Vendredi 9 décembre 2016









EDITORIAL

Une comédie de mauvais goût


L’évasion de Clifford Brandt et de 319 autres prisonniers dimanche matin, de la prison civile de Croix-des-Bouquets, constitue la plus spectaculaire évasion qui s'est opérée depuis le 1er janvier 2004 date à laquelle plusieurs centaines de prisonniers ont fui le pénitencier national. Depuis l’arrivée au pouvoir du président Michel Martelly, aucune évasion n’a été enregistrée. On croyait que le temps de ce spectacle touchait à sa fin. La construction de la prison civile de Croix-des-Bouquets, en l’année 2012, avec des fonds étrangers permettant le décongestionnement du plus grand centre carcéral du pays, a été perçue comme un pas de géant dans la lutte contre l’impunité. Le spectacle de dimanche de la prison civile de Croix-des-Bouquets a mis à nu la faiblesse des structures étatiques de contrôle, de surveillance et de supervision des centres carcéraux du pays. L’incapacité des dirigeants à donner une version cohérente, vingt-quatre heures après l’événement, montre le caractère fantaisiste de la conférence de presse du ministre de la Justice et du directeur général de la Police nationale d’Haïti. Comment peut-on parler d’évasion de trois cent vingt prisonniers d’un centre carcéral construit avec un dispositif sécuritaire aussi sophistiqué, alors qu’aucun des agents qui montaient la garde à l’intérieur n’a été ni victime ni dépossédé de son arme ? Il s’agit, selon toute vraisemblance, d’une libération de ces prisonniers en faveur de Clifford Brandt, le richissime prisonnier écroué pour kidnapping. Pour le président de la République, c’est un événement de la vie courante. Michel Martelly ne s’est pas montré préoccupé par l’ampleur d’une telle évasion qui devrait constituer la plus grande préoccupation de sa journée de travail, après la visite d’hier du Premier ministre et des autres membres du Conseil supérieur de la Police nationale. Il n'a parlé aux journalistes qu’à la suite de sa visite à la Société nationale de parc industriel (SONAPI). Des assassins, des kidnappeurs et des criminels de toutes sortes sont dans la ville dans l'indifférence des plus hautes autorités du pays. Quel message l’administration Martelly-Lamothe veut-elle lancer aux Haïtiens et aux investisseurs en agissant de la sorte ? Des efforts de beaucoup de personnalités peuvent se révéler vains si ce spectacle a été conçu à la seule fin de créer les conditions de libération de Clifford Brandt. Avec l’événement d’hier, notre pays s’enfonce dans la catégorie des Etats fragiles. Alors que depuis 14 ans Haïti fait piètre figure dans la gouvernance, la gestion des autorités actuelles est en passe de nous conduire dans la direction des gouvernements antérieurs. Quand le pays prendra-t-il enfin le chemin du développement, de la justice et de la bonne gouvernance ? Lemoine Bonneau lbonneau@lenouvelliste.com











AUTEUR

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