Vendredi 9 décembre 2016









IDEES ET OPINIONS

Monsieur Langlois, du vodou haïtien et du catholicisme importé, qui est le chat ? qui est la souris ? (1)

À travers les chemins d’Ayiti, Terre où le sang n’aurait jamais dû couler, on change de dimension. Par la main armée des soi-disant représentants de Dieu, le sang des Rouges a souillé le territoire des Esprits. Ainsi, les Indiens se sont laissé mourir. Depuis, l’âme de ce territoire réclame la liberté sous toutes ses formes.


La tradition, depuis l’éternité, a toujours fait allusion à un grand esprit remplissant l’univers. Il est l’Alpha et l’Omega, le commencement et la fin, le questionnement et la solution, l’absolu et la vérité. Les ténèbres sont tenaces, opaques, profondes et enveloppent tout. Les ténèbres enchevêtrent de ses lianes d’ignorance la pensée humaine aspirant à la connaissance. La lumière chasse les ténèbres. La lumière interpelle le divin en nous. Dieu n’a pas de visage. Il ne porte pas de masque. Il est invisible. Il est intangible. Il est omniprésent. Il est omnipotent et intemporel. Il n’a pas de religion. Il n’a pas d’église. Son temple de lumière s’étend à l’univers infini. Aucune institution religieuse. Aucun peuple. Personne n’est capable de porter ou livrer la vérité de Dieu. Elle demeurera éternellement un véritable mystère et son accessibilité se trouve seulement en soi. Le Grand Maître est un et indivisible. Par conséquent, il est présent dans toutes les religions. « L'étymologie du terme « religion » demeure flottante et controversée : une origine latine qui renvoie tantôt au verbe « religar » signifiant lier, relier, unir, tantôt au verbe « religere » signifiant recueillir, observer, respecter. De toute manière, la religion implique la pratique d'un culte lié à des observances, des rituels et la valorisation d'un être suprême ou de plusieurs divinités considérées comme les gestionnaires de l'univers visible et d'un arrière-monde saturé d'évènements mystérieux et de problèmes complexes indéchiffrables. La religion surgit alors comme une essentielle manifestation culturelle face au désarroi de l'être humain interpellé par une panoplie d'épreuves tout au long de son existence jusqu'au terrible aboutissement fatidique qu'est la mort. » Tiré de Yon pye anndan, yon pye deyò par Savannah Savary, publié au journal Le Nouvelliste le 13 octobre 2011. La religion issue du Vatican serait-elle un grand complot de l’histoire qui ait réussi ? Si pour la majorité, les croyances naissent paradoxalement du doute, des inquiétudes, de l'angoisse, de la peur des humains face à l'inconnu et aux nombreux mystères de l'univers, si pour certains les convictions religieuses sont inculquées dès l’enfance par l’enseignement des dogmes, la compréhension de la dimension spirituelle à un niveau exceptionnel dépend des expériences vécues entre les mondes visible et invisible. Progressivement, le champ des croyances s'est étendu immensément pour recouvrir les différentes activités de l'homme dans ses relations avec l'environnement, l'espace, l'ensemble des êtres et des choses. Dans cette perspective, les croyances constituent la base fondamentale des pratiques instrumentales aussi bien des structures idéologiques que des civilisations dont l'objectif primordial vise à la fois la gestion d'un territoire, le contrôle des relations sociales, l'appropriation des richesses, la domination intellectuelle, technologique, scientifique des autres, le commun des mortels, les simples âmes, jusqu'à instituer finalement la suprême hégémonie d'une culture au détriment de toutes les autres. Constantin et l’Église catholique romaine Au début de la chrétienté, la majorité de la population occidentale habite les campagnes, possède très peu de connaissances des doctrines du christianisme originellement issu de l’Empire Romain et diffusé d’abord aux élites patriciennes puis aux habitants des villes. L’adoration du Christ est alors le prolongement de formes d’hénothéismes, religion polythéiste avec un dieu dominant, culte de dieux sortis de leur contexte tels Hercule et Apollon. Dans l’Empire, les premiers chrétiens partent en campagne pour « convertir » la majorité constituée de paysans conservateurs, attachés à leur terre, à toutes leurs légendes, cultes, croyances et traditions gréco-romaines en osmose avec la nature, relevant d’un certain panthéisme. Dans leurs campagnes d’évangélisation, ces soldats d’un certain Christ, ennemis des cultes traditionnels, désignent sous les termes gentes, païens, avec une connotation vulgaire et péjorative, ceux qui ne sont pas baptisés donc tenus pour ignorants, pratiquant les cultes polythéistes anciens non chrétiens. L’appellation « paganisme » renvoie au latin et désigne dès le IV ème siècle après Jésus-Christ, la religion de ceux qui ne sont ni chrétiens, ni juifs. Ce sont les ennemis à combattre. Les empereurs romains des III ème et IV ème siècles ne différaient pas des hommes politiques d’aujourd’hui, leur attitude générale s’adaptant aux particularités et tendances religieuses du moment pour donner une odeur de religion à leurs actes. Leurs croyances et sentiments religieux souvent superficiels s’affirmaient pour donner prééminence à la religion devant la nécessité d’une stratégie politique. Quatrième empereur romain, Flavius Valerius Aurelius Constantinus, fin connaisseur de son époque, n’a pas dérogé à ces méthodes traditionnelles de gestion du peuple par le biais des croyances. Les institutions d’État périclitant, les dieux romains sur le déclin n’étant plus en mesure de patronner sa souveraineté, il imposa la croix sur toutes les terres conquises et maintenues sous sa férule. Ce coup de fouet injecterait un souffle nouveau, énergique, dans la machine impériale. La religion fondée sur l’enseignement des apôtres et disciples de Jésus-Christ bien que corrompue et frappée d’apostasie, constituait une force utilisable pour redynamiser, lier son peuple afin de consolider sa domination. Le christianisme et ses branlantes assises deviendraient un pilier à ses avidités de gouvernance. Ses sujets embrasseraient une religion « catholique », « universelle ». Il utiliserait les coutumes et célébrations païennes ancestrales en les revêtant d’aubes « chrétiennes ». Son personnel de support se constituerait de membres d’un clergé « chrétien » qui jouiraient des pouvoirs, statuts, avantages, salaires et gratifications jusque-là réservés aux prêtres païens. La tendance du plus grand nombre serait retenue, instituée comme la référence en lieu et place de la vérité doctrinale. Toute voix dissidente serait éteinte par la manière forte pour atteindre une harmonie religieuse nécessaire à ses hautes ambitions politiques. L’Église « chrétienne » éclatée par des divergences dogmatiques lui offrit l’opportunité de s’imposer en tant que médiateur sous le manteau éblouissant d’envoyé de Dieu. L’avantage de cette tolérance envers le christianisme résidait probablement dans la possibilité de gérer les orientations de l’Église dans ses tendances orthodoxes ou hétérodoxes. Stratège exceptionnel, Constantin utilisa la carte spirituelle pour lancer son entreprise de domination. Sa conversion au catholicisme serait due à un phénomène mystique. 312. Vainqueur de Maxence, il remporte la bataille du pont Milvius après une révélation sous forme du chrisme, signe ambigu formé des lettres grecques Khi et Rho, dans le ciel lors de son passage au temple d’Apollon de Granum et devenu emblème de la chrétienté combattante. Les causes réelles de sa conversion appartiennent à ces pages de l’Histoire à jamais calfeutrées par la pénombre éternelle. Manifestement, Constantin a compris que par l’imposition d’une religion unique, le choix du catholicisme en tant que cheval de bataille et redéfini pour les besoins de la cause, il installait des balises pour contenir tous ses sujets, s’assurait d’un outil puissant pour la vassalité des populations sous sa botte. 313. La lettre de Constantin légalise le christianisme. 315. Constantin I er prend le nom de Constantin le Grand. Ce titre glorieux lui revient plus pour ses réalisations que pour ses valeurs personnelles. Il est l’architecte du catholicisme romain, une version du christianisme taillée selon les besoins de l’Empire ne pouvant plus se satisfaire de la pseudo-autonomie des provinces et cités baignant dans une diversité de croyances. Une religion, façonnée pour un contrôle accru des peuples rendu très difficile par les grandes étendues du royaume et la précarité des communications, est impérative. La religion devient une organisation de support, constituée parallèlement au pouvoir politique, une nécessité pour la survie de l’institution impériale, régime à visée totalitaire, politique et religieuse. 324. Constantin transforme en nouvelle Rome la cité de Byzance. Elle sera connue désormais sous le nom de Constantinople. Sa conversion à la chrétienté l’investit du pouvoir divin pour gouverner l’Empire. Parmi les symboles de son hégémonie figurent la monnaie de l’époque montrant une main sortant du ciel qui lui tend une couronne, son magnifique palais de Constantinople construit telle une église. Il se dit apôtre égal aux apôtres du Christ, porte le titre d’isopostole et affirme : « La providence divine agit de concert avec moi. » Son audace est sans borne, il dépasse même les choisis de Jésus-Christ car ni Pierre ni Paul n’ont jamais prétendu que leur parole est la parole de Dieu. Ses agissements sont ceux d’un évêque lors du Concile de Nicée convoqué par ses soins. Débats religieux acharnés. Échanges de positions divergentes. Le politicien païen tranche après deux mois d’échanges. Jésus était Dieu. L’Encyclopœdia Britannica déclare: « Ce fut Constantin qui présida. Il dirigea activement les discussions... Intimidés par l’empereur, les évêques, à l’exception de deux, signèrent le Credo, ce que beaucoup firent contre leur gré. » Si Constantin ne saisissait absolument rien de la théologie grecque, n’était absolument pas en mesure de répondre aux questionnements d’ordre religieux, il comprenait que la division religieuse était une menace pour son empire. Seul primait pour l’empereur indifférent aux questions doctrinales, le rétablissement de l’unité dans l’Église à n’importe quel prix. Déterminé à consolider sa domination, convaincu de sa qualité d’évêque du dehors, il détenait le pouvoir d’imposer en matière de religion. Il est inconcevable que l’esprit de Dieu ait guidé les décisions arrêtées dans le document final rédigé à Nicée sous sa direction. Représentant du Grand Dieu sur terre. Son intelligence reflète l’intelligence suprême. Le faste extraordinaire dont il s’entoure exalte la fonction impériale et constitue un écrin parfait pour exercer une autorité unilatérale dans les décisions religieuses. Religion chrétienne et romanité sont irrémédiablement liées. Constantin est récipiendaire d’une mission pour guider les chrétiens vers le salut et la foi. Dieu sert le pouvoir de Rome. Rome utilise Dieu dans un césaropapisme extrême, où pouvoirs politique et religieux, bien que séparés, sont indissociables puisque le détenteur du pouvoir politique, considéré mandataire de Dieu, s’investit de la nature épiscopale et exerce son autorité sur l'Église. La sphère législative et théologique de l’Église est envahie par ce serviteur de Dieu, image de fils de Dieu, maître de l’univers. La conversion du souverain va conditionner le fondement de la future Europe chrétienne et accouche dans le cours des siècles d’un nouveau catholicisme répandu à l’échelle mondiale. Le christianisme devenu religion d’État marque le début de l’Empire romain chrétien, le pouvoir grandissant de la religion sur le politique. Le Concile de Nicée réorganise l’Église, reconnait la divinité du Christ et tente d’invalider l’hérésie arienne. Constantin souhaite assurer par tous les moyens, de la conciliation à la condamnation, l'unité de l'Église devenu un rouage de l'État, un des principaux soutiens du pouvoir. Le christianisme n’a pas triomphé parce qu’il est la vérité. Il a réussi par le mérite immense de savoir s’organiser. La chrétienté n’a pas sauvé l’empire romain ou la romanité, elle se l’est appropriée pour l’instrumentaliser et arriver à ses fins. Les hauts dignitaires de l’Église apostate furent mis à rude épreuve lorsque l’Empereur entreprit d’« acheter » leurs faveurs avec des positions honorifiques, avantageuses, influentes, en tant qu’officiers de la religion d’État. Il réussit de manière spectaculaire. Assez pour que certains évêques rendus aveugles par les fastes de sa cour l’acclament. Ange de Dieu. Être sacré. Fils de Dieu. Malheureusement l’autoritarisme, tendance néfaste hérité de Constantin, constitue un des caractères de l’Église catholique. Les biblistes Henderson et Buck disent : « La simplicité de l’Évangile était corrompue, des rites et des cérémonies pompeuses faisaient leur apparition, les honneurs et les gratifications pécuniaires de ce monde étaient accordés aux enseignants du christianisme, et le Royaume du Christ était pour l’essentiel converti en royaume de ce monde. » Le baptême tardif de Constantin sur son lit de mort par le chef des ariens, Eusèbe de Nicomédie, permet de déduire que l’empereur croyait certainement arriver à l’obtention d’un pouvoir suprême quasi divin en menant sa démarche. Appropriation du christianisme. Modelage en un catholicisme sur mesure. Interprétation de la parole divine. Dogmes. Imposition d’une église unique sous ses ordres et régulatrice des mœurs. Sa foi chrétienne ne portait pas de fondations assez solides pour accorder de l’importance à l’aspect divin de l’affaire et se laisser baptiser comme le Christ. Le culte du soleil figurant sur ses monnaies et pratiqué jusqu’à sa mort, ses sacrifices à Zeus, sont des exemples de la manière dont il pratiquait conjointement catholicisme et paganisme. Aussi en sa qualité de Pontifex Maximus, chef de la religion de l’Empire romain, titre porté jusque dans son cercueil, son appropriation du culte païen permettait qu’il lui accorde toute sa protection. L’historien Herbert Fisher affirme dans son « Histoire de l’Europe » que Constantin ne jouissait pas d’une personnalité chrétienne. Les sentiments irrationnels l’animant tout au long de son règne le poussèrent à d’effroyables aboutissements indignes d’un vrai chrétien, tels les exécutions en série de ses amis et collaborateurs. Dans « Histoire du Moyen Âge », nous pouvons lire : « L’exécution, pour ne pas dire le meurtre de son propre fils et de sa femme indique qu’il était resté strictement imperméable à toute influence spirituelle du christianisme. » L’esprit saint de Dieu. Amour. Paix. Joie. Bienveillance. Douceur. Bonté. Foi. Maîtrise de soi. Patience. Tolérance. Ces caractéristiques d’un prophète ou d’un vrai chrétien ne semblent pas honorer la couronne du fondateur de l’Église catholique romaine. Le gouvernement de Constantin déversa sur le catholicisme ses bonnes grâces. Ce christianisme apostat s’éloigna des enseignements de Jésus-Christ. Au fur et à mesure de son intégration dans le monde et le système séculier, il fusionna avec des pratiques et doctrines fausses, absolument étrangères à sa substance originelle. Immortalité de l’âme. Purgatoire. Enfer de feu. Prières pour les morts. Le chapelet. Statues de saints. Icônes. La Trinité et d’autres. Le christianisme d’amour est devenu une religion punitive, répressive, obscure, exclusive et se proclamant de surcroît unique détentrice du salut de l’humanité entière. Elle s’applique alors à gagner le monde et ses richesses par l’établissement d’une hégémonie difficilement réalisable à l’échelle planétaire mais imposée dans les pays aux populations considérées moins « avancées », dotés de gouvernements assujettis. La recherche de l’hégémonie suprême à un niveau quasi universel par l’Église Catholique Romaine Cette suprême hégémonie recherchée par l’Église Catholique Romaine implique la mise en œuvre de multiples moyens d’intervention. Des pratiques utilisées aujourd’hui, certaines relèvent de l’histoire ancienne, des méthodes considérées traditionnelles et d’autres sont la résultante de maîtres à penser formant une machine toujours sur la balle, agressive, attentive, capable d’échafauder moult tactiques pour conserver le statu quo. Pattes de velours. Gants de fer. Promesses alléchantes. Menaces atroces. Usage de la politique. Ingérence dans les affaires internes de l’État. Au grand jour ou au secret. Les hommes de robe sont des experts dans tous les domaines touchant à l’amélioration de la vie sur Terre ! Ils sont détenteurs de la mission ultime, pour le temps et l’éternité, sous le regard bienveillant de la Création toute entière, celle de sauver l’homme de lui-même, du péché et des autres religions anti-Christ et épargner au Monde l’enfer. Au nom de Jésus. Au nom de Dieu. Au nom de l’Esprit-Saint. Au nom de la Vierge Marie. Avec la bénédiction de tous les saints bienheureux canonisés par leurs soins. Ils se sont accaparés de Dieu. A suivre....











AUTEUR
Savannah SAVARY savannahsavary@yahoo.com (509)3649 5737

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