notre tarif tout compris à l’Ed’h était de 15,12 centimes le kwh pour l’énergie que l’Ed’h pouvait revendre à 23 centimes le kwh. Cela fait 53% de marge sur le prix que la compagnie paye à E-Power. Aujourd’hui, E-Power reste et demeure l’usine qui produit l’électricité la moins chère en Haïti », a-t-il avancé avant de clamer haut et fort qu’E-Power est favorable aux énergies renouvelables.

« Ce soir, 7.5 millions d’Haïtiens vont s’endormir dans le noir. Cela est inacceptable », a martelé le P.D.G. d’E-Power voyant là une opportunité d’apporter de l’électricité aux 70% de la population qui n’y a pas encore accès à partir des énergies renouvelables. Or, paradoxalement, si l’on en croit l’ingénieur Boisson, « les plus défavorisés dans notre société en général payent pour ce genre de commodité. Ils paient pour l’électricité, l’eau et très souvent […] ils payent plus cher mais ils payent ».

« Dans les bidonvilles, les gens payent pour l’électricité sans discuter sans sourciller même s’ils n’ont pas eu de l’électricité […] Et, ce qu’ils payent est supérieur et à ce qu’ils auraient payé s’ils étaient clients réguliers de l’Ed’h », a-t-il poursuivi. En outre, 83% des abonnés de l’Ed’h, propriétaires d'un compteur et qui reçoivent une facture, paient ce qu’ils doivent à la compagnie.

« Sur les 7 premiers mois de l’exercice 2016-2017, 83% de ceux qui ont reçu une facture ont payé », a fait savoir Carl Auguste Boisson, qui dit tenir ces statistiques de la publication du Ministère de l’Économie et des Finances (MEF) dans le tableau sur l’électricité publié tous les mois. « Le problème ne vient pas du paiement de la facture mais plutôt de la production des factures puisque seulement 38% de ceux qui auraient dû recevoir une facture l’ont reçue », a précisé l’homme d’affaires tout en encourageant la compagnie étatique à produire plus de factures.

De plus, l’ingénieur Boisson estime qu’au niveau de la production, il existe des opportunités pour diminuer le coût de la production. « Il y a une dizaine d’années, la majeure partie de la production de l’électricité d’Haïti se faisait au diesel. L’Ed’h a commencé à renforcer sa production au mazout et a pu économiser des montants assez substantiels », a déclaré l’entrepreneur confiant qu’avec la seule usine d’E-Power, l’Ed’h a pu économiser entre 20 et 30 millions de dollars par année dépendamment du prix du pétrole.

Cependant, il y a moyen de faire mieux. Sans cadre légal, sans régulation, sans règle du jeu, il n’y aura pas d’investissements. « Aujourd’hui, on a un tarif qui défavorise les industries. C’est le contraire partout ailleurs, le tarif résidentiel est moindre que celui des industries », a pesté l’homme d’affaires, qui pense que nous devons apprendre à rassurer les investisseurs pour qu’ils supportent le développement de ce secteur. « Tout est à faire, c’est une opportunité.», a-t-il conclu.

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