La peur de dénoncer les auteurs de harcèlement et de viol affaiblit le combat contre ces phénomènes, dixit Marie-Yolène Gilles

Les cas de viol sur les femmes et les filles sont très fréquents ces dernières années au sein de la communauté haïtienne. La plupart des victimes ont porté plainte ou se sont dirigées vers les organisations de défense des droits des femmes, en quête d’assistance ou d’accompagnement pour des poursuites judiciaires contre les agresseurs. Mais nombreuses sont celles qui gardent leur mutisme après avoir été harcelées, abusées, violées. Ce qui constitue un obstacle majeur dans la lutte engagée contre ces actes qui touchent particulièrement les femmes qui évoluent dans le milieu du travail, selon l’assistante-responsable de programme au RNDDH, Marie-Yolène Gilles.

Publié le 2016-03-28 | Le Nouvelliste

National -

« Il y en a qui pensent qu’on se scandalise soi-même si on dénonce l’agresseur quand on subit un acte de viol. C’est faux ! », soutient énergiquement Mme Gilles. La militante des droits humains croit que cette attitude des victimes est de nature à favoriser la répétition continue des cas de viol dans la société. Elle ajoute que les structures qui se donnent pour mission d’accompagner les victimes de ce phénomène ne seront pas en mesure de leur fournir aucune assistance si elles refusent de parler. « Comment accompagner quelqu’un qui, pour des raisons quelconques, se garde de dénoncer son bourreau? », s'interroge Marie-Yolène Gilles. Si les actes de viol commis sur des femmes, sur des adolescentes et même sur des bébés continuent à prendre du champ, c’est particulièrement à cause du comportement de celles qui se laissent emprisonner par la peur de dénoncer les hommes qui les déshonorent. Ainsi, sans qu’elles s’en rendent compte, elles laissent la porte bien ouverte à de multiples autres cas dont les éventuelles victimes pourront être leurs filles. C’est en ces termes que la défenseure des droits humains tente d’attirer l’attention des victimes ou éventuelles victimes d’agression sexuelle sur la nécessité de briser leur silence. Par ailleurs, l’assistante-responsable de programme du RNDDH, qui était l'invitée à l’espace Ayiti kijan sa ye ? sur Magik 9 ce jeudi, évoque l’impunité qui, selon elle, constitue un élément important à considérer, en tant que facteur qui renforce le phénomène. Les bourreaux agissent en toute quiétude. Ils savent, on dirait, qu’ils ne risquent rien après leurs actes malhonnêtes. « Je refuse de croire que les femmes victimes de harcèlement ou de viol dans le milieu du travail se sont tues à cause de la précarité de l’emploi. C’est plutôt parce qu’elles n’ont aucune confiance dans notre système de justice, que souvent elles renoncent à porter plainte. Elles croient, tenant compte de la réalité de l’appareil judiciaire en Haïti, que leur cause est perdue d’avance, ne souhaitant donc pas affronter des personnes d’influence qu’elles assimilent à des « pòt an fè », se considérant elles-mêmes comme des « pòt an bwa », argue-t-elle. Revenant sur le dossier de harcèlement concernant l’ancien directeur de la TNH, le Dr Harisson Ernest, Marie-Yolène Gilles critique ce qu’elle appelle la pratique du « droit de cuissage » au niveau des institutions publiques et privées, en vertu de laquelle des patrons exigent que leurs employées acceptent tout comportement irrespectueux et toutes propositions indécentes de leur part, sous peine de se voir mettre à la porte. Marie-Yolène Gilles rappelle qu’Haïti a signé divers traités et conventions contre toutes formes de discrimination à l’égard des femmes, dont la CEDEF, ratifiée en 1981 et publiée en 1996. Des dispositions selon lesquelles l’Etat haïtien s’engage à combattre tout acte discriminatoire contre une personne sur la base de son sexe.

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