Restructuration

La réforme du secteur portuaire est-elle imminente ?

Les ports occupent une place de choix dans le commerce international. 85% du commerce mondial se fait par la mer. Les conteneurs qui viennent de l’Asie passent par les Caraïbes et les pays voisins se rendent compte des opportunités et mettent en place des attractions pour capter une part de ce flux commercial. Ces explications fournies par le directeur général de l’APN, Alix Célestin, montrent qu’Haïti est très en retard dans ce domaine. Le port moderne équipé de grues portiques des années 80, dit-il, est dépassé après le tremblement de terre où l’on transporte des marchandises sur des barges flottantes, une situation marginale dans la sous-région caribéenne.

Publié le 2016-05-27 | Le Nouvelliste

Economie -

Haïti est située dans une zone géographique offrant trois façades maritimes, celle de la côte méridionale dans la mer des Antilles, la façade ouest dans le golfe de La Gonâve et celle du Nord dans l'Atlantique. L’Autorité portuaire nationale (APN) implémente des travaux dans les façades, nord et sud, avons-nous appris. Dans le Nord, l’Agence américaine pour le développement international (USAID) finance les travaux de réhabilitation du port international du Cap-Haitien. « Nous sommes à la recherche de financement pour construire un port moderne sur la façade sud à la baie des Flamands. Les travaux ont déjà débuté timidement. La zone Sud mérite un autre port d’envergure », a informé le directeur général de l’APN, Alix Célestin. Selon lui, les bateaux qui viennent du canal de Panama arrivent pratiquement en face de la côte Sud d’Haïti, sans des infrastructures de taille, on risque de ne pas profiter du flux croissant dans le transport dans la zone. Les grands navires commerciaux, dit-il, pourraient bien utiliser le Sud d’Haïti comme port de transit. En s’informant sur les investissements consentis dans la zone Amérique latine et la Caraïbe et l’accroissement du fret maritime, il est évident qu’Haïti doive se mettre au pas à l’horizon 2025. « Sinon, Haïti sera marginalisée dans la zone », a fait savoir le patron de l’APN qui attire l’attention sur les ports de la zone qui vont arriver à saturation en tenant de l’augmentation sans cesse des frets maritimes. « C’est le moment ou jamais pour Haïti de faire valoir ses sites maritimes. Nous nous efforçons de faire comprendre cette philosophie au secteur privé », a insisté Alix Célestin. Le directeur général de l’APN appelle les acteurs qui évoluent dans le secteur portuaire à faire preuve de compréhension dans le processus de modernisation des ports. « Le secteur public ne veut pas nuire aux opérateurs du secteur privé. On veut mettre des balises pour empêcher les dérives. L’APN ne fait que mettre des garde-fous et établir des procédures pour que tout se passe bien », a déclaré Alix Célestin. Cuba vient d’investir 225 millions de dollars dans la construction du port de « Mariel », a indiqué Célestin à titre d’exemple pour Haïti. Ce mégaport est situé à environ 40 kilomètres à l'ouest de La Havane. « Partout, les pays tentent de se mettre à niveau pour capter des investissements et profiter des opportunités qu’offrent les relations commerciales entre les États. Si nous n’arrivons pas à nous mettre ensemble, on risque de perdre des opportunités offertes dans le secteur portuaire », a ajouté le DG de l’APN. Interrogé sur les effets des investissements consentis à l’APN, Alix Célestin explique que ça risque de prendre du temps ou de ne pas être visible tout simplement parce tout marche bien. On verrait les effets par exemple si le port arrivait à fermer ses portes. Tant qu’il fonctionnera, on aura du mal à sentir les effets des investissements. Depuis 2008, l’État haïtien a enclenché un processus de modernisation de certaines institutions. L’APN est concernée par ce processus pour casser sa situation de quasi-monopole, puisqu’elle est à la fois opérateur et régulateur dans le secteur portuaire. Cela cause bien des difficultés ou des incompréhensions avec les opérateurs privés. « La réforme entamée doit arriver à son terme afin de scinder l’APN en deux institutions distinctes. La rédaction des deux avant-projets de loi qui consacrent cette réforme est pratiquement terminée, il ne reste que les procédures habituelles à boucler », a confié le DG de l’APN au Nouvelliste. Quelque peu nostalgique, le DG de l’APN se rappelle que le port de Port-au-Prince était considéré comme un joyau dans la Caraïbe durant les années 80. Des étrangers venant de la Jamaïque, de Cuba ou de la République dominicaine avaient l’habitude de venir visiter le port de Port-au-Prince. « Quand je suis arrivé à la tête de l’APN, nous avons consulté les différents acteurs pour organiser le secteur, je me suis rendu compte que le gouvernement ne pouvait pas répondre, à lui seul, aux investissements que nécessite le secteur pour combler son retard », a expliqué Alix Célestin. Aussi, dit Alix Célestin, avons-nous initié des rencontres à l’étranger à la recherche d’investisseurs capables d’aider le pays à se doter d’infrastructures portuaires modernes. Dans le secteur privé haïtien, la TEVASA qui avait déjà son port en fonctionnement se met en partenariat avec un autre operateur, Bolloré. Le groupe Bigio se met en branle afin d’exploiter un site à Lafito. « Le gouvernement avait bien accueilli la proposition du groupe Bigio. L’APN a accueilli ce projet à bras ouverts. Nous avons accordé l’autorisation pour le démarrage du projet. Cette synergie est prônée et pratiquée par l’APN pour doter le pays d’infrastructures portuaires dignes de ce nom », a declaré Alix Célestin Nous avons eu également, explique le DG de l’APN, un projet à Fort-Liberté mais on l’a abandonné pour des raisons écologiques et le gouvernement, à travers l’Agence américaine pour le développement international (USAID), avait un volet dans ce projet, comme les fonds étaient déjà débloqués, nous avons adressé une demande en faveur du Cap-Haïtien de préférence. « Après étude de faisabilité et analyse, l’agence américaine est tombée d’accord avec notre proposition. Depuis deux ans, nous travaillons avec l’USAID et l’IFC/SFI (Société financière internationale du Groupe de la Banque mondiale) pour réhabiliter le port du Cap-Haïtien. » Alix Célestin estime que les bailleurs de fonds accompagnent Haïti pour raisons diverses. L’une d’entre elles, le réseau logistique, ne peut pas être un maillon faible. La faiblesse d’un seul maillon peut rendre toute la chaîne vulnérable. Ils veulent nous aider, argue-t-il, à offrir une alternative dans la route du transport maritime. « Quant au port de Port-au-Prince, nous avons réussi à mobiliser des fonds pour sa reconstruction, d’ici à la fin du mois de juin, les travaux seront bouclés. Et l’inauguration peut être prévue pour le mois de juillet, » Au quai nord détruit par le séisme du 12 janvier 2010, nous avons appris que les travaux vont bon train. Mais le chef de l’APN nous indique que la plupart des ports des villes de province sont déficitaires (ndlr : à l’exception de celui du Cap-Haïtien qui est un port international), MIragoâne, Saint-Marc, Gonaïves, Petit-Goâve… À Petit-Goâve, l’État récemment a construit le port qui dispose d’infrastructures modernes, d’un quai roll on/roll off. Bientôt une mission de l’APN se rendra à Port-de-Paix et à Fort-Liberté. Il faut trouver un autre site pour le port de Fort-Liberté.

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