Des soldats de la MINUSTAH abandonnent leurs enfants nés de mères haïtiennes

Au nom de la paternité responsable, le Bureau des avocats internationaux (BAI) a annoncé des recours, par-devant la justice haïtienne, contre des Casques bleus uruguayens et sri-lankais qui ont abandonné leurs enfants nés de mères haïtiennes. Après des démarches sans succès auprès de la mission onusienne en Haïti, ces mères, poussées dans leurs derniers retranchements, ont fait appel à ces avocats pour trouver reconnaissance et assistance pour leurs petits.

Publié le 2016-06-22 | Le Nouvelliste

National -

Trois filles et trois garçons au teint clair et aux cheveux soyeux, âgés entre cinq et dix ans, sont ceux pour lesquels l’avocat Mario Joseph du BAI entend se battre contre les Nations unies. Ces enfants aux traits physiques complètement différents de leurs mères, qui ont des cheveux crépus et une peau noire, sont le fruit d’union libre avec des soldats des contingents uruguayens et sri-lankais déployés dans le pays et qui sont retournés au bercail après le séisme du 12 janvier 2010. Sauf le plus petit, un garçon de cinq ans, dont la mère a été violée par un Uruguayen alors qu’elle avait 17 ans. Une mineure selon la loi haïtienne. Leur histoire et leurs revendications se convergent en plus d’un point. Aimées et larguées par des soldats en mission pendant un temps déterminé, avec pour seule consolation un enfant, elles réclament une assistance économique de l’ONU pour élever dans la dignité leurs enfants. La force onusienne n’a pas toujours ignoré les appels de détresse de ces femmes dans la tourmente ayant à leur charge des enfants abandonnés par les soldats de la paix. « Les responsables de la MINUSTAH dans le Sud m’ont exigé un C.V pour un travail, bien avant ils m’ont demandé d'ouvrir un compte en banque pour effectuer des virements en mon nom. Cependant, il n’y a jamais de boulot et seulement 50 dollars US ont été déposés sur ce compte », se désole *Jocelyne, caressant la joue de son petit. D’un ton ferme et tranchant, Me Mario Joseph affirme qu’il va porter plainte devant le tribunal de première instance de Port-au-Prince pour exiger une reconnaissance de paternité, une pension alimentaire pour ces femmes qui se débrouillent seules pour assurer la survie de leur progéniture. Pour l’homme de loi, ces enfants abandonnés par des soldats de la mission de maintien de la paix des Nations unies en Haïti méritent un bien meilleur sort que ce qui leur a été réservé jusqu’ici. « Tandis que l’ONU prône le respect des droits de l’enfant à travers une convention internationale, elle prive ces petits de tous leurs droits en les abandonnant à leur sort, sans aucune assistance », a-t-il précisé. N’ayant même pas d’acte de naissance leur conférant la nationalité haïtienne, le seul moyen pour eux d’établir leur filiation avec leur père biologique est un test ADN. Après que nous avons entamé des démarches auprès de la MINUSTAH, le responsable du bureau de discipline et conduite a ordonné de procéder à un test d’ADN. Pour lequel test des soldats uruguayens ont été dépêchés en Haïti. Mais, « jusqu'à ce jour, ils nous ont jamais communiqué les résultats, déclare *Jeannine, une mère originaire de Port-Salut. Ils nous ont dit que le test est réussi à près de 97%». *Michela, quant à elle, a reçu l’aide de la mission des Nations unies dès le troisième mois de sa grossesse, juste après le départ définitif du géniteur de son enfant, qui a commandé la base de Léogâne. Ils lui ont coupé les vivres peu après la naissance de sa fille âgée de sept ans à présent. « Ils m’ont refusé l’accès au log-base de Clercine, durant toutes ces années, j’ai dû affronter seule tous les problèmes », déclare-t-elle, regrettant qu’on n’ait pas effectué de test ADN pour sa fille. Décidé à mener cette lutte jusqu’au bout dans l’intérêt de ces familles monoparentales, Me Mario Joseph du BAI a révélé que l’accord de siège signé entre les Nations unies et Haïti sur le statut des opérations de la MINUSTAH dans le pays prévoit ce type de recours en son article 52 qui stipule : «Si une action civile est intentée contre un membre de la MINUSTAH devant un tribunal d’Haïti, notification en est faite immédiatement au représentant spécial, qui fait savoir au tribunal si l’affaire a trait ou non aux fonctions officielles de l’intéressé.» Il prédit, par ailleurs, que ce sera différent du cas des victimes de choléra qui ont porté plainte contre les Nations unies, car il s’agit d’une action civile en réclamation de pension alimentaire. « Avoir des relations amoureuses jusqu’à la naissance d’un enfant, est-ce une affaire relevant des fonctions officielles ou personnelles ? », se demande-t-il avec sarcasme. Et d’ajouter que l’ONU ne pourra pas brandir l’immunité des fonctionnaires cette fois-ci.

Par souci de confidentialité les noms des femmes ont été changés.
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