Crise à l’UEH-Grève du personnel administratif

Crise continue à l’Université d’Etat d’Haïti

Depuis plus d’une semaine, le personnel administratif de l’UEH observe une grève pour exiger au rectorat de meilleures conditions de travail. La plupart des entités de l’Université d’Etat d’Haïti sont quasiment paralysées dans leur fonctionnement. En dépit de la présence remarquée de groupes d’étudiants, rares sont les professeurs qui mettent les pieds dans les espaces facultaires. A la Faculté des sciences humaines (FASCH), comme dans d’autres entités, en plus de l’état malsain du milieu, les salles de cours sont jonchées de détritus, et les toilettes dans un piteux état.

Publié le 2016-02-01 | Le Nouvelliste

National -

Cette grève qui a débuté le 18 janvier en cours est illimitée selon une lettre ouverte acheminée du rectorat par le Syndicat du personnel administratif. Mais, malgré l’entêtement du Conseil exécutif de l’UEH, le personnel administratif veut aller jusqu’au bout de ses revendications. Ces dernières se résument en trois points. D’abord, l’intégration de leurs représentants au Conseil de l’UEH, considérée comme la plus haute instance de ladite institution ; ensuite, le relèvement salarial du personnel administratif ; enfin, l’amélioration des conditions de travail au sein de l’UEH. Réagissant sur la grève, Luné Roc Pierre Louis, professeur au département de communication de la FASCH, critique le Conseil exécutif qu’il dit s’obstiner à ignorer les désidératas du personnel administratif. « Ce Conseil est indigne de l'UEH. C’est l'ennemi de la nation haïtienne. Il agit sans la moindre transparence dans une gestion-ambulance, une gouvernance-pompier», fustige le professeur Pierre Louis, docteur en communication et information. Pour lui, les étudiants représentent les perdants directs de cette grève. Interrogés sur la crise, des étudiants n’ont pas manqué d’exprimer leurs frustrations et leur mécontentement. « L’université fonctionne à l’image du pays dans son ensemble », affirme un étudiant de l’Institut national d'administration, de gestion et des hautes études internationales (INAGHEI), visiblement mécontent. « Le problème de l’Université résulte du fait qu’il n’existe pas réellement un projet de réforme qui charrie toutes les revendications de chacun des différents acteurs », estime Désil Pierre, coordonnateur général de l’Association haïtienne des étudiants en communication sociale. Pour lui, c’est la prédominance d’un véritable dialogue de sourds entre les éléments de la crise. Conscient du fait que les étudiants seront toujours les principaux perdants, M. Pierre exhorte les associations d’étudiants à une dynamique d’échanges pour pouvoir défendre leurs intérêts. De ce fait, les affaires académiques sont pratiquement paralysées. « C’est un problème excessivement grave. Je ne peux même pas accéder à la bibliothèque de ma fac », déplore, de son côté, Manoël Milfort, étudiant en 3e année en géographie à l’Institut supérieur d’études et de recherches en sciences sociales (ISERSS/IERAH). En revanche, pour Jaude Oméus, étudiant en anthropo/sociologie à la Faculté d’ethnologie, la grève du personnel est juste. Mais le personnel a frappé par surprise. «Il n’y avait aucune entente avec les étudiants pour soutenir volontairement le mouvement », a-t-il regretté. Il faut souligner qu’il ne se passe guère désormais une année sans une crise au sein des entités de l’UEH ou du rectoral de l’Université d’État d'Haïti. Toujours en constantes revendications, pour la plupart exprimées sur fond de colère, de frustrations et de heurts. Ainsi, pour Dolph Désir, étudiant en travail social, il s’agit d’un manque de volonté de la part des autorités de l’université. « La question de l’ajustement de la grille salariale est, depuis très longtemps, au centre des revendications du personnel, mais le problème reste entier », a-t-il déploré. Contrairement aux autres, la faculté de droit et des sciences économiques semble fonctionner normalement. Les étudiants viennent suivre les cours avec des professeurs. Les portes de la bibliothèque, du secrétariat et du décanat restent ouvertes. Et bien qu’ils fassent acte de présence à l’espace, les membres du personnel administratif ne travaillent pas, nous a confié l’un d’entre eux. Visiblement, la FDSE n’est pas trop affectée par la grève. Mais ce n’est donc pas le cas pour l’Ecole normale supérieure ainsi que la faculté de Médecine et de pharmacie, étant foncièrement affectées par la grève. La plupart des étudiants présents à ces espaces, qu’ils en paient les pots cassés, appuient le mouvement du personnel administratif, d’après leurs dires. Dans un communiqué en date du 20 janvier, le rectorat de l’UEH informe qu’une résolution liée à la question d’intégration a été votée par le Conseil de l'Université, sans la définition des modalités. Pour l’ajustement salarial, le rectorat avoue son incapacité à entreprendre de nouvelles démarches pour trouver des fonds auprès des instances compétentes, en raison de l’impossibilité d’appliquer la grille salariale proposée depuis le 7 octobre 2015 par une commission ad hoc. Et pour ce qui concerne l’amélioration des conditions de travail, le rectorat ne fait qu’encourager les décanats des différentes entités à mettre, au service des employés, les autobus disponibles. À un moment où l’UEH est, elle-même, empétrée dans un imbroglio électoral, le risque de voir la grève se perpétuer semble évident. Deux journées de marche pacifique ont d’ailleurs été organisées par le syndicat du personnel administratif de l’UEH, les jeudi 28 et vendredi 29 janvier 2016.

Réagir à cet article