Haiti-Rép Dominicaine

Le commerce binational face à ses grands défis

Le ministère du Commerce et le secrétariat technique de la Commission mixte bilatérale ont organisé mercredi un atelier autour d’un rapport sur l’identification des obstacles techniques et barrières non tarifaires au commerce entre la République dominicaine et Haïti. Toute une série d’obstacles à la normalisation du commerce entre les deux pays sont relatés dans l'étude financée par l'Union européenne. Le secteur privé haïtien déplore des relations commerciales asymétriques en faveur de la république voisine qui se ferme au marché haïtien.

Publié le 2016-04-28 | Le Nouvelliste

National -

« Les échanges commerciaux entre les deux pays présentent de nombreux défis, reconnait d’entrée de jeu l'étude réalisée par le Caribean Export Agency. Entre autres défis, la position des entrepreneurs haïtiens vis-à-vis de ce qu’ils qualifient de conditions complexes quant à l’accès de certains produits haïtiens au marché dominicain ainsi que les obstacles tarifaires et barrières non tarifaires auxquelles sont confrontées tant les exportations haïtiennes vers la République dominicaine que celles dominicaines vers Haïti. Ces défis ont produit des tensions entre les opérateurs commerciaux des deux pays, selon le rapport dont Le Nouvelliste a obtenu copie. C’est l’ambassadeur Léon Charles, responsable du secrétariat technique de la Commission mixte bilatérale qui a ouvert cet atelier consacré aux difficultés du marché bilatéral entre Haïti et la République dominicaine. L’étude du Caribean Export Agency a aidé à mieux aborder ce sujet d’actualité entre les deux pays insulaires. « Ce n’est pas tant l’état des lieux qui nous intéresse, nous sommes davantage disposés à passer en revue l’éventail de solutions proposées pour relever les défis ainsi que les actions concrètes à entreprendre », a déclaré l’ambassadeur Léon Charles dans ses propos d’introduction. Selon le secrétaire technique de la Commission mixte bilatérale, cette étude offre le cadrage et la direction nécessaire pour l’harmonisation du commerce bilatéral, la diminution progressive des obstacles et l’ouverture du marché dominicain aux produits haïtiens. « S’il est vrai que la République d’Haïti et la République dominicaine sont deux économies se partageant la même île, soit un territoire de 76 480 km2 et un marché total d’environ 20 millions de consommateurs, les disparités concernant leur développement économique et social révèlent de graves déséquilibres qui se manifestent tant au niveau du flux commercial entre les deux pays qu’au niveau du développement de leurs secteurs productifs », lit-on dans l’étude qui fait état de l’asymétrie dans le commerce binational. L’homme d’affaires Bernard Craan, qui a représenté le forum économique du secteur privé dans cet atelier, a déploré une asymétrie systématique dans le commerce bilatéral. « Une situation renforcée et aggravée depuis le tremblement de terre de 2010. Il y a un problème et c’est ce qui se passe à la frontière qui devient une passoire, a expliqué monsieur Craan. Haïti n’a pas les moyens de contrôler les produits dominicains qui traversent la frontière ». Dans ses propos, Bernard Craae a réitéré le soutien du secteur privé aux mesures prises par l’État haïtien contre les 23 produits dominicains. « C’est une mesure non tarifaire qui a été demandée par le secteur privé et qui est applaudi par les associations patronales », a poursuivi l’homme d’affaires, qui évoque une concurrence déloyale de la république voisine et des questions sanitaires et phytosanitaires. Dans une note parue la semaine écoulée, le Forum économique du secteur privé a allongé la liste des produits que l’État haïtien devrait interdire d’entrer au pays par voie terrestre. Le même exercice proposé par le secrétariat technique de la Commission mixte bilatérale coté haïtien est réalisé en République dominicaine. « Il faudra mettre nos forces ensemble pour aboutir à des solutions cohérentes. Vu que l’effort doit être commun », a fait savoir l’ambassadeur Léon Charles. qui prêche en faveur de la signature d’un accord entre les deux pays pour faciliter spécifiquement les activités commerciales. « Le développement harmonieux et équilibré entre les deux pays passe entre autres par le développement des relations économiques et commerciales afin de pouvoir créer des emplois durables et rééquilibrer le différentiel qui existe entre les deux pays », a dit Vincent Durruty, représentant de l’Union européenne à la rencontre. Insécurité juridique, manque de prévisibilité, déficience en matière d’infrastructure, manque d’information, traitement de statistiques, assurance pour le transport de marchandises, degré de confiance. Les échanges commerciaux entre les deux pays peuvent ainsi se décrire comme une activité commerciale importante et croissante, présentant néanmoins un clair déficit pour Haïti, reconnaît le rapport. En d’autres termes, de même que pour le commerce d’Haïti avec le reste du monde, la relation reste asymétrique. Ce déficit atteint le chiffre de 1 038,93 millions de dollars américains en faveur de la République dominicaine.

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