Samedi 10 décembre 2016









CULTURE
Musique

Pour saluer les 50 ans de Beethova Obas


Schultz Laurent Junior « Si tèt mòn mwen kale Si m apran‘n pou m bliye Si m mange nan fatra Si m pran ranyon pou dra Si ti nèg lonje kui Douvan biwo Loni Si lavi m san avni Si Ayiti mouri » (extrait de Si) Beethova Obas célèbre cette année les cinquante ans de sa naissance. Sensible et généreux, il a porté depuis le début de sa carrière entamée en 1987 et jusqu'à ce jour le flambeau de la culture haïtienne à travers le monde. Retour sur quelques faits saillants qui ont marqué le parcours du chanteur de « Couleur café », « Gad devan » et « Rasanble » L’année 2014 ramène le 50e anniversaire de notre troubadour national, Beethova Obas, l’une des figures marquantes de la musique haïtienne de ces deux dernières décennies. A cet égard, il serait inconcevable qu'on n'adresse pas une salutation patriotique à l’artiste qui a représenté dignement notre pays sur la scène internationale avec ses chansons aux mélodies planantes, sa voix et son talent. Né le 25 mars 1964, Beethova, prénom prémonitoire donné en hommage à Ludwig Van Beethoven, compositeur allemande, était destiné dès sa tendre enfance à entreprendre une carrière musicale. Son père Charles Obas ( originaire de Plaisance, la ville qui a vu naître Lumane Casimir), musicien et artiste peintre de renom disparu en octobre 1969 sous le régime féroce de François Duvalier, a nourri dans son cœur le vœu que son fils un jour devienne musicien. Le temps, ombre discrète qui les suit en silence, va leur permettre de réaliser ce rêve. Apparu sur la scène musicale à la fin des années 80, Beethova Obas est considéré comme l’un des auteurs les plus doués et les plus inspirés de sa génération. Proche du courant contestataire (Rasin) de Manno Charlemagne, il interprète la chanson « Nwèl anmè » de ce dernier et signe pour notre diva Emeline Michel, la chanteuse de « Rhum et Flamme », sa première chanson « Plezi mizè » qui remporte un succès retentissant en décembre 1987. Dans le cadre du « konkou mizik mwen renmin Ayiti » organisé par la American Airlines, il a remporté la deuxième édition avec sa magnifique chanson « Lagel », hymne populaire, interprété par son jeune frère Emmanuel Obas, l’ex-lead vocal du group Mizik Mizik. Conscient de son talent artistique, il sort en 1990 une cassette de ses tout premiers enregistrements « Le chant de liberté ». Elu meilleur jeune chanteur par le jury du Concours Découverte Rfi, Beethova Obas suit le groupe antillais Malavoi dans une triomphale tournée en France et dans les Antilles. Son duo avec Malavoi l’introduit sur la scène world music international et lui permet de rencontrer tous ceux qui pourront l’aider à produire son deuxième album : « Si ». Si. La critique et le public sont emballés par la douceur de la voix, la finesse des compositions et la beauté des mélodies. S’ensuivent tout au long de sa carrière jalonnée de succès d’autres albums : « Pa prese », « Planèt la », « kè m poze » et un « Best of » qui reprend ses meilleures chansons. Entre blues, jazz créole et danses aux senteurs brésiliennes, sans oublier les rythmes haïtiens, il a inventé un style de musique dont lui seul a le secret. Artiste engagé, il écrit des chansons dans lesquelles il utilise des termes et des expressions populaires qui servent en fait à donner le change à un quotidien médiocre et sans espoir et l’amère réalité de la vie qui n'est jamais occultée. « Son ya pran tan pou chodyè monte Min ‘m si vant ti moun yo ap kòde Min kòm demin bann ap pase na bliye vant kode Wistichi gin pou yo klere binyin pou nou Si yo voye mayo ya sispan’n fè wè zo. » ( Plezi mizè). S’intéressant tant au maniement du langage qu’aux questions idéologiques, Beethova Obas, conscience de son temps, parle au nom des gens simples et sans paroles. Il critique les hommes politiques et leurs actes, regrette la situation désespérante dans laquelle se trouve son pays, dénonce les combines fratricides, la misère, le chômage, l’état lamentable de notre environnement dans « Nou pa moun », « A la remò », « M paka ri », « Dèy » , « Koda » ou le chanteur en quête d’ absolu fredonne dans son âme ulcérée des refrains lancinants. « Na simin kouray nan tout savan’n dezole Bayawon’n touman na rache, mare pye sinteromp yo Lage peyi’m tande wo si nou vle ‘l avanse fon òganize ». (Lage’l) Acclamé dans les plus grandes salles de spectacles du monde, nommé ambassadeur de la paix par l’Organisation des Etats américains en 2006, artiste exigeant envers lui-même Beethova Obas a été honoré par le New York Times après un concert mémorable au Lincoln Center. Entre-temps, il prépare un prochain disque dans lequel l’on retrouvera le titre « Bravo Manman ». En Haïti ou ailleurs, il continue à donner des concerts pour nous faire écouter les frémissements de son cœur, lui qui a continuellement exprimé ses convictions à travers ses chansons. C’est pourquoi l’on ne peut passer sous silence ce cinquantième anniversaire; l’héritage musical qu’il nous laissera un jour ne peut être en aucun cas oublié. Par Schultz Laurent Junior











AUTEUR
Schultz Laurent Junior

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