L’Institut médico-légal de nouveau en dysfonctionnement

Deux mois après sa relance, les activités de l’Institut médico-légal(IML) sont complètement paralysées. La cause? Les deux voies qui y donnent accès sont obstruées. Depuis le 25 septembre 2015, le mur d’enceinte donnant l’accès à l’Institut par la rue Oswald Durand a été détruit, et l’entrée a été obstruée complètement par la firme assurant la reconstruction de la faculté de médecine. Le personnel se trouve dans l’impossibilité de pénétrer dans les locaux de cette institution, a avisé le directeur dans une note publique.

Publié le 2015-10-09 | Le Nouvelliste

National -

A la rue Oswald Durant, entre la Faculté de médecine et de pharmacie (FMP) et la Faculté de droit et des sciences économiques (FDSE), ne cherchez plus l’accès principal de l’Institut médico-légal à cette adresse. Il n’existe plus. Depuis le 25 septembre, deux conteneurs posés contre la barrière condamnent cette entrée. Logé au sein de l’Hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti(HUEH), l’accès de l'Institut débouchant sur la rue St-Honoré est aussi bloqué depuis plus de trois ans. Deux conteneurs réfrigérés servant à conserver des cadavres en putréfaction obstruent le passage. C’est en effet la situation de l’IML; son personnel se trouve, depuis le 25 septembre, dans l’impossibilité de pénétrer dans les locaux de cette institution. Les cinq autopsies qui devaient se réaliser cette semaine sont reportées sine die. Et les formations pour les nouveaux cadres sont suspendues. Dans un avis publié en date du 30 septembre 2015, la direction de l’Institut médico-légal (IML) a avisé les parquets, les tribunaux, la Police nationale d’Haïti et le public en général que l’institut médico-légal est en dysfonctionnement. Le directeur de l’IML, Jean Armel Demorcy, en état de désolation, explique que ce dysfonctionnement est dû à l’obstruction de l’accès principal de l’ILM. La firme chargée de reconstruire la Faculté de médecine et de pharmacie de l’Université d’État d’Haïti a détruit le mur d’enceinte donnant l’accès à l’Institut, et l’entrée a été obstruée complètement. « En dépit de l’autorisation du décanat de la FMP, la firme a décidé un beau matin de détruire le passage », a-t-il expliqué, arguant que l’accord trouvé ente le décanat de la faculté de médecine de permettre aux autorités de créer un passage par la faculté se trouvant au dos de l’HUEH était l’un des accords favorisant la relance de l’IML en juillet dernier. Dédouanant le décanat de toute responsabilité, le Dr Demorcy fait savoir que le décanat l’avait informé de cette décision deux mois à l’avance. « Selon ce qu’on m’a expliqué, ne plus utiliser cette espace exigerait une autre planification. Et une autre planification demanderait du temps. Et la firme a un délai pour remettre les chantiers », a avancé le Dr Demorcy relatant que l’USAID qui finance la reconstruction avait expliqué qu’il ne prendrait pas sur son compte les frais des retards accumulés dans la reconstruction. Aussitôt informé, le directeur de l’IML dit adresser formellement une lettre au ministère de la Justice et de la Sécurité publique et au ministère de la Santé publique et de la Population( les deux ministères de tutelle) les informant de la situation. « Le ministère de la Santé et celui de la Justice étaient incapables de s’asseoir avec le décanat de la FMP, des firmes de construction et l’USAID qui finance les deux constructions pour trouver une solution », a déploré le Dr Demorcy. « L’Etat est tellement faible, il ne peut même pas négocier ceci », a-t-il ajouté non pas sans mépris. Le journal a essayé de joindre le ministre de la Justice et le directeur général du MSPP, le Dr Georges Dubuche, mais toutes ses tentatives se sont révélées vaines. Selon le directeur de l’IML, les autorités de ce ministère ne leur garantissent rien. « On verra ce qu’on peut faire », est leur réponse. « C’est révoltant, quand on sait que cet institut sert la justice », a-t-il martelé. Le pire, on ne sait pas quand cette situation sera débloquée. « On comprend cette situation parce que l’Etat perd le contrôle sur ces institutions. Cet état de fait traduit la faiblesse et l’échec de l’Etat », a-t-il ajouté, estimant que l’IML, une institution aussi importante pour la société, est reléguée au second plan. De 2002, la date de son inauguration, à nos jours, aucune loi garantissant son fonctionnement n’est votée. Le Dr Demorcy rappelle que, 10 ans après, c’est grâce aux pressions de la communauté internationale, des organisations de la société civile et des droits humains qu’un arrêté a été pris plaçant l’IML sous la double tutelle du ministre de la Justice et de la Santé publique. « Les mentalités n’évoluent pas. Ils ne comprennent pas jusqu’à présent la nécessité de faire fonctionner cette institution », a déploré le directeur de l’IML, qui croit qu’en plein XXIe siècle on ne peut pas faire de l’aveu la reine des preuves. Appelé à appuyer la justice, l'Institut médico-légal a pour mission d’accompagner la Police nationale d’Haïti (PNH) et la justice dans la réalisation des enquêtes et dans l’évaluation des dommages nécessitant une expertise médico-légale ; d’œuvrer à faciliter l’accès au certificat pour coups et blessures et d’agression sexuelle et à toutes les victimes de violence. Il a également pour mission de générer et de collecter pour le système judiciaire haïtien en toute impartialité des informations réelles, objectives et scientifiques découlant des cas de violence sur les personnes vivantes ou décédées.

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