Vendredi 9 décembre 2016









EDITORIAL

Qui sonnera la cloche ?


En revendiquant la capture du fugitif Clifford Brandt et compagnie, les autorités dominicaines ont désapprouvé le gouvernement haïtien qui battait la grosse caisse sur l’efficacité de l’opération de la Police nationale d’Haïti à l’encontre des fugitifs. L’ambassadeur dominicain accrédité à Port-au-Prince et toute la presse de la république voisine ont confirmé que l’armée dominicaine a procédé à l’arrestation des quatre évadés de prison en territoire dominicain. Pourquoi mettre sur le compte de l’institution policière une action qu’elle n’a pas conduite ? Au moment où le Premier ministre donnait la conférence de presse, au siège de la Primature, pour vanter les prouesses des unités spécialisées de la PNH, l’armée dominicaine ramena Clifford Brandt par hélicoptère sur les pistes de l’aéroport international Toussaint Louverture. S’agit-il d’une fuite en avant de Laurent Lamothe par émotion, ou d’une absence d’information entourant la capture de Clifford Brandt de l’autre côté de la frontière ? En aucun cas, le gouvernement dominicain ne saurait garder le silence sur cet événement qui a fait le tour du monde. La culture démocratique de ce pays, depuis plusieurs décennies, oblige le gouvernement à donner la version des faits quand les circonstances l’exigent. En Haïti, la presse- aussi bien que la population- sera de plus en plus sceptique sur la véracité des faits qui seront rapportés par les autorités haïtiennes. Qu’est-ce qui empêche le gouvernement de s’excuser autour de cet événement, étant donné que les autorités dominicaines ont fait toute la lumière sur l’arrestation des fugitifs ? L’évasion de dimanche allonge la liste des actes perpétrés dans le pays en raison de la mauvaise gouvernance depuis plus d’une vingtaine d’années. Quand ce n’est pas une opération de gangs armés qui tuent, kidnappent et rendent la vie de paisibles citoyens difficile, c’est une bataille électorale entre les partisans du gouvernement et ceux de l’opposition pour la conquête du pouvoir afin de consolider la mission onusienne dans le pays. Dix ans de tutelle des soldats étrangers sur le sol national, aucun parti politique ni regroupement de partis politiques qui s’entre-déchirent pour le contrôle des espaces de pouvoir n’ont jusqu’à présent proposé à la population un programme de gouvernement contenant les voies et moyens d’entrer dans la bonne gouvernance et hâter le départ de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH). L’incapacité de ceux qui nous gouvernent et la faiblesse des institutions qui constituent la charpente de l’Etat laissent présager un avenir non prometteur pour ce pays, si aucune initiative d’envergure ne pointe à l’horizon à travers un mouvement collectif porteur d’une vision nationaliste et imprégné d’une idéologie pour le plus grand bien du plus grand nombre. Mis à part les prouesses des Preux de 1804 pour nous léguer cette terre que nous avons galvaudée par nos querelles intestines, nous avons raté tous les grands rendez-vous de l’histoire. Ce ne sont pas les paysans qui sont la cause de nos malheurs ; ce ne sont non plus les travailleurs ni les hommes d’affaires, mais les hommes politiques dans leur quête du pouvoir, de la jouissance des privilèges. Qui pourra s’élever à la dimension des défis que nous avons pour obligation de relever ? Lemoine Bonneau lbonneau@lenouvelliste.com











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