Port-au-Prince/insalubrité

SMCRS inefficace, Port-au-Prince dans la saleté

Port-au-Prince est une ville sale. L’impression est qu’il n’existe aucun service s’assurant du ramassage et de la gestion des déchets. Le Service métropolitain de collecte des résidus solides (SMCRS), tout comme la mairie, peine à s’atteler véritablement à la tâche. Sur les 78 équipements, seulement 6 fonctionnent pour toute la région métropolitaine.

Publié le 2016-03-02 | Le Nouvelliste

National -

À Port-au-Prince, dans certains endroits, petits détaillants et piles d’immondices, dans une déconcertante désinvolture, se côtoient. Au cœur de ce décor, les gens marchent, mangent et vaquent à leurs activités. Presque tous les trottoirs sont squattés par des gagne-petit. Sous un chaud soleil, dans les petits marchés improvisés et grands marchés formels de la capitale, l’odeur pestilentielle qui se dégage couvre la ville. Les citoyens semblent ne guère s’en soucier. Ils s’en accommodent, comme si de rien n’était, dans une incroyable insouciance. À la 1re avenue Bolosse, tout comme à la rue Monseigneur Guilloux, à proximité de l’Hôpital général, des amas de fatras solidifiés dorment depuis des semaines. La situation n’est pas différente dans d’autres artères. La mairie de Port-au-Prince et le SMCRS, en dépit de certains « efforts consentis », laissent transpirer leur incapacité à fournir un travail qui comble les attentes. Ces deux instances, ayant une responsabilité commune par rapport à l’assainissement de la ville, mettent en avant les maigres moyens dont ils disposent dans l’accomplissement de leur tâche. Gérald Pierre Cadet, président de la commission communale de Port-au-Prince, est sans équivoque : « La mairie de Port-au-Prince dispose seulement de deux camions pour le service voirie de l’administration. » À ses yeux, les « mairies sont généralement traitées en parents pauvres dans le pays ». Il regrette que l’État central accorde peu d’importance à ces dernières. Quant aux montagnes de détritus qui jonchent les rues, M. Cadet pense qu’il revient au SMCRS d’œuvrer plus convenablement sur la situation. Pour sa part, Zschea Caze, directrice générale du Service métropolitain de collecte des résidus solides (SMCRS), se dit interpellée par l’état d’insalubrité de la capitale. Ce n’est pas la volonté de travail qui manque, mais une forte faiblesse en matière de ressources matérielles. « Nous sommes confrontés à des difficultés énormes au SMCRS. Les matériels ne sont pas suffisants pour servir à bon escient les citoyens de la capitale », déplore madame Caze, première femme à occuper cette fonction. Pour le moment, le SMCRS n’est pas en mesure de fournir un travail efficace correspondant à sa mission. La quasi-totalité des équipements de travail sont en dysfonctionnement. Sur les 78 matériels, seulement six sont fonctionnels pour toute la région métropolitaine, selon Zschea Caze. Et pour fonctionner, le SMCRS utilise donc les ressources matérielles et humaines du Centre national des équipements (CNE). « Nous sommes obligés de servir avec des outils du CNE en payant également leurs chauffeurs régulièrement, avec plus de 2000 gallons de carburants utilisés au quotidien », a-t-elle dit, depuis son bureau, à Gérald Bataille. Dans un autre registre, outre les faibles moyens de ce service, les employés ne sont pas très bien payés pour ce boulot plutôt difficile. Selon elle, les agents de service sont exposés à de nombreux risques. A la direction du SMCRS, sont exposées plusieurs dizaines de carcasses de matériels de travail classés hors-service depuis des années. L’image interpelle. De nombreux outils, camions-compresseurs, bascules et autres semblent prendre racine au parking. « Le cimetière » est l’appellation attribuée à l’espace. D’après la directrice, le SMCS ne dispose pas d’un service logistique interne devant s’occuper notamment de la réparation des équipements. En ce sens, elle lance un appel aux concernés sur la nécessité de renouveler les stocks de matériels d’intervention sur le terrain. Pour qu’un jour la propreté puisse régner sur la ville, sur cette capitale où tout bouge tout le temps, tout le monde doit mettre la main à la pâte, notamment la mairie de la ville, a laissé entendre Zschea Caze. Il ne revient pas au SMCRS de faire tout le travail. « Le SMCRS s’occupe du ramassage d’ordures. Elles doivent être placées à des points fixes par les agents des mairies », a-t-elle lâché. Pour une Port-au-Prince salubre, l’agent exécutif Gérald Pierre Cadet et la directrice du SMCRS Zschea Caze s’entendent. Ils plaident pour des campagnes de sensibilisation capables d’influer sur les comportements de la population dans la gestion des ordures, mais surtout sur les effets qui en résulteraient… Dans l’intervalle, la réalité étant ce qu’elle est, la ville vit dans ses saletés.

Worlgenson NOEL gensonoel@gmail.com Auteur

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